LA CONSPIRATION DE GUUMBACU
Vers la fi 11 de la Diète de 1566, les délégués de Francfort écrivaient au sujet de l'affaire du Pulatinat : « Plaise à Dieu que la paix puisse s'établir solidement dans les pays allemands! Mais un terrible orage gronde à l'horizon. Que le Dieu tout-puissant daigne le dissiper par sa grâce 1 ! »
Depuis longtemps « un terrible orage » menaçait en effet l'Allemagne.
Un grave dissentiment s'était élevé entre les cours de Dresde et de Weimar. L'ambitieux Jean-Frédéric, jaloux de rendre à la maison Ernestine son ancien éclat, rêvait, non seulement de recouvrer les titres et les possessions de ses ancêtres, mais encore, soutenu par sa noblesse, de renverser la constitution de l'Empire, de ceindre la couronne impériale, puis, «r nouveau Théodose, » de faire triompher dans tout l'Empire « le pur Luthéranisme ».
Le chevalier Guillaume de Grumbach entretenait dans ses vastes espérances l'Electeur et son chancelier Christian Bruck.
Digue ami et compagnon d'armes du farouche Albert-Alcibiade, Grumbach, à son exemple, s'était emparé contre toute justice des terres de l'évêque de Wurzbourg, son seigneur. 'Mais après la défaite de son ami, sa proie lui avait échappé, et ses possessions hérédidaires, enclavées duns l'évêché, avaient été confisquées. Il était parvenu à obtenir de la Chambre Impériale un arrêt de restitution; mais l'évêque de Wurzbourg y avait mis opposition, traitant Grumbach « d'aventurier déloyal, indigne d'être même entendu en justice, encore bien moins d'être réintégré dans ses biens; de traître, qui n'avait plus aucun titre à la protection des lois 2 ». Do violents libelles « pour et contre Grumbach » avaient été répandus. Exaspéré par l'insuccès, le chevalier avait enfin déclaré (février 1558)
» • Reichstag sacten, t. LXX, fol. 60.
1 Voigt, Grainbach, livre I, p. 136. Beck, t. I, p. 422.
CONJURATION DE GRUMBACH. Iüü8. 241
qu'on refusant de lui rendre ses terreson le poussait à de justes représailles, et qu'on pourrait bien s'en repeutir par la suite, car il était résolu à recouvrer ce qui lui appartenait 1 ». Autrefois le chancelier du margrave Albert avait dit : « Les prêtres ne donnent rien de bon cœur; pour en obtenir quelque chose, il faut leur enfoncer le bonnet sur les oreilles; alors ils donnent plus qu'on ne leur avait demandé2. » Grumbach se souvint de cette maxime. Furieux contre l'évêque de Wurzbourg, il disait que « s'il pouvait lui arracher le cœur, il n'en laisserait pas échapper l'occasion3 ». Appelé à faire partie du conseil de Jean-Frédéric en 1557 et tranquille sous sa protection il se mit tout joyeux à l'œuvre , espérant organiser « une bonne danse de prêtres, et fournir de la besogne aux historiens futurs ». Il disait que, si la valeureuse noblesse d'Empire voulait prendre parti pour lui, la chose n'en irait que plus gaiement, et que la défaite du généreux François de Sickingen, « ce modèle accompli des plus admirables vertus, » allait être vengée d'une Tacon exemplaire et sanglante. Vainement Ferdinand ordonna-t-il à Jean-Frédéric, à mainte reprise, de lui livrer le « perturbateur de la paix 5 ».
Ce que Grumbach désirait par-dessus tout, c'était de se venger de l'évêque de Wurzbourg. Après s'être entendu àCobourgavec quelques-uns de ses plus zélés partisans, il les envoya en Franconie. Trompant la vigilance de l'évêque, ceux-ci pénétrèrent secrètement à Wurzbourg, surprirent le prélat le 15 avril au moment où il sortait de la ville avec une petite escorte pour retourner au château de Frauenberg, et l'assassinèrent lâchement. Quelques gentilshommes de sa suite moururent des blessures reçues dans cet infâme guet-
1 Voigt, p. 175.
J Beck, t. I, p. 4lti.
8 Ghopp, t. I, p. 678.
* Bkck, t. I, p. 432.
