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QUERELLES THÉOLOGIQUES A LA CONFÉRENCE DE NAUMBOURG

curés1. L'Electeur palatin, de son côté, dit que si l'on voulait s'écarter du texte primitif à cause de la transsubstantiation, il serait préférable d'adopter l'édition de 1540, d'un usage presque général dans les paroisses et les écoles. Lorsqu'il eût été décidé à la majorité des voix qu'on s'en tiendrait au texte de 1531, Auguste insista pour que, du inoins, dans une « préface » placée en tête de leur profession de foi, les éditions postérieures fussent approuvées. L'Electeur Frédéric voulait en outre que le recez de Francfort fût également reconnu pour symbole orthodoxe de la religion protestante. Mais les ducs Jean -Frédéric de Saxe et Ulrich de Mecklembourg s'y opposèrent avec fermeté, insistant, au contraire, mais inutilement, pour que les articles de Smalkalde reçussent une sanction nouvelle.

Les Electeurs Auguste et Frédéric, chargés de rédiger la « pré- . face », soumirent leur travail à l'approbation de l'assemblée le 30 janvier 1561. Ce document portait « que les princes s'étaient réunis pour signer tous ensemble les textes de la Confession qui, en 1540 et 1542, avaient été publiés dans leur entier, expliqués et commentés d'après la Sainte Ecriture, et présentés en 1557 à l'Empereur et aux collocuteurs catholiques. Le désir des princes était de convaincre Sa Majesté et ceux de sa religion que« leur intention n'était pas de répandre et d'adopter une doctrine nouvelle, mais bien de s'en tenir à leur ancienne déclaration ».La préface ne disait rien des différences notables qui existaient entre les textes; les princes affirmaient ne s'être écartés en rien de la Confession de 1540, adoptée dans la plupart de leurs paroisses et écoles.

Les ducs de Saxe et de Mecklembourg furent très mécontents de ce projet de préface et refusèrent d'y souscrire. Selon eux, l'édition de 1540 favorisait habilement l'hérésie de Calvin. La préface se taisait sur les différends des princes en matière de foi, et cette dissimulation leur faisait peu d'honneur auprès des papistes2. Toutes les corruptions qui s'étaient glissées dans l'Eglise luthérienne devaient être spécifiées, puis condamnées d'un commun accord; Jean-Frédéric insistait sur ce point, car il tenait beaucoup à faire condamner les opinions de son beau-père l'Electeur palatin. Des scènes «peu gracieuses » suivirent. « Au conseil des princes, surtout entre la Hesse et l'Electeur, » écrivait Aurifaber, chapelain de la cour de Saxe, « on s'est très mal comporté, on s'est laissé aller à toutes sortes de violences et de menaces3». L'Electeur Frédéric reprochait à son gendre

1 Calikich, p. 139.

* Caliwich, Fürstentag, pp. 78-82.

8 Calimch, Fürstentag, p. 18o, note.

QUERELLES TIIKOLOdlQUES A LA CONFERENCE DE NAÜMBOURG. 15f)0. 145

d'avoir bouleversé les paroisses et les écoles, d'avoir cherché à détourner de lui des personnes de sa cour et de sa chancellerie, et jusqu'à sa propre épouse *. Le 3 février, sans môme prendre congé de ses collègues, il quitta brusquement Naumbourg.

Après son départ, survinrent des événements « tout à fait inattendus ». L'Electeur palatin réussit à faire accepter par ses collègues, dans les termes du recez de Francfort, la doctrine de Mélanchthon sur l'Eucharistie. Mais Jean-Frédéric ayant envoyé un projet de préface, où, relativement à la Cène, l'article de Smalkalde était approuvé, la plupart des princes, pour lui complaire, scdéclarèrcnt satisfaits de son « interprétation et opinion », se réservant de publier un écrit particulier sur la question ; la préface de Naumbourg ne pouvant plus être modifiée, ils espéraient que le duc, se contentant de leur déclaration, signerait avec eux.

Donc, l'écrit qu'ils se proposaient do publier, au lieu d'expliquer le texte, aurait renfermé autre choso que le texte.

Mais ni l'Électeur palatin, ni le duc de Saxe, les deux seuls princes qui savaient vraiment ce qu'ils voulaient, ne furent d'avis d'une semblable duplicité. Jean-Frédéric soutint qu'un écrit de ce genre avilirait les consciences et dans l'avenir servirait de prétexte aux interminables disputes des théologiens. Quant à lui, il déclara ne pouvoir renoncer aux opinions qu'il avait exprimées dans le projet présenté par lui; le duc de Mecklerabourg et les principales villes de Saxo partageaient ses scrupules au sujet de la Préface qu'ils trouvaient « obscure, vague, ambiguë » *. Joachim de Brandebourg dit qu'il fallait obliger l'Électeur palatin à confesser la doctrine de l'Eucharistie d'après l'article de Smalkalde et que, s'il s'y refusait, il ne faudrait pas hésiter à se séparer de lui, et l'abandonner à sa destinée 3.

La conférence avait eu surtout la conciliation pour but : elle fut bien loin d'amener ce résultat; les dissidences, au contraire, s'y accusèrent avec plus de rudesse que jamais. Le vœu que plusieurs princes avaient exprimé et que la reine Élisabeth avait fait appuyer par ses ambassadeurs, l'organisation d'une ligue politique réunissant tous les princes protestants pour la défense commune de leurs intérêts, ne se réalisa point *.

Comme dans la « Préface » adoptée toutes les éditions de la Confession d'Augsbourg étaient approuvées, la paix, pour cette

1 KLUCKitonx, Friedrich der Fromme, p. 94. s Camnicii, Fürstentuff, pp. 311-315, 333. 3 Calinich, pp. 386-387.

* Hkppk, Geschichte des deutschen Protestantismus, 1. 1, Doc, pp. 133-133. IV 10

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