‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 103 sur 315 · NÉGOCIATIONS RELATIVES A LA REPRISE DU CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS RELATIVES A LA REPRISE DU CONCILE DE TRENTE

Après le pontificat de Paul IV, si désastreux pour l'Eglise, les cardinaux, assemblés en conclave (septembre 1559), avaient tracé d'avance au pontife futur les graves et impérieux devoirs qui allaient s'imposer à lui : Travailler de toutes ses forces au rétablissement de la concorde entre les jprinces chrétiens; veiller avec sollicitude à l'extirpation des hérésies, rouvrir le Concile général, et surtout procurer la réforme de l'Eglise et de la curie romaine4. Jean-Ange Médicis,qui monta sur le trône pontifical sous le nom de Pie IV, s'était engagé à remplir ces difficiles obligations *.

Avant son élection, il avait eu un long entretien avec le cardinal d'Augsbourg qui, de concert avec le jésuito Canisius, avait fait, sous Paul IV, de longs et inutiles efforts pour réconcilier Ferdinand avec le Saint-Siège et obtenir la reprise du Concile. « Le nouveau Pape, lui avait dit Otto, « devra se consacrer tout entier aux affaires de l'Eglise d'Allemagne. L'Allemagne est encore à moitié catholique, mais elle renie de plus en plus sa foi, et il est à craindre que, d'ici à trois ou quatre ans, elle ne l'abandonne entièrement si, du côté du siège apostolique, elle ne trouve consolation et appui. »Ange de Médicis avait répondu : « Quant à vos Allemands, la première chose à faire, c'est de rouvrir le Concile et de voir si, par rapport au mariage des prêtres et au calice laïque, il sera possible de leur faire quelques concessions. Un Pape selon le cœur de Dieu ne manquera pas de tout faire pour leur donner satisfaction. N'en doutez pas, on viendra à bout de remédier au mal3.;) Otto, pour sa part, necroyait

* C.onventiones inler cardinales in conclaoi inilte . Voy. Sickel, pp. 12-13. « Iiaynald ad a. i559, n" 37. 38.

• Aug as tant Cardinales cunfessio, daus Sickel. pp. 17-18. Voy. la relatioo de Vargas, 18 oct. 1559, dans Dölli.\oei\, Duc, t. 1, p. Î78.

iv 9

130 NKGOCÏ\T10NS SUR LA R KOL' VRRTUR R DU CONCII.K. 1560.

pas que des concessions pussent ramener les Protestants; mais il avait témoigné au cardinal Médicis toute la joie qu'il éprouvait de le voir « si bien disposé pour l'Allemagne, si conciliant, si zélé pour le Concile et la réforme ». « Tout ce que Paul IV a compromis par un zèle maladroit, » écrivait-il le l'r février 1563 au duc de Bavière avec lequel il était fort lié, « Sa Sainteté le répare par sa mansuétude. Pie IV est affable, pacifique, modeste, juste, paternel envers tous, concitoyens, voisins et sujets. Il est bon pour les riches comme pour les pauvres, très actif, et plein de droiture *. »

Le 25 mars 1560, une bulle pontificale annonçait à tous les chrétiens la réouverture du Concil de Trente-; par l'entremise de ses nonces, le Pape entra en négociations à ce sujet avec l'Empereur et Philippe 11. La situation de l'Eglise de France, menacée d'un schisme, commandait de se hâter. Au duc Albert de Bavière qui, pour ménager les Protestants, conseillait de réunir préalablement la Diète, le cardinal Otto écrivait le 18 mai : « Sa Sainteté ne peut attendre plus longtemps, car non seulement la nation allemande, mais les autres puissances chrétiennes ontunurgentbesoin du Concile. D'ailleurs, il n'est point de moyen plus sûr, plus efficace de prévenir tous les maux qui nous menacent. Je ne dis pas qu'auparavant il ne faille réfléchir à la meilleure manière de commencer, de continuer et de conclure; je suis aussi d'avis qu'on ne peut rien faire avant de s'être bien concerté; mais ce que j'entends dire de tous cotés me fait craindre que le malin esprit ne fasse tous ses efforts pour susciter des obstacles, obtenir des délais, et qu'on ne mette plus d'ardeur à disputer sur les préliminaires que d'énergie à presser les choses. Prenons garde de laisser perdre toutes les bonnes occasions qui s'offrent à nous et de faire ainsi le jeu de nos adversaires; une Diète de plus ou de moins ne décidera pas les membres d'Empire protestants à venir. Leur unique désir, c'est de leditrérer et d'y mettre dos entraves : que de Diètes n'avons-nous pas vues s'achever sans avoir rien produit 3 ! »