5 H février 1558. Beck, t. I, p. 438. Grumbach avait encore d'autres « projets et affaires ». Lorsqu'à la mort du margrave Albcrt-Alcibiade le nouveau souverain de Franconie, Georges-Frédéric, eut refusé de payer les dettes d'Albert (influencé, comme on le croit, par le margrave Hans de Custrin qui souhaitait vivement marier sa fille à l'un des princes d'Anspach et mettre par là dans sa famille les propriétés du défunt margrave), Grumbach, en mai 1557, avait formé le dessein de lever des troupes, d'attaquer les évéques de Bamberg, de Wurzbourg et la ville de Nuremberg, et de les contraindre à acquitter toutes les dettes d'Albert. L'Electeur de Brandebourg et le prince-Electeur Jean-Georges voyaient ce projet sans déplaisir, et pensaient que le jeune prince d'Anspach ferait bien de donner H00 thalers pour le bon succès de l'entreprise. Seul le margrave Hans avait soulevé des objections, disant que Georges-Frédéric pourrait très bien, si l'affaire ue marchait pas tout droit, tomber, lui aussi, dans d'écrasantes dettes.» Märkische Füi'shunjen,L XIII, pp. 33à-333.
iv 16
CONJURATION DE GRUMBACH. 1562.
apens *. Grumbach, tout en jurant qu'il n'avait pas prémédité co meurtre et n'avait voulu que * se saisir de la personne de l'évêque, retint les assassins dans son voisinage et, plus d'une fois, prit publiquement leur défense.
« Le forfait de Wurzbourg » produisit dans tout l'Empire une sensation profonde. On sentait que, pour châtier le coupable, persoDne n'avait en main une autorité suffisante. « Nous vivons en vérité dans un temps rude et farouche, » écrivait un contemporain ; « de toutes parts éclatent des querelles religieuses; le vol, le brigandage sont à l'ordre du jour. Les crimes les plus odieux, los embûches les plus lâches sont parmi nous des faits quotidiens 3. »
Après le meurtre de Pévôque de Wurzbourg, Grumbach, ne se sentant pas en sécurité, alla demander asile et protection à Henri 11 ; plus tard il revint à la cour de Jean-Frédéric chargé par le roi de lever des troupes en Allemagne. En mars 1559, il chercha à persuader à Jean-Frédéric et à son frère Jean-Guillaume que l'occasion était on ne peut plus favorable pour le recouvrement de leurs états et que le roi de France et le duc de Holstein étaient tout disposés à les soutenir dans cette grande entreprise. « Si l'Empereur en témoigne du mécontentement, » disait-il, « s'il invoque la paix publique et appelle à son aide les cercles d'Empire, il ne viendra jamais à bout de les rallier ; d'ailleurs nous saurons, au moyen des grands foudataires de Bohême, lui tailler tant de besogne qu'il ne saura bientôt plus auquel entendre *. »
Mais en Saxe « les moissons n'étaient pas encore mûres ». Pour achever de convaincre le duc, Grumbach eut recours au surnaturel. Il se mit en relations avec un illuminé nommé Hans Tausendschön : «Ce pieux personnage était fréquemment consolé par l'apparition de deux anges, grands comme des enfants de trois ans, vêtus de gris, coiffés de chapeaux noirs, et tenant à la main des bâtons blancs ; ces esprits célestes, cachés sous une forme humaine, le faisaient tous les jours assister à des choses vraiment merveilleuses. » Jean-Frédéric fit venir à Weimar l'homme de Dieu favorisé de sihautes faveurs, et peu à peu lui donna toute sa confiance. Tout ce que lesaugcscommuniquaientà Tausendschön de la part du Seigneur devint pour lui article de foi. Il vit un jour « dans un cristal très
1 Ce meurtre fut en effet un acte de vengeance privée ; le meurtrier se nommait Christophe Kretzer. Beck, t. I, p. 4i3. Wegele, p. 431.
* Grüner, pp. 271-282. Le 15 avril 15S2, Grumbach affirma par serment que son intention n'avait été que de se saisir de l'cv6que,mais qu'il n'avait pas prémédité sa mort. bien qu'ilcût été en droit de le châtier de sa propre main. Kühler, t. lll,p. 304.
» Voigt, Grambach, livre I, p 18."> Voy. plus haut haut, pp. 65-6G.
* Ortloff, t. I, pp. 178-179, 528-533.
CONJURATION DE GRUMBACH. 1563. 2*3
pur » non seulement un chapeau d'Electeur, mais une couronne impériale. En décembre 1562, Grumbach lui annonça de la part des « anges» qucl'Empercur, qui n'était pas dans la vraie loi etdétournait son peuple de la parole de Dieu, avait encouru le courroux du Seigneur et que le chevalieravait reçu d'en haut l'ordredelefairepérir. Leplusjeuneüls deGrumbach n'attendaitqu'underniersignaipourdécharger son arquebuse sur le souverain impie. Peut-être serait-ce dans la forêt d'Haguenau, quand l'Empereur irait y chasser.De celait, leduc pouvait conclure combien les arrêts du Seigneur étaient admirables, puisqu'il châtiait les persécuteurs de sa parole par la maiu de personnes de petite condition, ahn qu'on pût concevoir une plus haute idée de sa toute -puissance. Grumbach ajouta que les ducs catholiques, Henri de Brunswick et Albert de Bavière, allaient très probablement être atteints par la vengeance céleste qui armerait contre eux la main de personnes de basse extraction, car eux aussi persécutaient Japarolo de Dieu ; les prêtres idolâtres, les « hordes impies» mettaient en eux toute leur confiance. De plus il était probable que Dieu opérerait promptement de grands changements dans les artaires d'Auguste de Saxe. Avant six inois.d'après l'oracle des « anges», Jeau- Krédéiic serait en possession de l'électoral qui lui avait été ravi. Mais auparavant uu grand événement allait frapper tous les esprits; avant trois semaines l'évêque de Wurzbourg aurait cessé de vivre, et son évéché serait donné à un seigneur laïque. Les anges engageaient Grumbach à entreprendre « uno louable et chevaleresque expédition à Wurzbourg, car Dieu lui accorderait une grâce toute spéciale pour soumettre les prêtres 1 » .
