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LA RELIGION ET LES MOEURS A BRÈME

fession d'Augsbourg, » disait-il, « a été rédigée dans des circonstances particulières, dans le but évident de complaire à l'Empereur et au Pape qu'elle n'a réussi qu'à irriter davantage. Au sujet de l'Eucharistie, elle approuve purement et simplement la doctrine papiste, et l'Apologie va plus loin encore. Dans l'édition qu'on m'a présentée, les articles ne sont pas les mêmes que ceux de la première édition; ils ont été changés ou abrégés. Or, je me demande si quelqu'un a le droit de modifier une confession de foi que l'Empereur a solennellement approuvée, ainsi que tous les membres du Saint-Empire. » Hardenberg et ses partisans prétendaient que « l'abomination papiste » ne pourrait être extirpée qu'à daterdujour où la doctrine luthérienne sur la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ présents dans l'Eucharistie serait partout enseignée et tenue pour véritable *. Dans la ville, « des querelles détestables » troublaient la paix des citoyens, et la discorde était telle qu'on n'y connaissait plus les liens de parenté ou d'amitié. « Dans les boutiquesde barbier, danslesclubs et les tavernes, on ne s'entretenait que delà nouvelle doctrine sur l'Eucharistie; on se demandait comment, depuis tant de siècles qu'on mangeait le corps du Christ, il en pouvait rester encore quelque chose, s'il était permis d'avoir des bottes, ou tel ou tel pourpoint, le jouroù l'on recevait le dieu de pain de pasteurs*? » Les adversaires d'Hardonberg l'accusaient d'avoir été jusqu'à dire que le Christ, abimé dans les angoisses de l'agonie, n'avait pas su au juste ce qu'il disait le jour où il avait institué l'Eucharistie :1. Au Conseil, la fraction strictement luthérienne nomma surintendant Tilmann Ilessus; à peine élu, celui-ci déclara qu'il avait reçu d'en haut la mission de chasser l'hérétique Hardenberg, le scélérat maudit, l'enfant du démon, et tous ses vils partisans. « Quoi ! » s'écria-t-il un jour, « si les prêtres de la cathédrale égorgeaient les citoyens de notre cité dans un affreux repaire, s'ils y violaient vos femmes et vos tilles, le conseil les laisseraitil faire? Autoriserait-il ces forfaits? Elibien, la cathédrale de Brème est devenue un bouge spirituel où règne le dévergondage le plus abject; là, chaque jour, des milliers d'âmes sont assassinées; là, le brandon incendiaire de la fausse doctrine est jeté au milieu de nous. Le Conseil est obligé en conscience de chasser du temple les blasphémateurs maudits ! » A son tour Hessus, dans ses discours, criblait son adversaire des plus violents outrages, livrant tous ses

1 Wahrhaffle Widerlegung, p. 7.

* Voy. Wilkens, pp. 75, 81. Sur les troubles de Brème entre I5i7 et 1856, voy. Brem und Verdische Bibl., t. III, pp. 083-815. » Voy. Backmeistkr, Christliche /Einleitung, p. 118.

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