Le 14 mai, la flotte turque détruisit presque entièrement la flotte chrétienne 4 aux environs de Dschwerbe. A Rome, on s'attendait atout. « Sa Sainteté, » mandait Otto le 20 mai à Munich, «a donné ordre aujourd'hui de garnir les forts du côté de la mer, car si l'armada le voulait, il lui serait bien facile de tenter la conquête de Rome. Que Dieu protège la Chrétienté ! » Le cardinal n'en pressait

» Dans Badek, p. 130. Voy. p. 138.

1 Cyprian es, Tabellarium, p. 91.

» Dans B.vdkr, pp. 166-167.

* Hammer, Gesch. des osmanichen Reiches, t. II, p. 301 .

que plus viveraeut Albert d'agir sur l'Empereur, afin qu'il pressât les choses : « Une longue expérience nous a convaincu depuis nombre d'années du mal et môme de l'extrême péril qui naissent des attermoiements, des hésitations, des égards; non seulement l'Empire, mais la Chrétienté tout entière en ont grandement souffert. Il taut servir la cause de la religion le cœur rempli de contiance en Dieu, et non de crainte et d'anxiété; il faut mettre en lui notre inébranlable espérance, et aller en avant avec un intrépide courage. Soyons enflammés d'amour pour Dieu ; fortifions-nous en attendant tout du Christ ; alors, aucune puissance humaine, non, pas même la puissance du démon, ne pourra empêcher la cause de Dieu de triompher. Je ne crains que les délais, parce qu'ils servent les desseins de nos ennemis et leur fournissent un prétexte pour s'obstiner dans leur révolte t »

Comme la réponse de l'Empereur et celle de Philippe II tardaient à venir, le Pape convoqua à Home, le 3 juin, tous les ambassadeurs des puissances étrangères, et leur déclara qu'il était fermement résolu à rouvrir le Concile envers et contre tous : « Nous voulons le Concile, nous le voulons à tout prix, »leur dit-il; « nous le voulons libre et général. Si nous étions moins ferme dans ce dessein, nous risquerions de faire attendre trois ou quatre ans la Chrétienté, rien qu'à cause de la difficulté de s'entendre sur le lieu de la réunion. Pour éviter ces retards, le mieux sera de reprendre nos séances à Trente ; plus tard, on pourra choisir tout autre endroit qui paraîtra préférable. » Le Pape dit ensuite aux ambassadeurs de Venise: « Le Concile jouira d'une pleine liberté et corrigera ce qui est à corriger, n'épargnant ni notre personne, ni notre administration ; mais quant aux dogmes, nous sommes résolu à no pas les laisser entamer, non plus que les droits du Saint-Père, qui doit rester à la tête de la Chrétienté comme il l'a été jusqu'à présent et comme il est nécessaire qu'il le soit toujours. Le Concile ne s'assemblera pas dans une ville dépendant directement de l'Eglise, car il a besoin de toute son indépendance, et rien ne doit embarrasser son action 2. »

Mais l'Empereur, qui redoutait extrêmement de froisser les Protestants, souleva des objections nouvelles, et l'on put craindre un moment la ruine de toutes les espérances qu'on avait conçues.

Les conseillers de Ferdinand, dont une partie étaient secrètement protestants, le vice-chancelier Seid et le docteur Georges Gienger,

* Badeh, pp. 106-170.

- Rapport de l'ambassadeur impérial, 3 juin 1500. Vov. Sickix, p. 48. Voy. Reimann, Unterhandlunr/en. pp. 394-595. Ranke, Päpste, t. I, p. 328. Buc.holtz, U VIII, p. 374.