Avec l'assentiment du duc, Grumbach enrôla des soldats, et le 10 septembre 1503 lui et ses vieux compagnons de rapine, Guillaume de Stein et Ernest de Mandelsloe, publièrent une sorte de manifeste où ils déclaraient qu'après avoir vainemeut tenté d'obtenir justice, lui et ses amis s'étaient vus forcés de prendre eux-mêmes leur cause en main et d aller attaquer l'ennemi chez lui. Vers la tin de septembre, à la tête de trois cents cavaliers et de cinq cents fantassins, Grumbach euvahit l'évêché de Wurtzbourg. « Un grand nombre de gentilshommes étaient venus, pleinsdc joie, se joindre à lui, pour « cette noble chasse aux prêtres». L'homme aux anges faisait partie de l'expédition; invisible aux yeux de tous, il conduisait au combat un escadron de cavaliers noirs, également invisibles. En l'absence de l'évêque, qui avait en vain réclamé l'assistance des princes ses voisins, Wurzbourg fut prise {A octobre 1503), et tout
• Ortloff, t. 1, pp. 313-324, 373
244 CONJURATION DE GRUMBACH. 1503.
ce qui appartenait « à la prêtraillc » devint la proie du vainqueur. Le bourgmestre et les conseillers furent contraints de prêter serment d'hommage. Le chapitre et les conseillers de Pévêque durent en passer par tout ce que voulut Grumbach et signer au nom de leur légitime seigneur un traité qui le dépouillait. Pour rendre les prêtres dociles, on commença « par les piller comme il faut »,sans oublier de rançonner les riches bourgeois. « En ces jours-là, » dit un mémoire du temps, « il se passa des choses barbares et inouïes dans notre cité ; on y fit un butin si considérable qu'il n'y eut pas assez de chevaux pour emporter les coffres ; la ville a subi des pertes immenses, car il ne s'est trouvé personne pour soustraire seulement une cuiller à ces brigands. Il semblait que ce fût jour de foire à Wurzbourg; nombre de marchands venus de Nuremberg et d'Augsbourgont été dépouillés de tout leur avoir, sans parler d'autres abominations. Une troupe de lansquenets s'affublèrent d'ornements sacerdotaux, suspendirent des cloches de vache aux chasubles et se livrèrent à toutes sortes de bouffonneries sacrilègès. Dans la rue, de dignes compères poursuivaient les femmes ; et comme elles les repoussaient avec horreur, ils les chassaient de leurs demeures et allaient à la maison publique sommer les filles de joie de les suivre. « La ville, » mandait Grumbach au duc Jean-Frédéric le 9 octobre, « a subi pour environ 200.000 florins de dommage; mais tout ce qui lui est arrivé est l'effet de la colère diviue; tout s'est exactement passé comme les anges l'avaient prédit *. »
Selon les termes du traité arraché à la terreur des chanoines et des conseillers de l'évêque, non seulement Grumbach devait recouvrer ses biens et toucher une grosse indemnité, mais Ernest de Mandclsloe et Guillaume de Stein, ses compagnons, devaient, eux aussi, recevoir de forts dédommagements pour leur peine. L'évcque, cédant à la nécessité, ratiiia ce traité ; mais l'Empereur lui défendit expressément d'en exécuter les articles, disant « qu'il lui avait été arraché par la plus odieuse tyrannie ». Le ban d'Empire fut lancé contre le perturbateur de la paix publique et contre ses complices, et Jean-Frédéric, chez lequel Grumbach s'était réfugié, reçut l'ordre de les chasser immédiatement de ses états ; mais il ne prit pas même la peine de répondre à l'Empereur, tant il était convaincu que les événements prédits par les « anges» étaient
1 Kartser Bericht vom Würzburger Handel (1563), pp. 4-7. Gropp, t. I, pp. 248 cl suiv. Ortlokk, t. I, pp. 402-428. Voigt, 2« livre, pp. 112-120. Louis de Nassau écrivait le ltT novembre 1563à son frère le prince Guillaume d'Orange que Grumbach et ses compagnons avaient emporté de Wurzbourg pour plus de 1.003. 000 florins de bulin. Voy. Ghoe.h von Prinsterkii, Suppt., ii *.
