DÉLIBÉRATIONS RELIGIEUSES A LA DIÈTE D'AUGSBOURG DE 150C
que de nouvelles conférences ou qu'un concile national pût apporter quelque amélioration au mal présent, car jamais ces sortes de remèdes n'avaient produit de bons résultats. Ils étaient persuadés qu'un concile national troublerait les nations chrétiennes sans amener la réunion tant désirée. Si cependant l'Empereur, pour faire disparaître cette déplorable scission, croyait pouvoir obtenir la concorde soit par la réforme de la discipline ecclésiastique et la répression de beaucoup d'abus, griefs et désordres, soit par quelque autre moyen que l'Eglise catholique et le Concile de Trente pussent approuver, l'Empereur pouvait compter, en tout temps, sur leur zèle et sur leur concours.
Quant aux plaintes des Protestants sur les persécutions dont ils se disaient l'objet, quant aux injustices dont ils prétendaient être victimes, les Catholiques avaient à y opposer de bien plus graves et plus nombreux méfaits, car il semblait que Tunique ambition de leurs adversaires fût de s'emparer de tous les biens du clergé, églises, abbayes, établissements de bienfaisance; et cependant les chrétiens de l'ancienne religion avaient payé bien cher le droit de conserver le peu qui subsistait encore de tous les trésors du passé. Relativement à la Réserve et à la liberté de conscience, les Protestants étaient obligés de s'en tenir à la lettre du traité de paix. Quant aux Catholiques, il leur serait toujours impossible déconsidérer comme avantageuse à la paix publique une liberté religieuse illimitée, car, à leur sens, elle ouvrirait la porte toute grande aux rebelles, aux turbulents, aux anabaptistes, aux saoramentaires et autres hérétiques, et leur donnerait toute facilité de braver le pouvoir civil, de fomenter l'émeute et le désordre, et de se dérober en toute occasion à des châtiments mérités en invoquant la Confession d'Augsbourg. Quant aux sectes nouvelles, ils ne pouvaient que répéter que le traité de paix n'avait jamais fait mention que de la religion catholique et de la Confession d'Augsbourg, et que toutes les sectes en avaient été exclues. Comme dans l'antique Eglise universelle, ceux-là seuls étaient admis qui professaient une môme foi, recevaient la même doctrine et participaient aux mêmes sacrements, il en résultait que nulle secte ne vivait dans son sein et par conséquent qu'il ne pouvait s'en trouver que dans la religion nouvelle, comme tant d'écrits récemment publiés le prouvaient surabondamment. Les Catholiques suppliaient donc l'Empereur d'exiger sur ce point des Confession istes une explication nette *.
Cependant des plaintes indignées parvenaient tous les jours à
1 Donawbr, pp. 428-151. Lehmann, pp. 105-112.
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Maximilien au sujet de l'Électeur palatin. Ces plaintes ne venaient pas seulement des Catholiques, mais aussi des Protestants. L'évêque de Worms et les abbayes de Neuhausen et de Sinsheim lui reprochaient d'avoir envahi leurs possessions, d'avoir fait enlever, briser ou brûler dans les églises les trésors des sacristies, les joyaux, autels, images, manuscrits, livres. Ou côté luthérien, le margrave Philibert de Bade, les chevaliers, le Conseil et la bourgeoisie d'Oppenheim se plaignaient des procédés violents et iniques de l'Electeur, de ses attentats dans les églises et de ce qu'il avait établi dans ses domaines, contrairement à la paix d'Augsbourg, la secte pernicieuse de Calvin *.
Maximilien remit toutes les pièces accusatrices à une commission d'enquête élue au sein de l'assemblée, et lorsqu'elle eut rendu son verdict, d'accord avec les membres d'Empire, il publia, le limai, un arrêt sévère contre l'Electeur. Se fondant sur le rapport de la cDmmission et sur ses ordres précédents, que Frédéric avait toujours méprisés, il le condamnait à restituer intégralement, avec une forte indemnité, tout ce qu'il avait injustement ravi à l'évêque de Worms, aux abbayes de Neuhausen et de Sinsheim, et à offrir des dédommagements au margrave de Bade. Ordre lui était donné d'abolir dans ses états tout vestige de calvinisme, aussi bien dans la doctrine que dans la dispensation des sacrements; de supprimer le Catéchisme de Heidelberg et de destituer tout instituteur et prédicant sectaire. S'il refusait d'obéir, si lui et les siens s'obstinaient dans l'hérésie, l'Empereur déclarait qu'alors il ne pourrait se dispenser d'avoir recours à la force, dans l'intérêt de la paix religieuse et à cause du respect dû à ses ordres présents et passés, car il était impossible de tolérer plus longtemps une si audacieuse révolte *.