gouverneur d'Enns, s'étaient montrés dès le début peu favorables au Concile. Au conseil du 5 juin, ils supplièrent l'Empereur de réfléchir encore ; si, dans les choses temporelles, le Pape semblait conciliant, dans les spirituelles, il paraissait no pas être à la hauteur de ses devoirs ; il ne travaillait pas pour la religion mais pour ses intérêts; son plan était très défectueux; il refusait d'organiser le Concile d'après les décrets de Constance et de Bàle ; peut-être, au fond, il ne le désirait pas, et souhaitait tout bas que l'Empereur y mît des entraves ; le roi d'Espagne semblait indécis ; le roi de France ne cherchait que son propre intérêt, les autres souverains ne s'en [souciaient pas ; les prêtres redoutaient la réforme ; les Confession istes déconseillaient et détestaient toute idée de Concile. Les intérêts si contradictoires des Catholiques et des Protestants rendraient la promulgation des décrets très difficile : ce que le Pape déciderait par rapport aux uns et aux autres pourrait compromettre gravement la paix d'Augsbourg *. Un mémoire, remis plus tard à Ferdinand par le docteur Gienger, intime confident du prince impérial Maximilien (en secret favorable au Protestantisme), montre dans quelle voie ce docteur, très écouté de Ferdinand, cherchait à l'entraîner. « L'Empereur, » y est-il dit, « ne fait qu'exercer ses droits et que remplir son devoir toutes les fois qu'à l'exemple des rois d'Israël et des Empereurs chrétiens, de Constantin à Sigismond, il prend la défense de l'Eglise, mortellement blessée par l'indignité de ses ministres. Ces derniers sont les seuls coupables, car ils ont apostasié le vrai Christianisme pour retomber dans le paganisme, et ne songent qu'à leur intérêt personnel. »Gienger engageait l'Empereur à faire tous ses efforts pour obtenir du Pape le calice laïque et le mariage des prêtres 2.

Bien que Ferdinand, dès l'avènement de Pie IV, eût supplié le Saint Père de rouvrir le Concile et de s'entendre à son sujet avec les rois et les princes chrétiens 3, maintenant que le Pape était résolu à suivre son conseil, il semblait indécis et montrait mille appréhensions. « 11 ne faut pas tant se hâter, » disait-il, « de peur que, les choses n'étant pas mûres, ce qui s'est passé il y a huit ans, lorsque Maurice de Saxe, arrivant brusquement à Trente, contraignit les Pères à chercher leur salut dans la fuite, ne se renouvelle sous nos yeux. » Le 20 juin, il remettait au nonce Stanislas Hosus, évêque d'Ermland, un mémoire où il exprimait franchement toute sa

« Dans Sic.kk!.. pp. 49-50.

1 Sickel, pp. 492-493. Voy. H. Loewe, Die Stellung des Kaisers Ferdinand I, zum Trienter Cjncil vom October i50i bis cum Mai i562. Bonn, 1887. » Voy. Rzimann, Unterhandlungen, p.

pensée. Il se plaint (le Pape actuel n'en était vraiment pas responsable) que le Concile n'eût pas été réuni lougtemps auparavant ; la scission religieuse durait depuis quatorze ans et, pendant un si long espace de temps, la religion catholique avait été bouleverséo do fond en comble ; toute discipline était éteinte ; les mœurs des prêtres comme celles des laïques étaient tellement corrompues que la réforme serait incomparablement plus difficile et dangereuse à effectuer qu'elle ne l'eût été quelques années plus tôt. Le clergé avait des mœurs exécrables; sa conduite, à coup sûr, n'était pas plus recommandable que celle des prédicants; ce n'était pas assez d'être catholique de conviction si l'on était hérétique par ses actes. Le Concile était absolument nécessaire aussi bien au rétablissement de la discipline partout ruinée qu'à l'unité de la foi; on y parlerait aussi de la question turque; mais il ne fallait pas songer à l'ouvrir avant un an. Toutes les puissances chrétiennes devaient y être invitées; le Pape, le présider en personne. Ce n'était pas à Trente, mais à Cologne, à Constance ou à Ratisbonne qu'il serait sage de le réunir. Il fallait le présenter comme une assemblée nouvelle, et non comme la continuation du Concile précédent, car sans cette précaution les Protestants demanderaient sans nul doute à être entendus sur les articles déjà fixés. Quant à lui, il lui serait impossible, sans s'exposer à voir la guerre civile éclater en Allemagne, de contraindre les membres d'Empire protestants à obéir aux décrets. Les Confession istes s'étaient plaints qu'au dernier Concile on ne leur eût pas laissé la liberté qu'avaient eue les Bohèmes au Concile de Bàle; qu'on les eût traités avec moins d'égards et de tolérance, et den'avoir pas été assez souvent entendus en séance publique. Sur ces deux points, l'Empereur désirait que satisfaction leur fût donnée. Il comptait aussi supplier le Pape d'autoriser le calice laïque et le mariage des prêtres jusqu'à la promulgation des décrets du Concile Comme Albert do Bavière, Ferdinand croyait à la nécessité d'une Diète préalable; mais en y conviant les princes, il se proposait de no faire aucune allusion au Concile, de peur que ceux-ci ne refusassent d'y paraître 2.