CONJURATION DE GRUMBACH. 1564. 245
sur lo point de s'accomplir. Les astres consultés lui promettaient la confusion de ses ennemis, et bientôt de nouvelles révélations no lui permirent plus de douter qu'avant peu la maison d'Autriche et l'Electeur de Saxe seraient forcés de reconnaître son autorité Au moment de la prise de Wurzbourg, Auguste de Saxe écrivait : « Si l'on no vient promptement à bout d'éteindre pour tout de bon l'incendie, nous en verrons sortir des maux incalculables 2. »
On craignait un soulèvement général de la noblesse, une seconde guerre de Sickingen 3. « Nous avons eu la guerre des paysans, » disait-on, « ensuite la guerre des princes; maintenant nous allons avoir la guerre des nobles. » Le 27 janvier i564, à l'instigation de Cliristophe de Wurtemberg, plusieurs princes, représentés par leurs conseillers, conclurent à Maulbronn un traité par lequel ils se promettaient réciproquement aideet assistance dans le cas où ils seraient attaqués « par la chevalerie 4».En Bavière beaucoup de nobles protestants s'étaient ligués secrètement « pour l'affranchissement de la Confession d'Augsbourg 5 ». Heureusement on découvrit à temps leur complot. Le duc Albert écrivait à Christophe de Wurtemberg qu'il savait de bonne source que Grumbach et ses compagnons travaillaient à grouper autour d'eux les nobles bavarois, et se proposaient d'envahir, avec leur secours, d'abord la Bavière, ensuite l'évêché de Salzbourg, où déjà les paysans se soulevaient. Grumbach, ajoutait-il, cherche à rallier à son parti la noblesse de toutes les principautés allemandes6.
Grumbach organisait son armée. Il envoyait des lettres circulaires aux Électeurs et princes, à toute la noblesse. Il proposait à tout brave gentilhomme l'occasion d'acquérir de la gloire ; aux princes, il rappelait sa conduite loyale, pacifique et sans reproches. Toutes ses tentatives pour se faire rendre justice ayant échoué, il prétendait être dans son droit en agissant comme il le faisait. Si le traité de Wurzbourg n'était ponctuellement exécuté, déclarait-il plutôt que de languir plus longtemps dans la misère et dans l'exil, il était résolu à exposer son corps, sa vie et ses biens et à s'en re-
1 Quand tu verras la mort de Ferdinand,
Et qu'un autre après lui aura ceint la couronne,
En ce temps-ià Auçuste perdra son électorat,
Les ducs de Saxe croîtront en puissance,
Nombre d'évôques perdront terres et gens, etc. 8 Droysen, Aus den dänischen Bächern, p. 46.
» Büciioltz, t. VII, p. 473, note. Beck, t. I, p. 456. Sattler, t. IV, p. 204. Ha-
BKRL.IN, t. V, p. 602.
* HauERUN, t. V, pp. H2 644.
& Sur celte conspiration, voy. dans ce volume, livre III, chap. vi. 8 Aretin, Maximilian, p. 136.
246 CONJURATION DE GRUMBACH. 4564.
mettre à Dieu du triomphe de sa cause. Il appelait la chevalerie à son aide; il ne s'agissait de rien moins que de l'affranchissement de toute la noblesse de l'Empire, et du redressement des injustices qu'elle subissait depuis trop longtemps. Ce qui lui était arrivé à lui et aux siens pouvait arriver demain à d'autres, puisque partout on tolérait que les plus forts opprimassent les plus faibles. Les nobles étaient menacés aujourd'hui dans leur honneur, dans leur indépendance; demain ils seraient réduits au servage; aussi tous devaientils faire cause commune avec lui, et lui envoyer promptement leur adhésion et leurs secours *.
A la même date, « les anges de Weimar » annoncèrent que la campagne devait commencer du côté d'Erfurt. Jean-Frédéric « était plein de confiance ». « La parole de Dieu et les écrits de Luther, » écrivait-il le 5 mai à Grumbach, « le remplissaient d'une pleineet joyeuse sécurité. » Ce que les anges avaient prédit touchant les grandes victoires que Dieu allait remporter par leur moyen allait s'accomplir. Grumbach lui répondit que, lui aussi, croyait « le conseil des anges juste et divin » . Dans l'explication donnée par Luther sur les bons et les mauvais esprits, lacatnpagnequi se préparait était pleinement justifiée 2.
