‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 146 sur 315 · ATTITUDE DE M A XI M I LI E N PAR RAPPORT A LA RELIGION · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE M A XI M I LI E N PAR RAPPORT A LA RELIGION

les villes zwingliennes, » écri vait l'archevêque de Salzbourgà l'Empereur, a un pareil langage n'eût pas été* toléré1. » Gomme il fallait s'y attendre, son élève Maximilien montra de bonne heure des sympathies pour la Confession d'Augsbourg2. Dans ses lettres confidentielles aux princes protestants, surtout à Christophe de Wurtemberg, il s'exprime de manière à ne laisser aucun doute sur ses véritables sentiments. Il déclaro qu'à son sens la Confession renferme la seule doctrine pure; il appelle les Catholiques « serviteurs du démon » ; il parle d'une « démarche sataniquc» que vient de faire le Pape; il espère qu'entre les Protestants les trop nombreux dissentiments qui retardent l'union tant désirée ne tarderont pas à disparaître, et qu'une fois la concorde établie le Pape aura ce le cou tordu3 ». Il n'hésite pas à promettre à Christophe que la Réserve ecclésiastique sera supprimée dès son avènement au trône 4. Lorsqu'en 1559 l'Empereur exige le renvoi de Pfauser, il refuse d'abord d'obéir, disant que, dans les choses de la foi, sa conscience lui fait un devoir de résister à son père. « On me persécute, » écrit-il le 9 avril 1539 au margrave do Brandebourg, Hans de Custrin; « mais si l'on va trop loin, comme j'ai toutiieude le craindre, j'espère ne pas être abandonné par Votre Grâce, ni parles autres vrais chrétiens. »Le 2 février 1568, il mande au margrave « que la tyrannie de son père a été jusqu'à exiger le renvoi de Pfauser, qu'il lui a déclaré avec emportement que, s'il ne le congédiait de lui-même, il le ferait arrêter et le traiterait comme ^méritent de l'être les misérables de son espèce ». Dans son angoisse, Maximilien va jusqu'à s'imaginer que les Catholiques en veulent à sa vie, à lui, propre fils de l'Empereur. « Les papistes se figurent sans doute qu'une fois débarrassés de moi leurs affaires iront à souhait, » écrit-il au margrave ; « je prie Votre Grâce de ne pas prendre en mauvaise part mon inutile radotage ; mais je ne puis m'ouvrir à personne, ni parler en liberté de ce qui me touche, si ce n'est à Dieu, à Votre Grâce et à quelques autres bons chrétiens. » « L'ambassadeur d'Espagne est très écouté à la cour de mon père ; c'est surtout lui qui fait tourner la roue5. » Pfauser fut congédié, et Maximilien envoya l'un de ses plus

» Wiedemann, t. H, pp. 105-114. Bucholts, t. VIII, p. 208.

* Pour plus de détails, voy. Reimakn, Religiöse Entwicklung Maximilian' $ II, pp. 1-28. Maurenbreciier, Kaiser Maximilian II, und die deutsche Reformation, dans Sybbl, Histor. Zeitschrift, t. VII. pp. 351, 380, XXXII, pp. 221-297, et dans les Beiträge sur deutschen Gesch., t. L, pp. 17-31. Voy. aussi Märkische Forschungen, t. XIII, p. 330.

1 Voy. plus haut, p. 34.

* Voy. plus haut, p. 34.

1 Meter, pp. 566-567. Voy. la correspondance complète échangée entre Maximilien et le margrave Hans de Custrin, publiée par Meyer dans la Zeitschrift für preussische Gesch. und Landeskunde, t. XV (Hcrlin, 1878), pp. 114-150.

il4 ATTITUDE I)K M AXIMILIKN PAR H APPORT A LA RELIGION.

sûrs confidents aux Electeurs de Saxe, du Brandebourg et du Palatinat, à Christophe de Wurtemberg, à Philippe de Hesseà Hans de Custrin, etc., en le chargeant de leur poser de sa part cette double question : « Gomment devrait-il se comporter dans le casoùson père lui défendrait absolument d'avoir un aumônier protestant et voudrait le contraindre à assister à la messe, dont il avait horreur? Sur quel oppui pourrait-il compter s'il se voyait en butte à des persécutions plus tyranniques encore de la part de l'Empereur et du Pape? Car à aucun prix il ne voulait souiller sa conscience des abominations papistes. » Ceux auxquels il s'adressait craignaient par-dessus tout de provoquer une rupture ouverte enlro le père et le fils ; aussi répondirent-ils au jeune prince en termes ambigus, l'exhortant à demeurer ferme dans la foi et à se contenter d'un culte domestique et secret aussi longtemps que l'exercice public de sa religion lui serait interdit *.

Les princes espéraient évidemment que leurs affaires prendraient une tournure favorable à dater de l'avènement de Maximilicn; Christophe de Wurtemberg, lors d'une grave maladie de Ferdinand, s'était hâté de promettre sa voix au jeune souverain2; aussi l'Electeur Joachim de Brandebourg pressait-il l'Empereur de faire élire son fils le plus tôt possible. C'est à cause de ce grand objet que Maximilicn prit le parti de jouer double jeu. Comprenant de quelle importance il était d'abuser les Catholiques, il eut de fréquents entretiens avec le nonce, l'évêque Hosius d'Ermland qui, désirant vivement le ramener à l'Eglise romaine, s'eflbrçaitde le convaincre des nombreuses contradictions du Protestantisme. Le prince sut si bien dissimuler ses véritables sentiments qu'Hosius crut pouvoir compter sur l'heureux résultat de ses efforts 3. Lorsque le nonce Commendone traversa Vienne pour se rendre à Naumbourg, et qu'au nom du Pape il alla inviter Maximilien au Concile, il fut ravi de constater la grande déférence du jeune prince pour le Saint-Siège ; aussi écrivait-il plein de joie à Rome que le roi de Bohême, dans l'entretien qu'il venait d'avoir avec lui (12 janvier 1561), avait paru fort touché de la mansuétude toute paternelle dont le Pape avait fait preuve à son endroit en chargeant ses nonces d'inviter les princes protestants au Concile et en leur donnant dans ses brefs le nom de

• Weder, Archiv für sächsische Gesch., t. III, pp. 317-318. Meter, pp. 668- 570. Küoler, t. II, pp. 636-638. Rommel, t. II, pp. 577-578. Krabbe, Chyträus^ p. 194- Kixckhohn, Brieje, t. II, pp. 1032-1034. Kluckhohn fixe défini tivemeut l'époque de la démarche de Maximilicn.

* Voy. plus haut, p. 134.

s Eichhorn, Hosius, t. I, pp. 354-382. Eichhorn va trop loin en avançant qu'Hosius convertit réellement Maximilieu au Catholicisme. Voy. Reimann, Religiöse Entwicklung, pp. 27 et suiv.

Page 1