t II est hors de doute, » écrivait le 13 juin le cardinal Otto à Albert de Bavière au sujet de ce mémoire, « que Sa Majesté a les meilleures intentions du monde; mais on ne saurait s'empêcher d'avoir grand'pitié d'elle envoyant que, quand il s'agit des intérêts de la religion, elle a plus de confiance en la prudence humaine

* Dans Sickei., pp. 55-69.

* Reu(a?«n, Unterhandlungen, p. 590.

qu'en la divine Providence, et croit gagner beaucoup par des délais et des concessions, bien que rien au contraire ne puisse nous nuire davantage. »«Quo le Tout-Puissant ait pitié de notre patrie bien aimée! le mal nous a déjà tellement atteints que, pauvres créatures ignorantes que nous sommes, nous ne savons même plus discernor le temps du salut. » « Si les Confessionislos se montrent si opposés au Concile, c'est qu'ils savent bien que la fausseté de leur doctrine y paraîtra au grand jour; mais il ne faut pas perdre courage pour cela et répéter : Le Concile est impossible! jamais les Confession istes n'y consentiront; ils s'y opposeront de toutes leurs forces, ils l'emporteront sur nous, ils s'empareront de nos terres, de nos gens, ils détruiront nos dernières espérances ! Non, par crainte d'une sédition injuste et que rien n'excuserait, l'autorité temporelle et spirituelle ne doit pas pousser elle-même à la roue et laisser s'accomplir le désir de ceux qui soutiennent uno doctrine d'erreur. » « Oh ! si nous tous à Rome, à Vienne et ailleurs nous réfléchissions au compte qu'un jour nous aurons à rendre à Dieu sur nos retards, notre inexcusable apathie, notre pusillanimité! Ou dit : Quel concile pourrait remédier à nos maux? l'affaire est depuis trop longtemps en suspens, elle a subi de trop longs délais! À cela je réponds : 11 n'est jamais trop tard, pourvu qu'on se mette à l'œuvre animés d'une espérance surnaturelle, d'une foi sincère et persévérante, d'uno ardente charité! En des cas tout aussi désespérés, l'Eglise a toujours eu recours à l'unique remède du Concile général, contre lequel le démon, les sectes, les hérétiques et les schismatiques ont épuisé en vain toutes les ressources de leurs rusos, de leurs cabales et de leurs perfidies; toujours ils ont été vaincus par la vérité catholique. » « Si l'on prête l'oreille aux objections de nos adversaires, jamais ils ne tomberont d'accord avec nous sur le lieu, le temps et la forme du Concile. Faut-il à cause de cela rester inertes et laisser en péril la Chrétienté tout entière ? » « A coup sûr, il y a moyen de rendre inutiles les pièges et les intrigues du parti oppoaé. Aussi je conjure Votre Grâce, pour l'amour de Dieu, de fortifier Sa Majesté Impériale, do lui inspirer du courage, et surtout l'horreur des délais *. »

Mais l'Empereur continuait à « vivre dans l'angoisse »,etpresquc tous les princes temporels et ecclésiastiques restés fidèles à l'Eglise partageaient ses auxiétés. Le 18 octobre, Ferdinand écrivait à Rome qu'il doutait que les membres d'Empire de la Confession

» Vov. liAhtu, pp. I84-1S'J.

