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LE CALVINISME DANS LE PAL ATINAT

aux luthériens d' Arnberg qu'il en tendait dé traire dans sa principauté tout ce qui avait servi au culte des idoles. En l'espace de huit jours, tout devait avoir disparu, sans en excepter les tableaux, qu'ils fussent l'œuvre de peintres médiocres ou d'artistes de génie. A Hirschau, un prédicant exécuta lui-même les ordres de l'Electeur, et fit briser, dans son église, tous les autels, tous les objets ayant servi au culte *.

Thomas Erast, professeur de médecine à Heidelberg, rédigea, sur l'ordre de Frédéric, un nouvel article sur l'Eucharistie, qui s'écartait beaucoup du dogme luthérien. L'année suivante parut le « Catéchisme d'Heidolberg », œuvre collective d'Ursinus et d'Olevian. Cet écrit fut regardé comme la solution d'une question que toutlemonde se posait depuis quelque temps : L'Electeur est-il oui ou non calviniste? Publié au nom de Frédéric, le Catéchisme fut présenté à ses sujets comme credo définitif de l'Eglise palatine. Il fut adopté plus tard dans tous les pays allemands de la religion réformée, et le synode de Dortrochter lui reconnut l'autorité d'un symbole. Il reçut la sanction d'un synode palatin et parut précédé d'une préface le 9 juillet 1563. Frédéric inséra, dans une seconde édition, un article sur la messe qui se terminait par ces mots : « Au fond, la messe n'est autre chose que la négation de l'unique sacrifice de la croix, et qu'une diminution de la passion de Jésus-Christ. » Mais cela même ne lui parut pas suffisant, et il ajouta dans la troisième édition : « La messe est une idolâtrie maudite2. »

La jeunesse, dès l'époque de sa première instruction religieuse, apprit à considérer les Catholiques comme des idolâtres.

Une lettre de Frédéric à son gendre l'Electeur de Saxe (10 mai 1562) nous éclaire sur ses véritables sentiments. Il lui témoigne ses regrets de ce qu'à Lyon les Huguenots se soient contentés de chasser les moines et les prêtres et ne les aient pas tous massacrés 3.

Comme il ne voyait dans la religion et les cérémonies catholiques que l'œuvre du démon, on comprend qu'il ait entrepris une guerre d'extermination contre toutes les institutions de l'Eglise. Il se préoccupait peu du traité d'Augsbourg. Rien] que dans le Palati-

* Muck, t. II, pp. 93-94.

* Voy. Kluckuohn, dans le Münchener histor. Jahrbuch 1866, pp. 500-502, et Friedrich der Fromme, p. 134. Voy. A. Wolters, Der Heidelberger Calechismus in seiner ursprünglichen Gestalt, nebst der Geschichte seines Textes im Jahre if,63. Bonn, 1864. Niepmann, Der Heidelberger Calechismus von i563, Elberfeld, 1K66.

» Kluckhof, Briefe, t. I, p. 297. Voy.t. I, pp. 126-127.

20fî LE CALVINISME DAXS LE PALATINAT. 1563.

nat rhénan, cinquante-cinq coa vents et abbayes furent confisqués. L'évéque de Worms, d'après les registres des paroisses, porte à 900 le nombre des établissements religieux fermés par son ordre *. Envers d'humbles religieuses sans défense, Frédéric agit plus brutalement encore que Christophe de Wurtemberg. A Himmelskron, à Liebenau, il fut impitoyable, bien que les pauvres persécutées le suppliassent de les laisser libres de pratiquer leur religion, puisqu'il permettait aux juifs de garder la leur *. A Liebenau, la prieure, Anna de Seckeudorf, et vingt-deux de ses religieuses déclarèrent aux commissaires électoraux « qu'elles ne renonceraient pas à la religion qui, depuis tant de siècles, avait été tenue pour très orthodoxe par leurs ancêtres; qu'elles voulaient y persévérer jusqu'à la mort, et garder leur saint habit, lequel ne pouvait scandaliser personne, puisqu'elles ne sortaient jamais; elles suppliaient très humblement Sa Grâce Electorale de ne pas contraindre leur couscience. Elles refusaient de recevoir un prédicant; elles en avaient déjà entendu un, il était inutile de leur en envoyer un autre. « On enseigne maintenant, » disaient-elles, a tant de doctrines différentes s qu'il nous est impossible de nous y reconnaître. «Frédéric ne voulut rien entendre.

Sa fureur de destruction contre tous les monuments de l'ancien

1 Voy. Rittkr, August tum Sachsen und Friedrich III, p. 310. Hüusskr, t. II, p. 27.

* Pour plus de détails sur ces faits, voy. Falk, pp. 50-73. Rapport des commissaires électoraux, 25 mars 1563, voy. Büttinghausen, t. II, pp. 378-379. Sur les procédés de l'Electeur envers les religieuses de Marienkrone à Oppenheim, voy. l'article de F. F.u.k, dans Yllistor. Jahbrbuch der Gorrcs-Gcsellschaft, t. X (I88Ü), pp. 47-60. Une religieuse de l'abbaye de Pforzheim nous a laissé le curieux récit des persécutions véritablement odieuses auxquelles son couvent fut en butte pendant huit années consécutives (1556- 156 't). Elle raconte les procèdes des prédicants et des fonctionnaires du margrave de Bade Charles H envers de pauvres femmes iuotfcnsives. Pendant six ans, on n'employa pas moins de dix-huit prédicants pour la conversion des sœurs, au uombre de quarante-six; aucune d'elles ne consentit a apostasicr. « Cependant, » écrit l'humble religieuse, « de nous-mêmes nous ne pouvions rien! A Dieu seul soit honneur et gloire 1 » « Un des prédicants nous a injuriées de la manière la plus basse, se servant pour qualifier nos confesseurs de termes abominables, qu'il serait trop long de rapporter ici; il nous a tellement calomniées en chaire que nous avons été extrêmement surprises de n'être point assaillies et maltraitées par la populace. Un autre s'est servi de telles expressions en parlant du Saint-Sacrement que jamais je n'avais rien entendu de semblable. Il a aussi prêché contre le Pape, disant qu'il exigeait que des rêveries de moines et de nonnes fussent tenues pour très véritables dans l'Eglise et regardées comme révélées par le Saint-Esprit. Il a dit encore que tout notre effort était d'empêcher les gens de se plaindre, que nous dévorions les biens des pauvres, que nous étions ensorcelées et que nous courions en foule vers la damnation éternelle; il nous y a toutes envoyées, comme si Dieu lui eût révélé notre sentence. » « Un troisième a fait un prêche abominable sur nos vœux et nos règles; je me demandais où il pouvait avoir été chercher loutce qu'il disait; etc. » • Toutes les fois que le

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