CHAPITRE XI
QUERELLES ENTRE LES PRINCE8 PROTESTANTS A L'ASSEMBLÉE DE NAl'MBOURC. LES PROTESTANTS SONT INVITÉS AU CONCILE.
Depuis longtemps des négociations s'étaient engagées entre les membres d'Empire protestants touchant une conférence ayant pour but la conciliation de toutes les querelles religieuses et l'organisation d'une ligue pour la défense des intérêts protestants. L'Electeur palatin et Christophe de Wurtemberg avaient été les plus ardents à en presser la réalisation.
Auguste de Saxe avait d'abord déclaré « qu'il n'avait aucun goût pour les réunions de co genre, et qu'il n'était point d'avis qu'on se liguât contre les papistes 1 ». De nouvelles tentatives de conciliation lui semblaient superflues» « car il avait déjà ordonné à tous les surintendants , prédicat] ts et docteurs de ses états de s'en tenir au recez de Francfort et de le prendre pour règle de foi dans tous les débats qui pourraient s'élever i ». Joachim de Brandebourg partageait cette manière de voir. Selon lui, dans les circonstances actuelles, une nouvelle conférence ferait plus de mal que de bien ; non seulement elle rendrait plus violentes les disputes entre théologiens, mais elle deviendrait pour les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg une nouvelle source de malentendus 3. Philippe de Hesse, au contraire, était d'avis qu'un accord entre les théologiens n'était pas impossible à obtenir, pourvu que les princes présidassent les séances et interposassent leur autorité comme la Sainte Ecriture leur en reconnaissait le droit, qu'on ne s'occupât que de la véritable manière d'interpréter la Confession» d'Augsbourg ; qu'on no permît pas aux théologiens de prolonger les débats ; qu'on leur interdit sévèrement les pamphlets, les écrits
* Voy. plus haut, p. 136.
* Voy. Calinich, Fürstentag, pp. 27 et suiv.
* Cai.ink-.h, p. 63.
QUERELLES TIIÉOLOGIOUES A LA CONFÉRENCE DE NAÜMBODRG. 1561. ***
injurieux, et qu'on se bornât à leur fournir une explication nette et précise de la doctrine. Le Landgrave répéta plusieurs fois aux ambassadeurs de l'Electeur do Saxe : « Notre principal objet sera de chercher ensemble la meilleure manière de nous opposer au Concile dont il est de nouveau question et qu'il faut à tout prix empêcher 4. » Philippe regardait la conférence comme un excellent moyen d'obtenir ce résultat.
Vers la fin de juin 1560, l'Electeur palatin Frédéric, Christophe de Wurtemberg et Jean-Frédéric de Saxe se réunirent à Hilsbach pour travailler ensemble à décider les membres d'Empire protestants à signer de nouveau d'un commun accord les articles de la Confession d'Augsbourg, « définitivement expliqués et fixés ». Pour vaincre les hésitations du Landgrave, Jean-Frédéric et le comte Wolfgang de Deux-Ponts se rendirent à Marbourg. Mais bien que Philippe parût approuver que la Confession d'Augsbourg demeurât le symbole autorisé de la croyance protestante , les deux princes s'aperçurent bien vite « qu'il n'était plus aussi fermement convaincu qu'autrefois de sa parfaite orthodoxie ». « Philippe, » mandait Wolfgang, « a parlé en faveur de l'hérésie zwinglienne; il ne s'est point gêné pour en faire ouvertement l'éloge à table, et cela en termes si hardis que les cheveux nous en dressaient sur la tête2. » « Il a osé dire en présence de Jean-Frédéric que les théologiens de Weimar n'étaient, à parler franchement, que des misérables et des drôles, de sorte que l'Electeur en a été extrêmement scandalisé 3. * Cependant, au mois d'août, Philippe parut de d ou veau disposé à signer la Confession d'Augsbourg avec les princes ses collègues 4. Auguste de Saxe promit aussi de prendre part à la conférence lorsqu on lui eut assuré qu'on n'y disputerait point, qu'on ne condamnerait personne, et qu'on ne permettrait à aucun prince d'accuser les théologiens d'un autre souverain de falsification ou d'apostasie 5.
La conférence devait s'ouvrir à Naumbourg. Camérarius écrivait en janvier 1560 à Albert de Prusse : « Puissent les princes réussir à faire cesser les criminelles cabales des théologiens ! Si Dieu ne confond ces esprits turbulents, je crains bien que d'ici à peu un formidable cataclysme ne se produise 6. »
1 Galixich, pp. 33-34, 37.
* Klgi-kr, t. II, pp. 190-193.
» Kugler, t. Il, pp. 196-197.
* Kugler, t. Il, pp. 198.
* Cali.mch. Fârstentag, pp. 81-83.
* Voigt, Briefwechsel, p. 133.