■ ■ ii

d'Augsbourg, renonçassent, relativement au Concile, aux conditions dures et onéreuses qu'ils avaient posées à la Diète d'Augsbourg de 1559, même dans le cas où le Pape proclamerait un Concile entièrement nouveau; mais si le Saint-Siège persistait à présenter le synodecomraelacontinuationduprécédcnt, il avait la conviction que les Protestants, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été traités la première fois comme ils secroyaient ledroitde l'être et soutenant qu'ils avaient été injustement condamnés, auraient recours aux armes, exciteraient en tous lieux la révolte, et mettraient ciel et terre on mouvement pour accabler les Catholiques. 11 ne fallait pas douter qu'en ce cas ils n'appelassent de puissants princes à leur aide

Tandis que les Catholiques tremblaient et doutaient, les Protestants propageaient les bruits les plus sinistres « sur les horribles complots ourdis par les papistes contre les membres d'Empire Evangéliques*». Albert de Prusse prétendit avoirreeudes renseignements sur une ligue formée contre l'Empereur et les princes — r . ;. ' catholiques pour l'extermination générale de tous les signataires de la Confession d'Augsbourg. L'Electeur palatin mandait à Jean-Frédéric de Saxe : « A la vérité, nos ennemis no songent point à entreprendre pour le moment une grande expédition ; mais ils se concertent, et veulent s'emparer des six passages les plus importants de l'Allemagne; c'est là le sujet do tous leurs discours, et ils n'attendent pour agir que le moment où le Concile, et bientôt après l'exécution de ses décrets, seront des faits accomplis a»>. Pour mieux prouver « l'odieuse tyrannie des papistes », Christophe do Wurtemberg envoyait à Auguste de Saxe copie d'une lettre de Maximilieu à Ferdinand, dans laquelle le prince se plaignait que son père ne voulût plus lui permettre de garder auprès de lui son aumônier, le prédicant Sébastien Pfauser4. Longtemps auparavant, Christophe avait calculé qu'en'eas de guerre il lui serait facile de rassembler en peu de temps 50.000 hommes de pied et 10.000 cavaliers et de les entretenir à ses frais sans être obligé de lever de nouveaux impôts; si seulement chaque membre protestant eût promis de tenir ses prédicants en bride et de les empêcher de faire du tapage, il eût été sûr de la victoire 5. En iöOO, il fut très sérieusement question de former une ligue protestante contre les pouvoirs papistes. Mais les Electeurs Joachim de Brandebourg et Auguste

« Voy. Sickel, pp. îou-iio.

* Kllckhoiln, Briefe, U I, p. 129, note.

3 Ki.cckhoiix, Briefe, t. I, p. 120.

4 Camnich, Fürsleutay. p. 63.

» Dépêche à l'Electeur Olto-IIcnri, 7 juin loo7, Kloucr, t. II, p. 180.

136 AVANT LA RÉOUVERTURE Dû CONCILE DE Tn ENTE. 1560.

de Saxe ne voulurent pas tenler l'aventure. « Nous aurions beau prendre toutes les précautions possibles pour garder notre secret, » avait dit Auguste, « nous ne pourrions éviter que l'Empereur et les autres membres d'Empire n'en fussent avertis, et alors ceux de l'autre religion, unis aux potentats étrangers, saisiraient ce prétexte pour former des contre-ligues et toutes sortes de complots. L'expérience n'a que trop prouvé combien les ligues sont dangereuses, et dans quelles complications et calamités elles peuvent nous précipiter, même lorsqu'elles se forment dans un but de légitime défense. » « Les bruits qui circulent sur les prétendus armements de Ferdinand et du parti papiste ne sont que des contes en l'air, inventés par des gens turbulents, qui espèrent tirer quelque profit des troubles excités dans l'Empire *. »

« C'est chose déplorable, » écrivait le cardinal Otto le 20 juillet à Albert de Bavière, « que les bruits que les Confessionistes font courir sur nos prétendus armements. Ils sont tellement prévenus contre nous que, ni par le Concile ni par aucune négociation, on ne peut espérer les ramener au sentiment de la justice. » « Mais s'ils ourdissent des complots non seulement en Allemagne, mais à l'étranger, qui donc pourrait nous faire un crime de songer à nous défendre ? Comment se fier à eux, quand ils répandent sans pudeur et avec persistance tant de faussetés contre nous, pour irriter les pauvres gens naïfs et ignorants et persécuter le peu de Catholiques restés fidèles à l'antique foi? Je souffre de voir les pouvoirs ecclésiastiques et civils assister à toutes ces choses sans rien faire pour en combattre les effets. On a laissé beaucoup de bonnes occasions se perdre, on en perd encore tous les jours, à Pirréparable dommage de toute la Chrétienté. Je m'en plains à Dieu qui, je l'espère, nous donnera à tous sa grâce au temps marqué par sa Providence pour que nous puissions vivre en paix ; mais il faudra premièrement que les Catholiques s'unissent pour la défense commune *. »

