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LA RELIGION ET LES MOEURS A BRÈME! 15G

partisans à Satan, auquel, disait-il, leur chef appartenait depuis longtemps. Bientôt Hardenberg ne fut plus en sécurité dans sa propre maison. Toutes les nuits, il s> 'attendait à quelque assaut ; il fut enfin obligé de se cacher chez un ami, tellement Hessus et les prédicants de son parti excitaient contre lui la haine populaire *. Christian III, roi de Danemark, surnommé « le saint » par les strictes luthériens, eût mieux aimé, disait-il, voir en cendres le dôme de Brème que d'y tolérer une doctrine hérétique sur l'Eucharistie, et selon lui le Conseil était obligé de chasser l'impie *. La dièto du cercle delà Basse-Saxo décida à la grande majorité qu'Hardenberg devait être expulsé de Brème, « de peur que le terrible drame de Munster ne vint à s'y renouveler 3 ».

Hardenberg chercha un refuge à Emden. Hessus quitta également la ville, mais son départ no fit qu'augmenter le trouble, car Simon Musaeus, qui le remplaça, combattit avec une passion sans égale ses adversaires religieux et continua à entretenir l'agitation populaire. Musaeus s'était juré « de n'accorder aucun repos à son corps avant que la malheureuse Brème, dont la troupe impie des Sacramentaires avait fait une nouvelle Sodome, fût entièrement purifiée do toute erreur sur l'Eucharistie». Il était résolu, disait-il, à poursuivre son but envers et contre tous, même s'il ne pouvait être obtenu « qu'au moyeu du souffre et de la poix ». 11 répétait tous les jours que le devoir du Conseil était de mettre à mort tous les Sacramentaircs 4.

Dans un nouveau règlement ecclésiastique, Musaeus reconnut à tous les prédicants de son parti le droit de prononcer l'excommunication contre les hérétiques et les blasphémateurs. Lorsque le Conseil, sur la proposition du bourgmestre Daniel de Buren, voulut lui adresser quelques représentations à ce sujet, disant que Luther s'était montré moins rigoureux, bien qu'à Wittcmberg il y eût de son temps beaucoup d'erreurs à combattre, Musaeus répondit qu'il avait entendu de ses propres oreilles Luther excommunier en chaire le gouverneur de la ville pour cause d'impudicité, le poète Lemnius pour des vers inconvenants, et même lcducGeorges de Saxe et l'archevêque de Mayencc. Si l'excommunication devait causer du tapage, ou si les amis, beaux-frères ou cousins des coupables devenaient l'objet du mépris public, il ne fallait pas y faire grande attention; caruue seule chose importait : soustraire les âmes aux pièges et à la rage du démon.

1 Corp. Reform., t. IX, 1080, note!. Voy. Dôllingeh, t. II, p. 462.

* WlLKKNS, p. 77.

3 Voy. ces délibérations daus Lösche«, ///*/. motuum, t. II, pp. 245 et suiv.

* Walt*, Mitlheilunjen, t. I, p. 00,

TROUBLES RELIGIEUX A M AGDEBOURG. 1561. 183

Le Conseil, dont la majorité était de l'avis de Musaeus, reprit contre les disciples d'Hardenberg le décret autrefois porté contre les Anabaptistes. Daniel de Buren, atteint par ce décret, convoqua alors tous ses partisans dans le dôme (10 janvier 156-). Un tumulte effroyable se produisit. « Le seigneur Omnes, » armé de haches et d'arquebuses, menaça de hacher en morceaux les conseillers accourus au bruit, ou bien de les jeter tous par la fenêtre. Ceux-ci, épouvantés, cédèrent. Musaeus et Tun de ses plus fougueux disciples furent expulsés, et les prédicants reçurent l'ordre do ne jamais prononcer le nom d'Hardenberg en chaire. Le Conseil décréta qu'à l'avenir les questions religieuses ne seraient plus discutées qu'avec l'assentiment de toute la commune. Douze prédicants suivirent volontairement les bannis dans leur exil; un grand nombre d'habitants de Brème, parmi lesquels beaucoup de conseillers, allèrent chercher auprès des nobles de Basse-Saxe un refuge loin de « leur hérétique patrie ».

