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DÉLIBÉRATIONS RELIGIEUSES A LA D1KTÉ D'AUGSBOURG DE 1SC

coup Augsbourg sans laisser d'instruction ni d'indication quelconque à ses conseillers quant à la manière dont ils devraient se comporter dans l'affaire du Palatinat. Ceux-ci, parmi lesquels se trouvaient Craco et Lindemann, tous deux calvinistes en secret, prirent naturellement parti pour Frédéric. Le 17 mai, l'Empereur les fit mander tous deux en sa présence» ainsi que les délégués des Electeurs absents et les représentants du Brandebourg, du comte palatin de Deux-Ponts, des ducs de Wurtemberg et de Mecklembourg et du margrave de Bade. Après leur avoir exposé la situation, leur rappelant comment Frédéric avait introduit dans ses états une secte dangereuse et proscrite; comment il avait refusé d'en convenir; comment il n'avait adhéré à la Confession d'Augsbourg qu'avec cette restriction : « en tant qu'elle me paraîtra conforme à la sainto Ecriture, » l'Empereur leur dit que, pour détruire cette secte et prévenir à temps de nouvelles catastrophes, il les priait de lui déclarer franchement s'il considérait toujours l'Electeur comme leur coreligionnaire afin qu'il pût se diriger d'après leur réponse. Les conseillers d'Auguste répondirent que, n'ayant point d'instruction sur ce point, il leur fallait, avant de se prononcer, réclamer l'avis de leur maître; que de plus ils désiraient, à cause de l'importance exceptionnelle de la question, en conférer d'abord avec les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg. Les princes approuvèrent cette réponse, et prièrent l'Empereur de leur accorder un délai qui leur permît de réfléchir, promettant de lui apporter jlcur décision le lendemain. Maximilien accorda le délai, mais il leur recommanda de se presser, parce que l'Electeur Frédéric était sur le point de partir, et qu'il était indispensable que cette atïairo fût terminée pendant la Diète, « afin que le poison calviniste n'étendit pas plus loin ses ravages » ; car il savait de bonne source que beaucoup de membres d'Empire étaient en secret attachés à cette secte et attendaient avec impatience la décision do la majorité1.

« Nous ne doutons pas, » écrivaient les ambassadeurs de l'Electorat de Saxe à leur maître, « que toutes ces nouvelles difficultés ne nous aient été préparées par les papistes. « La question était grave; car répondre que Frédéric était des leurs, c'était se dire Zwinglien; d'autre part, le désavouer, c'était le condamner, l'exclure de la paix religieuse et provoquer un nouveau schisme. De plus c'était irriter les calvinistes de l'étranger et s'attirer leurs représailles. L'essentiel semblait être de gagner du temps. Pour cela, il leur parut opportun de demander une nouvelle conférence reli-

' Rapport des conseillers de Saxe, voy. Kmjckhohn, Briefe, t. I, pp 666 669. Voy. t. II, pp. 1041-1042. Donawer, pp. 93-94.

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gieuse, où Frédéric pourrait s'expliquer, où sa doctrine serait examinée avec le plus grand soin. Dans le cas où l'Electeur de Saxe serait d'un autre avis, il serait toujours temps de revenir sur ses pas *. Frédéric désirait l'examen, ou, comme il le disait, «le jugement d'un concile impartial ». a Si l'on ose condamner ma doctrine sans l'avoir examinée, » répétait -il d'un ton menaçant, <r si l'on prétend me persécuter à son sujet, je suis décidé à employer pour me défendre tous les moyens en mon pouvoir2 ». « Le prince Electeur semble d'humeur intrépide, » mandaient à leur conseil les délégués de Francfort; « ses préiicants prêchent toutes les semaines dans son hôtellerie et beaucoup de gens vont l'entendre 3. »

Lorsque les princes du Wurtemberg, de Deux-Ponts, du Mecklembourg et les ambassadeurs du Brandebourg insistèrent pour qu'on répondît à l'Empereur que Frédéric n'appartenait plus à la Confession d'Augsbourg, lorsqu'ils dirent qu'il fallait l'exclure de la paix de religion et que le décret du 14 mai l'avait déjà convaincu de Icalvinisme, les conseillers d'Auguste leur firent opposition, ainsi que les délégués de la Hesse et quelques autres. Ils prétendirent qu'il fallait être sur ses 'gardes, qu'il pourrait bien arriver quelque jour que, pour de légères dissidences, des membres d'Empire fussent exclus à leur tour delà paix de religion, et qu'on devait se garder de faire le jeu despapistes. Les délégués du Wurtemberg, de Deux- Ponts, du Mecklembourg ayant proposé de présenter à Frédéric une confession de foi remplie de savants arguments contre la doctrine de Calvin, les conseillers de Saxe la repoussèrent, disant qu'il y était question de transsubstantiation et d'ubiquité; des voix nombreuses se rattachèrent à leur avis. Après beaucoup de paroles aigres et mordantes », il fut enfin décidé, le 19 mai, qu'on répondrait à l'Empereur que Frédéric, dans l'article fondamental de la justification aussi bien que sur un grand nombre d autres points, était dans la vérité, mais qu'il n'en était pas de même pour la Cène ; que cependant ils n'étaient pas d'avis d'exclure de la paix religieuse ni Frédéric, ni tout autre prince allemand ou étranger qui se trouveraient en désaccord avec eux sur quelques points isolés. IFrédéric avait promis de se laisser avertir et reprendre d'après l'Ecriture sainte dans une assemblée compétente, et avant de se séparer, les Protestants comptaient s'entendre avec lui sur la forme et les conditions du futur colloque.