Une brochure envoyée à Rome par un prédicant indigna profondément le cardinal Otto. Voici dans quels termes il y était parlé du Concile : « Nous ne voulons avoir rien à faire avec l'Antéchrist, sa séquelle maudite et toute sa cabale diabolique. Les damnés sont damnés et resteront damnés pour toute l'éternité, même s'ils radotent nuit et jour sur l'Eglise et le Concile. Nous nous en tenons aux parolcsde notre saint docteur Luther, qui a dit et écrit : « L'ànepape nous a tous accablés de fardeaux impurs et infects ; il a pris

« Caliîs-ich, Fürstentag, pp. 27, 28,30. * Bader, pp. 17C-I9I.

l'Eglise pour ses latrines. Il fut un temps où l'on adorait comme divines toutes les ordures qu'il laissait tomber sous lui. De môme que nous refuserions d'adorer le diable et de le reconnaître pour notre maître et seigneur, de même nous ne pouvons tolérer que son apôtre le Pape ou l'Antéchrist soit notre chef et prétende nous gouverner, car son règne, c'est le mensonge et le meurtre, pour la perdition éternelle de nos corps et de nos âmes. Paraître au Concile, c'est pactiser avec le Pape et le diable. Or, tous deux sont décidés d'avance à ne rien entendre, à tout condamner, à nous exterminer sans merci, à nous faire retourner à l'idolâtrie. Nous refusons de venir baiser les pieds du Pape ; nous ne lui dirons jamais : Vous êtes mon Seigneur et mon maître! nous lui ferons plutôt la réponse que, dans la Sainte Ecriture, l'ange fait au démon : «Que Dieu te châtie, Satan ! » Ce sont là les propres paroles de Luther4. »

Comme les membres d'Empire protestants avaient déclaré à diverses reprises, et tout récemment à Âugsbourg, qu'ils refusaient absolument de reconnaître une assemblée ecclésiastique convoquée par le Pape, peu importait, relativement à eux, que le Concile fût présenté comme la continuation du précédent ou comme une assemblée nouvelle. Par l'entremise du nonce Zacharie Deltino, évéque de Lésina, le Pape, en octobre 1500, assura Ferdinand que le Çoncileserait conduit d'une manière à laquelle les Protestants euxmêmes n'auraient rien à reprendre ; qu'ils seraient laissés libres, selon le désir qu'ils en avaient exprimé, d'y exposer toutes leurs opinions, tous leurs griefs, et qu'on les écouterait avec la plus grande attention. Le Pape, autant que sa conscience le lui permettrait, était disposé à leur faire toutes les concessions possibles, de manière à leur prouver qu'il n'avait vraiment d'autre désir que leur salut. Le Concile aurait pleine liberté de décider sur la réforme du clergé, ainsi que sur l'autorisation du calice laïque et du mariage des prêtres, sollicités par l'Empereur â.

Après de longs pourparlers avec le nonce, Ferdinand consentit enfin à ce que le Concile se rouvrit dans le plus bref délai possible et au lieu que le Pape estimerait le plus convenable. Seulement il continuait à demander qu'il ne fût pas présenté comme la

1 Von den neiven Hurenblasen des vermeinten Concils zu Trient (loGO) A*-3. Luther, Sänuntl. Werken, t. XXV, pp. 125,347-348.

* Instruction pour Delfino, daus Po<;iani, Epist., t. II, pp. 132-135. Vov. Le Plat, u I, p. Ö33.

continuation du précédent, et pour que les lettres de convocation fussent présentées aux Protestants par des nonces particuliers, placés sous la protection des ambassadeurs impériaux Pie IV accéda à ses désirs.