Que le nouvel Empereur apportât aux affaires de l'Etat plus d'activité encore queFerdinand son père; qu'il poursuivît avec fermeté l'exécution du ban, les proscrits ne voulaient voir dans ces faits que la preuve indubitable de sa chute prochaine. Ce fut en vain que les frères de Jean-Frédéric l'exhortèrent à se soumettre, à rompre avec l'aventurier qu'il s'obstinait à protéger : le duc, tout pénétré de la sainteté de la mission qu'il croyait avoir reçue d'en haut, leur expliqua longuement comment jusque-là tous les desseins perfides du démon avaient été heureusement déjoués.De quelles ruses étranges Satan ne s'était-il pas servi lors du colloque de Worms, dont lui, le duc, avait été exclu pour n'avoir pu tolérer la présence des Adiaphoristes et autres sectaires ! En ce temps-là, tous lui avaient crié « crucifige ». A Francfort, le diable avait essayé de faire prononcer l'amnistie; au moyen d'un recez d'Empire, il s'était flatté de rétablir toutes les abominations et corruptions que, par la grâce du Tout-Puissant, les vrais chrétiens avaient rejetées avec horreur, refusant d'en être plus longtemps souillés. Là encore les ruses du diable avaient été vaincs ; ce que voyant, il avait poussé les princes à se réunir à Naumbourg sous prétexte de signer de nouveau la Confession d'Augsbourg. Mais quand on avait voulu prendre la défense
' HäBERLix, t. VI, pp. 8-2».
1 Ortloff, t. II, pp. 4142. Gruxer, p. 245.
CONJURATION DE GRUMBACH. 1564. 247
de la véritable Confession, beaucoup de difficultés s'étaient présentées, et les esprits s'étaient troublés. On n'avait pas voulu entendre le langage de la vérité. Heureusement le Seigneur avait soutenu les siens par sa grâce, bien que la conduite des vrais croyants, en ce temps-là, leur eût attiré derudes reproches et qu'ils eussent été attachés avec le Christ sur la croix. Redoutant de voir la maison de Saxe recouvrer son ancienne gloire, Satan avait ensuite allumé un grand incendie parmi les théologiens do Saxe et troublé les Eglises et les écoles au moyen des théologiens do Flacius; tout, alors, avait été de nouveau remis en question ; les haineset les disputes avaient séparé amis et voisins. La discorde avait troublé villes et villages; mais ce nouveau complot de Satan avait échoué comme les autres. Maintenant le démon reprenait courage, et s'acharnait contre la pure doctrine et la maison de Saxe : « Et bien qu'on dise très haut qu'il faut obéir à l'Empereur en toutes choses si l'on veut rester fidèle à Dieu, je prie Vos Grâces de me dire si, dans un cas semblable, ce ne serait point pécher contre les dix commandements que de faire la volonté de l'Empereur?» Vos grâces n'oseront certainement pas, d'une manière téméraire et criminelle, rompro de propos délibéré avec la parole de Dieu et la pure doctrine. » « Mais si, malgré cet éclaircissement, vous avez l'intention do faire votre cour à Satan, d'obéir à la lettre de l'Empereur et de suivre le conseil des méchants, vous n'avez qu'à agir comme bon vous semble; mais vous trouverez bon que, pour ma part, je cherche à agir selon ma conscience et à prendre les mesures qui me paraissent utiles et équitables; je suis assez éclairé, Dieu merci, pour être en état d'agir avec une conscience droite en toute cette affaire *. »
Le 27 septembre, « les anges » prédirent très nettement l'avènement de Jean-Frédéric au trône impérial. « Que Dieu nous donne un Empereur meilleur que le nôtre pour servir la cause du pauvre peuple et celle do l'Évangile I Notre pays va être bouleversé de fond en comble; un terrible orage s'apprête, car celui auquel Dieu a révélé ses volontés sera forcé de conquérir son royaume à la pointe de I'épée 2. »
Sur les instances de Grumbach, le duc avait transféré sa résidence do Weimar à Gotha, ville bien fortifiée et protégée par le donjon du Grimmenstein. Afin do se procurer l'argent nécessaire à leur entreprise, les conjurés, avec l'approbation de leur maître, avaient formé toutes sortes de projets: tantôt il avait été question d'attaquer les
1 Beck, t. II, pp. 2Ô3-269.
« Ortloff, t. II, p. i04.
848 CONJURATION DE GRUMBACH. 1Ö6Ö.
marchands de Nuremberg en route pour la foire de Leipsig, tantôt de se saisir de l'évêque de Metz et d'exiger de lui une forte rançon *. Les « anges » avaient aussi engagé le duc à s'adonner aux sciences occultes; aussi entretenait-il à sa cour plusieurs alchimistes; et, par son ordre, deux prédicants travaillaient assidûment à la découverte de la pierre philosophale 2.
Un manifeste signé d'un grand nombre decomtes, de seigneurs et de gentilshommes était déjà tout préparé. La noblesse y exposait ses griefs et les motifs de la guerre: les attentats des princes laïques et ecclésiastiques, ceux en particulier d'Auguste de Saxe, « qui s'abreuvait du sang des pauvres et opprimait la noblesse. » réclamaient une prompte répression. L'Electeur retenait injustement l'héritage des ducs de Saxe, fils de l'ancien souverain du pays, et ne se proposait rien moins que do soumettre toute l'Allemagne à son pouvoir tyrannique. Les nobles s'étaient unis pour prévenir cet ambitieux dessein par des actes énergiques. Ils avaient élu chef et régent le duc Jean- Frédéric, et leur sainte entreprise n'avait d'autre but que la gloire de Dieu et la diffusion de la pure docirine. Les évêques, moines et prêtres allaient être « réformés » dans tout l'Empire, et l'odieux abus des biens ecclésiastiques supprimé. A une entreprise si louable, tous les princes, comtes, toute la noblesse de l'Allemagne devaient s'empresser do se joindre 3.