L'Empereur accusa le conseiller de Saxe, Lindemann, de la nou-

1 Kluckhorn, t. I, pp. 669 et suiv.

1 Donawer, pp. 91-96.

s * Reichstag sacten, t. LXX, fol. 69.

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voile tournure que prenaient les choses, ce Lindemann a gâté toute l'affaire, » écrivit-il au duc de Bavière. « Si l'on eût pu prévoir ce qui allait se passer, mieux eût valu mille fois ne pas toucher à cette question. En vérité, dans le temps où nous vivons, on ne peut attendre de personne un peu do consistance dans les idées. Le docteur Lindemann est bon calviniste et bon zwinglien; je crois que le diable l'y pousse, car je suis bien persuadé qu'il n'agit pas selon le cœur du pieux Electeur de Saxe *. Mais celui-ci a pour habitude de laisser ses conseillers agir à leur guise, môme quand leurs actes sont en contradiction avec son sentiment personnel *. » Zasius, conseiller de l'Empereur, pria le duc de Bavière, auquel Auguste était allé rendre visite, de conjurer l'Electeur de mieux éclairer ses conseillers à l'avenir, afin qu'ils ne s'écartassent point de la ligne de conduite « si édifiante, si sage, si digne d'éloges t> que leur maître avait suivie à Augsbourg. « Leur vote a beaucoup d'importance, «disait Zasius, « tout dépend delà manière nette et franche dont cette affaire sera conduite. L'Empereur persistera dans ses bonnes intentions avec plus de cœur et de courage s'il se sent appuyé. Si l'on n'est décidé à se conduire sensément, mieux vaut mille fois ne point toucher à la question, tout .tolérer et laisser faire. Mais prendre ce parti, c'est consentir à ce que le Calvinisme se propage dans toute l'Allemagne, et dès maintenant nous voyons qu'il a déjà séduit beaucoup d'excellents esprits. » « Pour donner Je change aux consciences, on prétend que si Frédéric est exclu de la paix et déclaré hérétique, les chrétiens persécutés de France ou des Pays- Bas seront plus rudement traités. D'abord cela est faux; ensuite, comme dans ces pays il n'y a guère, en fait de Protestants, que des Huguenots ou d'abominables sacra m en ta ires, il n'y aurait vraiment pas un grand mal à cela3. » Le 48 mai, Zasius écrivait encore : or Le chapelain de l'Electeur a prêché le 15 mai, lendemain de la publication du décret impérial, avec une étrange audace et d'une façon très injurieuse, non seulement contrôle papisme, mais contre la Confession d'Augsbourg. Et néanmoins les princes ne peuvent se résoudre à exclure le Palatin de leur société! Si je comprends bien les choses, on est décidé à ne pas traquer le renard, malgré toutes les calomnies que profère contre

» Briefwechsel Maximilian' a, p. 149. Kluckhobx, Friedrich der Fromme, p. 247.

* Voy. Kluckhohx, Briefe, t. II, pp. 1041-1042.

» m Ergo reducantur io viam vel sint nobis ethnici et tanquam publicani. » Voy. Kluckhobx, Briefe, t. 1, pp. 663-667. Zasius était l'auteur de cette lettre; voy. v. Bezold, Briefe Casimir' s, t. I, p. 9, note 1. Relativement au passage sur les Huguenots, voy. Gillet, dans VHist. Zeitschrift de Sybbl, t. XIX, p. 78, note.

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les princes et leur religion le prédicant calviniste. Je crains, pour beaucoup de raisons, que cette Diète ne fortifie extrêmement le Zwingt ianisme, et cela plus que personne ne le prévoit. Ce serait là, sans doute, le signal de la ruine définitive de la Germanie, car cette secte n'a en vue que la révolution et le meurtre, comme le prouvent les événements de France. J'ai peur que les Calvinistes ne soient les plus forts, et que bientôt les Luthériens eux-mêmes ne soient plus en sécurité dans leurs Églises; plusieurs fois déjà, nous avons vu l'hérésie engendrer des calamités effroyables; pendant le prêche ou pendant le service divin, on a vu des chrétiens s'entre-égorger. Que Dieu nous préserre de voir jamais les ennemis de l'Eucharistie, altérés de notre sang, l'emporter un jour sur nous « ! » Les théologiens luthériens exprimaient quelque temps après les mêmes appréhensions. « L'esprit calviniste, vraiment judaïque et calviniste à la fois, » écrivait Samuel Ruber, « n'aura point de repos et ne sera pas satisfait qu'il ne se soit repu de notre sang et de celui de nos enfants, et qu'il n'ait bouleversé la terre entière 2. »