Le 10 novembre 1560, le Cardinal Otto mandait à Albert de Bavière : « Au consistoire, le Pape a déclaré hier son intention do proclamer le Concile, et il a répété qu'il désirait se montrer envers tous, autant que la chose serait possible, pacifique et bienveillant. Surtout il se propose d'être si paternel, si loyal et débonnaire envers les Confessionistes, qu'ils n'aient aucun sujet légitime de se plaindre, soit à Dieu, soit aux hommes, de la manière dont leurs réclamations seront accueillies et discutées, non plus que des articles qu'on jugera à propos de maintenir. H se propose de charger un nonce de traiter avec eux en toute cordialité les questious sur lesquelles il sera nécessaire de s'entendre préalablement. Plaise à Dieu que Votre Grâce comprenne enfin combien les intentions de Sa Sainteté sont royales, justes, charitables, sans feintise, ni piège ! Si les Confessionistes répondent à son invitation, ils n'auront qu'à s'en féliciter, j'en suis persuadé, pourvu que la méfiance et les préventions trop enracinées dans leur cœur ne les aveuglent point. Ils n'ont rien à redouter de nous; notre parti ne songe à aucune entreprise; il ne fait aucun préparatif de guerre, il ne pense point à attaquer. Mais si, malgré nos avances et toutes les garanties qu'on leur offre , les Confessionistes s'obstinent dans leurs projets hostiles et, pour éviter la censure à laquelle ils s'attendent, prennent l'initiative, et se soulèvent séditieusement contre les Catholiques, ils s'exposeront, eux et toute l'Allemagne, aux plus effroyables calamités, car les nations étrangères ne laisseront pas opprimer le clergé; les Moscovites et les Turcs saisiront ce prétexte pour envahir, avec leurs formidables armées, Catholiques et Confessionistes. C'est là ma grande terreur, et si Dieu n'a pitié do nous, rien malheureusement n'est plus certain. L'histoire n'offre que trop d'exemples des maux inévitables qu'attirent sur une nation l'apostasie et la guerre civile. » c Si les Confessionistes, comme ils le prétendent, sont vraiment portés vers la paix, il ne tient qu'à eux de se montrer conciliants, équitables, de mettre leur confiance en Dieu et en la justice, d'exposer leurs griefs avec des sentiments de charité, au lieu d'apporter à la discussion un esprit de haine et des ressentiments amers. On n'usera envers eux d'aucun procédé injuste ou blessant; mais s'ils veulent s'emporter ou faire du tapage, qu'ils prennent garde

' Voy. RtLMA.NN, Untcrhundluntjen, pp. Ü18-61Ü.

i 1 1 ii

que la chaudière ne se renverse sur eux! Les Catholiques trouveront au-dedans et au dehors de l'Empire, du côté de Dieu et du côté des hommes , plus de secours qu'ils ne se l'imaginent. Les étrangers n'attendront pas que la guerre vienne les trouver dans leur pays; ils aimeront mieux voler au secours des Catholiques d'Allemagne que d'assister à l'invasion de leurs propres états. La paix est préférable pour les deux partis ; elle frayera beaucoup mieux la voie à la conciliation religieuse que la révolution et la violence1. »

Par une bulle du 29 novembre, l'ouverture du Concile futfixéeau jour do Pâques de l'année suivante. La bulle ne disait pas nettement qu'il continuerait le synode précédent, mais seulement que « la suspension du Concile était levée ».

Le 21 décembre, le Cardinal Otto, écrivant au duc de Bavière, lui fait part une fois encore des espérances que fait naître en son cœur la reprise du Concile : « Dieu s'apprête à réaliser pleinement et réellement les bonnes, loyales, charitables et paternelles intentions du Saint Père; en envoyant son nonce aux Conlessioiiistes., Pie IV a voulu leur prouver, à eux et au monde entier, la charité dont son àme est pénétrée, et faire comprendre à tous ce qu'on peut attendre du Concile, c'est-à-dire la lin des haines, des ressentiments, des méfiances réciproques. Il désire que, pénétré de charité chrétienne et de douceur, chacun entende tranquillement les raisonsde son adversaire et rende pleine justice à ses intentions, afin que, parla miséricorde du Dieu Tout-Puissant, la paix soit enfin conclue, que tous les nuages qui obscurcissaient les divines vérités soient dissipés et les points en litige fixés au contentement de tous 2. »

Le Papo avait chargé le nonce Delfino d'aller inviter au Concile les évoques et princes de la Haute-Allemagne, et il avait envoyé le nonce Commendone, évêque de Zantc, à ceux de la Basse-Allemagne. Selon le désir de l'Empereur, les deux uonces, accompagnés de ses ambassadeurs, s'étaient rendus en premier lieu à Nau m bourg, où les princes protestants, réunis en une brillante assemblée, traitaient en ce moment des intérêts de leur religion.

» Bauer, pp. 222-223.

1 Bade«, pp. 233-23*.

Page 1