Frédéric ne fut nullement intimidé par ces graves menaces : « L'Empereur, » dit-il, après avoir entendu la lecture de son arrêt, « peut sévir contre les Turcs, mais non contre moi3. » Avant comme après, il ne se gêna point pour appeler le culte catholique une « idolâtrie »,et continua de trouver justes les attentats commis dans les abbayes de Neuhausen et deSinnshcira. Magistrat chrétien, son devoir, disait-il, était de propager la pure doctrine de l'Evangile, de la faire annoncer au peuple, d'abolir les derniers vestiges de l'idolâtrie et des idoles, de réformer et d'améliorer le culte et de nommer dans les paroisses des hommes qu'il savait imbus desaines
» Voy. plus haut, p. 208.
* Struvs, pp. 184 et suiv.
» Voy. plus haut, p. 83, note 3.
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doctrines; par conséquent, il avait fait son devoir 4. Il se montra très blessé de ce que le décret impérial lui eût été lu non seulement en présence des princes de la Confession d'Augsbourg, mais encore devant les prêtres, et surtout devant « les gens à barrette rouge, comme le cardinal d'Augsbourg, et autre canaille papiste». Dans les choses de Ja conscience, déclara-t-H le 14 mai en présence del'Empereur et des Electeurs et princes, il ne reconnaissait d'autre maître que Dieu ; il ne savait ce qu'on voulait dire en lui parlant de Calvinisme ; il était toujours resté fidèle au recez de Francfort et à la confession de Naumbourg ; son Catéchisme était tellement fondé sur la sainte Ecriture que jusque-là personne n'avait été capable de le trouver en défaut; mais si quelqu'un, fût-ce le dernier garçon d'écurie, le plus petit valet de cuisine, ou l'Empereur en personne, lui en indiquait un meilleur, également fondé sur la parole de Dieu, il était prêt à s'y conformer; rien n'était plus facile que d'apporter une Bible *. Le cardinal Otto lui ayant rappelé que son Catéchisme appelait le sacrifice de la messe une « exécrable idolâtrie», Frédéric ne fit point difficulté d'avouer le fait.
Si l'Electeur se montrait si rassuré, c'est qu'il connaissait à fond la faiblesse de l'Empereur, l'impuissance des Catholiques et les dissentiments des Protestants. «De crainte de faire plaisiraux papistes, ils ne voudront pas me condamner, » disait-il ; « ils ne trancheront pasdans leur propre chair 3. » Un écrit publié sous ce titre : Avertissement chrétien sur les moyens par lesquels, avec l'aide de Dieu, l'erreur pourrait être extirpée et l'unité de foi rétablie, fut non seulement publiquement vendu, mais dédié « aux honorables membres du Saint-Empire »'; plusieurs d'entre eux en firent publiquement l'éloge dans leurs hôtelleries. Il y était dit à la fin qu'on ne pouvait espérer voir la paix et l'union refleurir que lorsque le papisme aurait été extirpé de tous les pays allemands 4.
La politique cauteleuse d'Auguste de Saxe servit beaucoup à tirer Frédéric de la situation périlleuse où il se trouvait.
Auguste avait donné sa pleine approbation à l'arrêt du 14 mai ; il en avait accepté toutes les conséquences; cependant il quitta tout à
1 Voy. la relation de Meichsen dans Sexckexberg, Sammlang von ungedrùckten und raren Schriften, t. I, pp. 313-31S.
* Kluckhohx. Briefe, t. I, pp. 313-315. Struve, pp. 187 et suiv. L'anecdote souvent répétée que Frédéric, après avoir écouté le décret impérial, se serait éloigné, puis serait revenu bientôt suivi de son fils Jean-Casimir, 'portant une Bible, est une histoire inventée après coup. Klockhohn (t. I, p. Coi) prouve aussi qu'Auguste de Saxe n'a pas prononcé les paroles qu'on lui attribue souvent : • Fritz, tu as plus de religion que nous tous I »
* Voy. plus haut, p. 83, note 3.
* Erstknberger, p. 118.