Répondant à la déclaration des princes protestants, l'Empereur, le 22 mai, les pria de nouveau de se souvenir que la paix de religion n'avait été conclue qu'entre les membres de l'ancienne foi et ceux de la Confession d'Augsbourg; que, par l'exclusion de toutes les autres sectes et opinions, les deux partis avaient entendu se mettre à l'abri de nouveaux troubles religieux, et que sa haute mission lui imposait le devoir de veiller à ce que la paix d'Augsbourg fût maintenue et obéie. Il ne savait, disait-il, comment accorder leur déclaration avec le décret du 14 mai, publié avec l'approbation et d'après les conclusions do toute l'assemblée, non plus qu'avec leurs protestations privées, verbales ou écrites. Il était impossible, devant Dieu et devant les hommes, d'abriter en même temps sous le même manteau ceux qui adhéraient de cœur à tous les articles de la paix d'Augsbourg et ceux qui, sur plusieurs points, et non les moins importants, comme celui de la C<'ne, se trouvaient en plein désaccord avec elle. On ne pouvait en conscience donner aux nations étrangères, par une tolérance imprudente, toute liberté de propager de dangereuses erreurs. Comment parviendrait-on jamais à fixer définitivement les dogmes, si personne, à quelque secte qu'il appartint , n'était obligé de rendre compte do sa foi? Depuis les temps apostoliques, toutes les hérésies qui s'étaient produites s'étaient toujours trouvées d'accord en beaucoup de points avec l'Église universelle; les sectes actuelles, même l'Anabaptisme,

* Kluckhoiix, Friedrich der Fromme, pp. 466-467.

« Rettung, etc. Vorrede A. 3\ Voy. Celestikus, Präfang, F. ••».

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avaient, sur quelques articles, la môme foi que les Catholiques; toutes prétendaient également se fonder sur l'Ecriture; mais si, à cause de quelques points de rapport, on tolérait les doctrines les plus subversives, il ignorait comment le Saint-Empire et la nation allemande pourraient subsister. Quant à Frédéric, le décret rendu par tous les Électeurs et princes, et lu en la présence même du coupable, devait être exécuté. Dans le cas où il consentirait à se laisser instruire et reprendre, il faudrait immédiatement se mettre à l'œuvre, afin qu'il se convertit non seulement des lèvres, mais du fond du cœur, et que, renonçant à sa doctrine, il s'engageât à se conformer aux croyances, cérémonies et usages des Conf'essionistes. Mais s'il s'obstinait dans l'hérésie, l'Empereur n'aurait plus qu'à consulter la Diète sur les mesures sévères qu'il conviendrait de prendre à son égard *.

Dans les délibérations qui suivirent ce discours, Christophe et le comte palatin Wolfgang insistèreut de nouveau pour qu'une confession de foi fût présentée à Frédéric et qu'il fût sommé de se conformer, lui et ses théologiens, aux décisions du colloque qui allait s'ouvrir. Les conseillers du Brandebourg et quelques autres se rangèrent à cet avis ; mais la majorité des suffrages se rallia à l'opinion des conseillers do Saxe qui prétendirent « que présenter une confession de foi à Frédéric pouvait être dangereux; que ce serait donner lieu à des disputes nouvelles et s'exposer à de graves embarras ; quant au colloque, il fallait, à leur avis, le préparer longtemps à l'avance. Surtout le mot de « soumission » ne devait pas être prononcé. Les membres d'Empire feraient bien d'envoyer leurs conseillers en un lieu désigné d'avance pour convenir de la manière dont serait organisé le colloque, car, dans une question de cette gravité, la forme avait autant d'importance que le fond. Pour le moment, l'essentiel était de représenter à l'Électeur que sa doctrine de la Cène était hérétique, de le sommer de se rétracter ou de le décider à se laisser corriger par un colloque chrétien, chargé de confronter sa doctrine avec la parole de Dieu.

Au nom et en présence des membres d'Empire, les conseillers d'Auguste de Saxe déclarèrent donc à Frédéric « que ses opinions sur la Cène étaient hérétiques, pouvaient entraîner de graves dissidences, de grands scandales dans les Églises et attirer de terribles catastrophes dans ses états et parmi ses sujets, car ses prédicants et théologiens s'exprimaient d'une manière plus hardie et plus choquante sur la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, dans les chaires,les écoles et jusque dans les assemblées de la présente Diète,

1 Donawer, pp. 103-109.

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