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CONJURATION DE G HUM BAC H

gilc bien aimé était peu entré dans le cœur de ces princes, qui l'avaient sans cesse à la bouche ». Le chancelier Bruck supplia à deux genoux Gunther de Schwazburg d'intercéder pour lui auprès des princes afin que, si la vie ne lui était pas donnée, il pût du moins conserver son épée et être exempté de la torture. Quelques années auparavant, le comte s'était cru lésé par Bruck dans la vente d'une seigneurie ; ravi d'avoir une occasion de se venger, il répondit avec emportement : «Misérable, souviens-toi du tort que tu m'as fait! Point de grâce pour toi, tu seras traité comme tu le mérites I » Le docteur Graco, conseiller de l'Electeur de Saxe, fut non moins impitoyable. Bruck le conjura également d'intervenir en sa faveur, invoquant le souveuir de son père, l'ancien chancelier, « ce loyal et fidèle serviteur de la maison de Saxe et de la cause évangélique. » Il lui rappela aussi qu'il avait élé autrefois son élève. Mais pour toute réponse, Graco l'accabla d'insultes. S'il avait appris jadis quelque chose de lui, n'avaitil pas reçu un bon salaire ? Quant à l'ancien chancelier, s'il avait été honnête homme, pourquoi son fils n'avait-il pas marché sur ses traces1 ? Au temps de sa faveur, Bruck, pour des griefs insignifiants, avait fait charger de chaînes un secrétaire du duc, et deux fois avait assisté à son supplice, pressant le bourreau de tendre encore et toujours plus les membres de l'infortuné, tellement que celui-ci avait déclaré « que s'il continuait plus longtemps l'accusé craquerait certainement comme une corde de violon, car le sang lui sortait déjà du museau 2 ». Ge même secrétaire assistait ce jour-là à la torture de son ancien persécuteur. Pendant quatre jours consécutifs Grumbach et Bruck furent interrogés et torturés l'un après l'autre. « Ils ont poussé des cris si horribles, » écrit un témoin oculaire, « qu'on les entendait de tout le château. » Graco se souvint sans doute de cette scène d'horreur lorsque, plus tard, par ordre d'Auguste de Saxe, il dut lui-même subir un semblable supplice.

La sentence de Grumbach portait que ses crimes avaient mérité les châtiments les plus rigoureux, maisque l'Electeur, « dont la bonlé naturelle était connue de tous,» voulait bien user d'indulgence à son endroit, et le condamnait « simplement » à être écartelévif. Bruck, sans qu'il fut fait mention de la « bonté naturelle » de l'Electeur, fut condamné à la même peine ; Guillaume de Stein à être décapité, puis écartelé; Hans de Reyer et le prophète aux anges à être pendus.

Le 18 avril, sur la place du marché, en présence de l'Electeur et des princes, comtes, gentilshommes, soldats et bourgeois, et d'une

1 Gruner, p. 286. Beck, t. I, p. 572.

1 Kouler, t. XII, pp. 40 j -40ü. Beck, t. I, p. 489.

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multitude de peuple, la terrible exécution eut lieu. A dix heures du matin, Grumbach, vieillard de soixante-quatre ans, goutteux et infirme, fut porté dans une vieille litière parhuit valets de bourreau ; au moment où il montait les degrés de l'échafaud, les trompettes retentirent : « Les bourreaux, » dit un témoin oculaire, « lui ont d'abord arraché le cœur, puis ils ont h appé à coups redoublés sur sa bouche; ensuite sou corpsa été séparé en quatre morceaux. » Bruck suppliait qu'on lui tranchât la tête avant de Técarteler; maison n'eut point égard à sa prière, car les bourreaux voulaient que tout se passât exactement « comme Sa Grâce Electorale l'avait ordonné ». Pendant son supplice, il disait à haute voix :« Seigneur très miséricordieux,ayez pitié de monàme ! » Les autres condamnés subirent ensuite leurs diverses peines. Hans Beyer mérita par sa fermeté que le rapport dise de lui : ce 11 est mort fort patiemment et a fait une belle tin. » Un paysan acheta les planches qui avaient servi à construire l'échafaud et cd lit une chambre pour sa maison.

