QU RU ELL ES THÉO LOGIQUES A LA CONFLUENCE DE NAU.MBOUUG
Le 21 janvier, l'assemblée commença ses séances. L'E lecteur palatin et Auguste de Saxe, les ducs Jean-Frédéric de Saxe, Christophe de Wurtemberg, Ulrich de Mecklembourg, le Landgrave Philippe de Hesse et le margrave Charles de Bade, l'Electeur de Brandebourg, le margrave Hans de Custrin, le duc de Poméranie, les délégués de beaucoup d'autres princes, un grand nombre de comtes et de seigneurs étaient présents.
Christophe de Wurtemberg espérait qu'après avoir obtenu la conciliation, on organiserait une ligue politique et « qu'un accord chrétien » se ferait entre l'Allemagne, le Danemark, la Suède, l'Angleterre et l'Ecosse relativement au Concile *. Il insistait pour qu'une confession de foi nette et claire, expression définitive « de la pure doctrine chrétienne », fût adoptée pour être ensuite donnée pour symbole invariable à toutes les nations protestantes. « Ce corps de doctrine, » disait-il, t De peut être la Bible, puisque à son sujet tant de malentendus se sont élevés ; ce ne peut être non plus la Confession d'Augsbourg, puisqu'elle a surtout été composée dans le but de réfuter le papisme et qu'elle adonné lieu à une foule de fausses interprétations. Surtout par rapport à l'Eucharistie une doctrine précise doit être adoptée »
Mais il fut impossible de s'entendre; dès la première séance, les querelles éclatèrent. « L'Electeur Auguste tança vertement son cousin Jean-Frédéric de Saxe d'avoir omis de stipuler dans les lettres de convocation, comme la chose avait été convenue entreux auparavant, qu'on ne discuterait point sur les sectes. Lorsqu'il s'agit do signer la Confession d'Augsbourg, la querelle s'envenima. Les partis, en lutte les uns avec les autres et se lançant réciproquement l'anathème, prétendirent tous trouver la justification de leurs opinions dans le svmbole de 1530. et chacun accusait son voisin de s'en être écarté. Du reste il eût été difficile de se mettre d'accord, car les changements notables apportés dans un grand nombre d'éditions permettaient à chacun d'interpréter le texte dans le sens de ses propres opinions 3. Quand il s'agit de décider quelle édition, quel exemplaire il conviendrait d'adopter définitivement, on s'aperçut que les membres d'Empire n'avaient plus entre les mains le texte primitif de 1530; il fallut choisir entreles éditions postérieures publiées par Mélanchthon, en 1530, 153 1 et 1540 ; encore les plus anciennes, celles de 1530 et de 1531, l'une in-quarto et l'autre in-octavo, différaient-elles grandement l'une de l'autre. On acquit la certitude
1 KuGLF.n, l. II, pp. 217-218. note.
* Kugleh, t. II, pp. 218-219, note.
s Vo)'. plus haut p
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que le texte latin de l'édition in-quarto renfermait sur l'Eucharistie « une doctrine fortement entachée de papisme », et que la transsubstantiation y était admise *. Dans l'édition in-octavo, au contraire, les paroles sur le changement de substance avaient été retranchées. L'Electeur palatin, depuis longtemps calviniste en secret, refusa de signer l'édition in-quarto ; Jes autres princes ne voulurent pas davantage s'exposer au reproche de « pactiser avec le papisme » dans une question de cette importance. Frédéric déclara qu'il lui était impossible de signer la Confession de 1530, remaniée, selon lui, dans le but d'empêcher les Electeurs et princes d'y apposer leur nom en bonne conscience. L'accepter serait vouloir flatter le Pape et le légat, car la Confession de 1530 et l'apologie qui lui servait de commentaire parlaient de transsubstantiation d'une manière si conforme au dogme catholique que Sa Majesté impériale et tous les papistes de cette époque les avaient approuvés *.
Cela n'empêcha pas les princes, dans une « préface » placée en tête du texte approuvé et revêtu de leurs signatures, d'assurer l'Empereur qu'on les calomniait en prétendant qu'ils n'étaient plus d'accord et s'étaient écartés en certains points de la Confession de 1530; qu'ils ne s'étaient réunis que pour repousser tous ensemble cette accusation, et pour déclarer à la face du monde entier qu'ils entendaient persévérer jusqu'à la mort dans leur religion et créance 3.
La conduite d'Auguste, en cette circonstance, fut « singulière ».
Pendant les préliminaires de la conférence, Jean-Frédéric ayant été d'avis de signer à l'édition présentée à l'Empereur en 1530, Auguste avait déclaré dans une lettre autographe que, quant à lui, il n'en connaissait point d'autre, et que c'était celle-là que tout le monde devait adopter, puisqu'ellcavait servi do base aux conventions précédentes et au traité d'Augsbourg 4. Mais à Naumbourg, dès la première séance, l'Electeur ne parla plus que de l'édition de 1540, bien que celle-ci s'écartât en plusieurs points importants du texte primitif5. Jl aurait d'autant plus de joie, dit-il, de la voir adoptée que, dans ses états, les enquêteurs envoyés de sa part s'en étaient toujours servis pour s'assurer do l'orthodoxie des
1 Le texte ne parlait pas seulement d'une « corporalis praîscnlia », il contenait des expressions comme celles-ci : « mutato pane, pancm vere in carnem mulari. » Voy. Caumch, Fürstentag, p. 166.
* KiAicKnoicN, Briefe, t. 1, pp. 156 157. Voy. Calinicu, Fürstentag, p. 166. 3 Caliîcjcii, p. 167.
* Le il sept. 1560. Caixxicii, pp. 83-8i. » Voy. plus haut, pp. 24-25.