Hambourg et Lübeck rompirent toute relation commerciale avec Brème, leur ancienne alliée; Dantzig mit l'embargo sur ses navires, marchandises et expéditions. Beaucoup de seigneurs de Basse - Saxe et de Westphalie, en particulier les comtes d'Oldenbourg, d'Hoja et do la Frise occidentale, refusèrent l'entrée de leurs possessions aux habitants de Brème, devenue, disait-on, une seconde Munster. La guerre fut sur le point d'éclater entre les deux villes à propos de l'Eucharistie. Enfin, en 1568, la paix sembla rétablie. Mais « les rancunes personnelles, les propos insultants allaient leur train, et le commerce et l'industrie souffrirent plus qu'on ne saurait dire de ces funestes dissensions ».

A 3rème le Calvinisme finit par l'emporter 1 .

Chassé de Brème, Tihnann Hessus se rendit à Magdebourg, où il ne tarda pas à être élu surintendant. Il rêvait de faire de cette ville, devenue « la véritable chancellerie de Dieu depuis les jours do l'Intérim impie », la nouvelle Jérusalem de l'Allemagne. Il se proposait d'en chasser tous les corrupteurs de la pure doctrine luthérienne et d'effacer les derniers vestiges « du papisme maudit ».

1 Voy. LöscHEn, t. II, pp. 258 et suiv. HäBKHUK, t. VI, pp. 351 et suiv. Voy. p. 390, en note, la liste des divers écrits de polémique publiés à cette époque. Walte, pp. et suiv.

Beaucoup se groupèrent autour de lui pour combattre les Catholiques.

L'édit de religion de 1554 avait déclaré que « les papistes endurcis » n'étaient plus des chrétiens, mais des idolâtres ; que le cimetière où dorment et se reposent les bons chrétiens devait leur être fermé, parce qu'il ne pouvait y avoir aucun contact entre les ossements des justes et les restes impurs des ennemis déclarés de Jésus-Christ. Ce refus de sépulture chrétienne visait particulièrement « les prêtres de Baal, les moines, les religieuses , et toute l'engeance cléricale ». L'édifc avait de plus ordonné que les parents et tuteurs qui n'empêcheraient pas les jeunes gens dont ils avaient la charge de se faire prêtres de l'Eglise romaine, d'entrer au couvent ou de recevoir un bénéfice, seraient exclus des sacrements et ne pourraient nommer un enfant au baptême ni être inhumés dans le cimetière commun, car il était écrit : « Ne prenez pas sur vous le joug des in lidèles. Dieu défend d'adorer le démon *. » Cependant, en 4557, les Catholiques avaient obtenu certains adoucissements. A Walmirstedt un contrat avait été passé entre le clergé catholique et la ville , en vertu duquel le chapitre et le clergé de l'église collégiale restaient en possession « de leurs propriétés et objets précieux », et étaient autorisés « à conserver à perpétuité leur culte, usages, cérémonies, sans crainte d'être jamais troublés dans leur religion ». Ce contrat était dû en grande partie à l'initiative de Pfeil, ancien syndic de Hambourg, qui, bien que protestant zélé, était d'avis d'accorder aux Catholiques une certaine tolérance, et voyait dans la concorde de tous les chrétiens l'unique salut de la ville. Mais Hessus combattit cette sage politique, décriant Pfeil comme un faussaire, un hypocrite dont la condescendance était plus funeste à Magdebourg que dix sièges, et qui avait osé appeler la bigotterie de la prêtraille papiste v l'ancienne religion ». Pfeil lui ayant rappelé que cette expression se trouvait dans le recez de la Diète, Hessus répondit : « Le jour où l'Empereur, les Electeurs ou membres du Saint-Empire ont appelé ainsi le papisme, ils ont renié Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit2. »

Hessus trouva de fidèles auxiliaires, « d'irréconciliables ennemis de l'idolâtrie et des ministres de Baal, » dans les deux professeurs exilés dléna, Mathieu Judex et Jean Wigand. Il les regardait tous deux comme les « vénérables proscrits de Jésus-Christ », et les exhortait à travailler avec lui ce à rallumer le feu divin dans la bour-

* Richter, Kirchenordnungen, t. II, pp. 148-149.

* Wilsens, pp. 102-103.

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