On espéraiteirconvenir jusqu'à l'Empereur lui-même. Grumbach envoya à Vienne David Baumgartner, patricien d'Augsbourg,quc sesénormes dettesavaient l'ait autrefois chasserdesa villcnatale. Il le chargea d'assurer Maximilien des loyales intentionsde la noblesse allemande etde lui démontrer que Steinet Mandelsloe étaienttoutpartieuliùreinent dévoués à la maison d'Autricheet qu'ils avaient été contraints de résister à l'Electeur de Saxe parce que celui-ci songeait à détrôner le souverain légitime. Déjà Augustes'étaitemparédesévêchés de Meissen, deMersebourg et d'Halberstadt,et voulait dépouiller son cousin Jean- Frédéric du peu qu'il possédait encore. Si Maximilien venait à mourir, nul doute qu'il ne chassât son héritier du tronc ; aussi l'Empereur serait-il bien inspiré en permettant ou donnant toute liberté à la noblesse d'exécuter le haut-fait qu'elle méditait. Pris au dépourvu, attaqué à l'improviste, Auguste serait chassé de ses états, qui seraient restitués à sou pieux cousin. Les fidèles serviteurs du duc, Grumbach Stein et Mandelsloe, fourniraient de l'argent et des troupes ; grâce
1 Ohtloff, 1. II, pp. 162 et suiv., 169. * Ohtlofk, t. III., pp. 371 et suiv.
3 Ohtlokf, t. II, pp. 230-240. Après la prise de Gotha, le brouillon de ce manifeste toaijji entre les main* dos vainqueurs ; voy. p. 230, note.
CONJURATION DE GRUMBACH. 1566
à eux, l'Empereur serait bientôt le maître obéi de tout l'Empire, et chacun pourrait y obtenir justice et voir prospérer ses affaires !. Si Maximilien entrait dansceplan, la noblesse allemande se rangerait tout entière autour de lui 2.
« Pour rendre son principal ennemi incapable de nuire, » Grumbach tenta à plusieurs reprises de faire assassiner ou empoisonner Auguste. Le comte Gunther de Schwarzburg rapportait à l'Électeur en 4505 que Grumbach lui avait dit un jour : « Auguste menace tous les jours ma vie et celle des miens, mais d'ici à la noel j'espère lui régler son compte» car j'ai pour lui une haine parfaite 3. » En Allemagne, le bruit courut plusieurs fois que l'Electeur avait péri, victime d'un odieux attentat 4.
Aussi longtemps que les conjurés se crurent trop faibles pour tenter « une action d'éclat », ils se contentèrent de voler sur les grandes routes. Une cinquantaine de gentilshommes prenaient part à leurs brigandages, qui se pratiquaient particulièrement dans l'électorat de Saxe 5.
Le 13 mai 1566, le ban d'Empire fut prononcé à Augsbourg avec toutes les formalités légales contre Grumbach et ses compagnons. Préoccupé avant tout du péril turc, Maximilien n'avait plus voulu entendre parler d'indulgence c. Une députation d'Electeurs et de princes se rendit auprès de Jean-Frédéric pour le sommer d'obéir et de livrer Grumbach. Lo duc méprisa prières et menaces.
Non seulement la « valeureuse noblesse », mais aussi le commun peupleétaitinvité tousles joursà travaillerau renversement de la constitution età« l'exaltation universelle del'Évangile de Luther ».LelO juin 1566, Hans Beyer.intirne confident du duc, rédigea pourGt umbach un « mémoire » relatif à l'organisation d'un vaste Hundschuh. Hans disait qu'il fallait en finir et courir aux armes, et que le plus tôt serait le mieux; le meilleur moyen d'arriver proinptement au but, c'était de soulever le peuple. Lorsque tous les prêtres papistes auraient été exterminés et qu'un chef <r vraiment chrétien » aurait été élu, la Confession d'Angsbourg serait partout établie. Les biens du clergé serviraient à couvrir les frais de la guerre. Luther avait prophétisé la ruine du Pape; sa parole devait inspirer la plus entière confiance; mais il fallait n'épargner personne : cardinaux, évôques, abbés, moines et prêtres devaient tous être massacrés sans pitié. Le
1 Beck. t. I, pp. 508 509.
* Beck, t. I, p. 571.
3 Beck, t. I, pp. 474 et suiv.
* v. Weber, Anna, pp. 10-13.
a Ortlofh, t. II, pp. 322 et suiv , 366 385. cl t. III, pp. 7, 40-41. 0 Voy. Weüele ( Würzburger Reichxtaysuclen), p. 43G.
