‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 125 sur 315 · OPPRESSION DE L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

OPPRESSION DE L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES

poser des charges ecclésiasliqucs, tout en s'acquittant peu ou point des devoirs qui correspondent aux dignités qu'ils usurpent. Ils placent à la tête des paroisses les prêtres qui leur conviennent, c'est-à-dire ceux qui achètent le plus cher leur protection ; ils troublent la paix des abbayes et des couvents, mènent une vie fastueuse, font bonne chère et mènent grand train ; en un mot, ils se comportent absolument comme s'ils étaient les maîtres dans l'Eglise, tout en se plaignant continuellement de la corruption du clergé. Oh ! pharisiens, vous êtes le pire fléau dont Dieu ait jamais affligé son peuple ! » « Les princes, » dit un contemporain, « cherchent sans cesse querelle à l'Eglise; ils accablent le clergé de reproches, oubliant qu'eux-mêmes, par tous les moyens en leur pouvoir, ont établi dans les plus hautes charges la plus grande partie de ce clergé, et assurément la plus corrompue. Cependant ils ne rougissent pas d'outrager l'Eglise après lui avoir eux-mêmes donné le baiser de Judas » Leduc catholique de Saxe, Georges le Barbu, avait dit non moins judicieusement 1 : « Nous briguons pour nos frères et nos amis les sièges épiscopaux et les plus hauts honneurs de l'Eglise ; nous ne pensonsqu'àlaraanièrcde faire pénétrer lesnôtres dans le bercail, que ce soit par le seuil ou par le toit, peu nous importe. Cette manière d'agir nous est devenue si naturelle qu'on nous croirait pressés de tomber le plus tôt possible en enfer par ce chemin. Les seigneurs semblent avoir acquis les propriétés ecclésiastiques de leurs deniers ou les posséder en bien propre ot par droit d'héritage. »

«Nous autres princes laïques, » avait-il ajouté, « nous avons entre les mains les biens des couvents et des abbayes, et la cupidité nous tourmente continuellement à leur sujet, do sorte que trop souvent nous sommes beaucoup plus préoccupés de savoir à qui appartient telle ou telle abbaye pour nous efforcer de mettre la main sur ses revenus afin d'être en état de maintenir notre rang, que de nous informer si l'on y mène une v ie chrétienne et si la règle y est observée. L'ambition qui nous dévore, si elle a rempli nos coffres, a porté un grave préjudice, en ces temps de désordre, à plus d'une communauté. Dans ces questions, nous avons entièrement perdu de vue la charité envers Dieu et envers notre prochain et nous ne nous sommes pas demandé si notre conduite n'entraînait pas nos frèresdans un crime damnable. Nous n'avons pensé qu'au moyen de soutenir un train fastueux 2.»

1 Voy. notre second vol., pp. 321-322.

* Voy. Hôfleh, Denkwürdigkeiten der Charitas Pirkheimer, t. LVI1I. Voy. notre second vol., pp. 3i9-3oO.

in i

Page 1