250 CONJURATION DE GRUMBACH. 1366.
mieux serait de commencor par surprendre Erfurt; tout alors deviendrait facile. La devise brodée sur les étendards do l'armée révolutionnaire expliquait au peuple le but et la raison de l'entreprise 1 .
« On cherchait à s'assurer de tous côtés des auxiliaires. » Les Dithmarses paraissaient disposés à entrer dans lecomplot et à fournir des secours, dans l'espoir de recouvrer leurs libertés, que les ducs de Holstein leur avaient ravies. Le roi de Suède, par l'entremise de son chancelier, s'offrit à soutenir les rebelles. Jean-Frédéric l'engageait à entretenir en Allemagne, à l'exemple du roi de France, un certain nombre de capitaines, de chevaux et de cavaliers, afin qu'à un moment donné on pût avoir sous la main des troupes toutes prêtes 2, Des relations furent nouées avec les nobles révoltés des Pays-Bas, et « plusieurs grands personnages de France, las du joug de leur souverain » promirent « d'accourir au bon moment. On se flattait d'autant plus de réussir que l'Empereur était alors engagé dans une guerre pleine de hasards contre les Infidèles. « Les anges, » cette année-là, allèrent jusqu'à donner à Jean-Frédéric l'espoir de réunir un jour sous son sceptre deux empires et un royaume. D'après le plan de Grumbach, des régiments devaient être enrôlés en Westphalie et sur le Rhin. On commencerait par le pillage des évêchés, puis la Franconie serait envahie, l'évêque deWurzbourg dépouillé, l'Electeur de Saxcmis au pied du mur, et Mülhausen, Nordhausen, Erfurt forcées de payer de fortes rançons. En même temps des régiments levés dans la Marche du Brandebourg et en Poméranie surprendraient l'Electeur Joachim II, et le chasse-
' Ortloff, t. III, pp. 153-157. Des deux côlés de l'étendard dont Hans avait fourni le dessin, se voit le bundshuh. D'un côté, sur le ruban placé au-dessus du sabot on lit : Facere justitiam, etc., et sous le sabot : « Pour le maintien de la pure parole de Dieu et la diffusion de la Confession d'Augsbourg. Pour rendre aux Allemands leurs anciennes franchises. Pour obtenir le droit de vivre chrétiennement» dans la crainte de Dieu, l'ordre et l'honneur. 1566. » De l'autre côté, on lit audessus du sabot : ■ Malheur, malheur au Pape, malheur à vous, cardinaux , évéques, Abbés, à vous tous, moineset prêtres 1 » et sous le sabot: « I, Rois. ch. 17. Lorsque tout Iepeuplelevit.il tomba la face contre terre, et s'écria : Le Seigneur est Dieu! le Seigneur est Dieul Mais Elie leur dit : Saisissez- vous des prophètes de Baal, et qu'aucun d'eux ne vous échappe. Et ils s'en saisirent. » Le docteur M. Luther, cet autre Elie, a dit : « V'wus eram pestis, moriens ero mors tua, papa. » Voy. Ortloff, t. III, p. 164, note \ .
1 Ortloff, t. III, p. 263. Beck, t. I, p. 570. « Le plus grand péril nous menace du côté de la Suède, • écrivait l'Electeur Auguste le 21 février au roi Frédéric de Danemark. « 11 ressort clairement des lettres qu'on a pu saisir que le complot suédois n'est pas seulement dirigé contre Votre Majesté et nous, mais aussi contre Sa Majesté Impériale. » Le margrave Hans de Custrin et le duc Jean-Albert de Mecklembourg étaient au nombre des conjurés. Aus den dänischen Büchern, pp. 74 75. Voy. pp. C8-72.
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raient de ses états; ensuite les conjurés, après avoir opéré la jonction de leurs armées, proclameraient Jean-Frédéric Electeur, et peutêtre Empereur1. Des bannières portant la couronne impériale étaient déjà toutes prêtes *.
Malheureusement « les anges » se trompèrent quand, au moment précis de commencer l'entreprise, le 12 décembre, la Chambre impériale prononçait le ban d'Empire contre Jean-Frédéric, et Maximilien chargeait l'Electeur Auguste d'exécuter lui-même au plus tôt la sentence, assisté de Jean-Guillaume, frère du proscrit. Jean-Frédéric écouta avec la plus grande indifférence le héraut d'Empire venu pour lui signifier son arrêt ; il reçut avec le même calme l'envoyé de l'Electeur de Saxe. Il ordonna qu'on lui fit voir son artillerie, « afin qu'il sût bien de quels moyens de défense il pouvait disposer » ; puis il dit : « Auguste n'a qu'à se présenter, vous voyez, j'ai fait rôtir et brasser pour bien le recevoir. » Sur un oracle de son prophète, il prit ce jour-là même le titre d'« Electeur né », n'appela plus son conseil que « la chancellerie de Saxe », et fit placer dans ses armes le glaive électoral. 11 commanda aussi des épées d'or pour récompenser ses capitaines, semblant ne redouter en aucune façon la prompte exécution du ban d'Empire. Cependant, dès le 24 décembre, Gotha était cernée par l'armée électorale, et quelques semaines plus tard, Auguste et Jean-Guillaume étaient aux portes de la ville.
Jean-Frédéric harangua ses troupes et les habitants de Gotha. 11 leur affirma que l'Electeur n'avait qu'un but : « l'oppression de la vraie religion et de l'Evangile. » 11 les exhorta à se défendre énergiquement, et ranima les courages en promettant l'arrivée de prochains secours. Jean -Guillaume ayant convoqué les Etats à Saalfelt pour leur exposer la situation et lo péril du pays, Jean-Frédéric les supplia de le soutenir, disant que son frère s'était laissé corrompre par les papistes, qu'il le trahissait ; que les infâmes prêtres de Baal avaient ourdi contre lui un exécrable complot. Tous les jours les assiégés s'attendaient à l'arrivée d'Ernest de Mandelsloc, que lo duc conjurait de se hâter et de venir surprendre l'ennemi dans son camp, tandis que, plein de sécurité, il faisait bonne chère et ne s'attendait à rien. Grumbach vantait le riche butin amassé dans les coffres, etqui serait une facile proie ; ce ne serait pas avec des cuillers,
* Bkck, t. I, pp. 493-491. Ortlopf, l. II, p. J96. Dhoysen, Aus den dänischen Büchern, pp. 37 et suiv. Dès 1550, le duc Jean-Frédéric avait forme un vasle plan de guerre pour l'extirpation des prêtres papistes. Voy. notre troisième vol., pp. 690-693.
» On les découvrit plus tard à Gotha. Voy. v. Bf.zold, Briefe Johann Casimir'*, l. II, p. 150, n» 190.
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écrivait-il, mais avec des boisseaux qu'on puiserait l'or ; la soieot le velours se mesureraient aux longues piques des lansquenets. Quant au ban d'Empire, Maximilien, parjure à son serment, indigne de la couronne et de la dignité suprême, serait bientôt puni d'avoir osé le prononcer *.
Quand tout espoir de secours fut perdu, le duc et Grumbach prirent un parti désespéré : faire transporter au Grimmenstein toutes les munitions de guerre, tout l'argent qui se trouvaient encore dans la ville, ordonner aux troupes valides de s'y enfermer, chasser le reste de la population hors des murs, mettre le feu aux quatre coins de Gotha, et attendre l'ennemi de pied ferme. Mais une sédition éclata dans la garnison au moment où cette courageuse résolution allait être exécutée. Les insurgés firent prisonnier le général de Brandenstein, commandant de la forteresse, assaillirent le Grimmenstein se saisirent du chancelier Bruck, de Guillaume de Stein, et autres ardents partisans de Grumbach. Jean- Frédéric essaya en vain de protester. Traîné hors de son lit, il fut transporté sur une civière à l'hôtel de ville, où se trouvaient déjà les autres prisonniers, aux cris do « Voici la fiancée » ! On lui lia les pieds et les mains ; ensuito une députation composée de nobles, de gens de guerre et de bourgeois alla présenter les clefs de la ville à Auguste de Saxe (13 avril 1567). La garnison se rendit; la bourgeoisie fit amende honorable àgenoux, et jura foi ot hommage au duc Jean-Guillaume 2. Jean-Frédéric fut livré à son vainqueur, recommandé à la merci de l'Empereur et conduit à Dresde. Captif et proscrit, il espérait encore; au donjon de Meissen, où il passa la nuit, il écrivit au crayon sur la muraille : « Tout finira par bien tourner! » Le prédicant Roth, qui l'accompagnait, dit avoir entendu raconter que le duc savait ce par révélations singulières3, » qu'il finirait par recouvrer ses états et ses sujets et parviendrait au rang suprême. De Dresde, Frédéric fut conduit à Vienne et conjdamné à la prison perpétuelle. Ilsubit sa sentence d'abord à Vienne- Neustadt, puisàSteyer, dans la Haute-Autriche.
L'interrogatoire des prisonniers débuta par « d'affreux supplices ». Auguste et Jean-Frédéric, cachés derrière un rideau de soie, prirent un barbare plaisir~Ü voir torturer ces malheureux. Là encore, et pendant toute la procédure, «on put constater combien, en ces temps malheureux, les mœurs étaient devenues féroces et comme l'Evan-
1 Voigt. Grumbach, deuxième partie, pp. 200-210. Ortloff, t. III, pp. 457, 537- Beck, t. I, pp. Ö3i, 53Ü-53H, 544.
* Dans la ville et au Grimmcnslcin on trouva d'énormes approvisionnements, voy. Glafey, pp. 233-234.
» Outlofk, t. IV, pp. 275-276.