Auguste, afin de perpétuer le souvenirde ces événements,fit frapper à Gotha une médaille commémorative, portant cette inscription : « La bonnecause triomphe. » Le poète du «Rossignol » rima les vers suivants : »

Auguste enfin rentre au logis

Content d'avoir si bien agi ;

Les diables aussi s'ébattaient,

Dansaient, chantaient et jubilaient!

Les enfants des petits enfants

Vengeront ces actes sanglants

yuand serons morts depuis longtemps.

En Allemagne est allumé

Un feu si bien accommodé

Que jamais on ne l'éteindra,

Et que toujours il flambera

1 Voy. Voigt, 2* partie, pp. 216 et suiv. Becs, t. I, pp. 509-581. Menzel, t. II, pp. 431-435. Voy. dans Outlofk^I. IV, pp. 51o-öo0) l'indication des chansons et des vers relatifs a la conspiration de Grumbach. Sur « le Rossignol », en particulier, voy. Koch, t. II, pp. 7 et suiv., pp. lüb-108. Calwich, Aus dem 16. Jahrhundert, pp. 262-278. L'auteur de ces vers, réédités pour la première fois par Lessing, est l'ancien diacre d'Heidelberg Guillaume Kiebitz, cité dans ce volume à la p. 44. Sur les menaces de Maxiinilien à l'Electeur palatin Frédéric 111 à propos du « Kossignol », voy. Kluckhohn, Friedrich der Fromme, pp. 291-293. Au sujet de Gaspard Weidling, cité par Koch (t. II, p. 21) et sur lequel il avoue manquer de renseignements précis, on trouvera des documents intéressants dans les archives de Francfort (Heichssachen, 1560-1563). Celait un marchand déconsidéré, emprisonné à Francfort pour vol sur la voie publique et pour avoir pris pari au complot de Grumbach. Dans une dépêche datée de Vienne le 11 août 1567 l'Empereur ordoune au Conseil de Francfort de faire arrêter « le poète du Kossignol » Guillaume Cléovitius, dont la femme et les enfants habitaient la ville.

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L'incendie, en effet, continua ses ravages.

L'Empereur ne comprit toute la gravité du complot deGrumbach que par les actes et documents envoyés à Vienne par la chancellerie ducale. Lorsqu'on mai 1567 les membres d'Empire les plus influents, et à leur tête les trois Electeurs ecclésiastiques, vinrent implorer la grâce de Jean-Frédéric, Maximilien répondit qu'il s'était convaincu lui-même, en examinant les papiers secrets, que le mal avait étéplus grand qu'on n'en avait d'abord été averti; que Jeduc n'avait pas seulement pris part à la conspiration, maisqu'il en avait été le chef; qu'il avait eu le dessein, longuement prémédité, de bouleverser l'Allemagne et d'y allumer un tel incendie que, si le complot eût réussi, l'Empire eût été plongé dans une détresse sans nom, dans la ruine et la désolation, « car sa personne et son autorité n'eussent pas été épargnées 1 ». Le 11 août 1567, Maximilien déclarait à la Diète d'Erfurt qu'il avait été informé qu'Ernest de Mendelsioc, le principal proscrit, et ses partisans ne cessaient d'ourdir de détestables intrigues pour exciter de nouveaux troubles, émeutes et rébellions dans le Saint-Empire; qu'ils soulevaient les sujets contre leurs maîtres légitimes et les vassaux contre leurs seigneurs ». L'Empereur dit avoir reçu aussi des renseignements très précis sur les projets de plusieurs membres d'Empire qui avaient joué un rôle dans la dernière rébellion, et conspiraient jusqu'à ce jour. Cependant après l'issue fatale de la conspiration du duc de Saxe, on n'en vit plus do semblables parmi les princes luthériens. La cour de Heidelberg, alliée de la France2 , devint le point de ralliement de tous les efforts révolutionnaires pour le renversement de la constitution et la destruction totale de l'Eglise Catholique.

1 Ghuxek, Urkunden, n* 21. En 1371, les trois princes ecclésiastiques, bien que leurs possessions,d'après le plan de Grumbach.eussent étedésignéescomme dcvantèlre lapremicre proie des conjurés, s'unirent pour solliciter instamment, près de l'Electeur Auguste, la grâce de Jean-Frédéric. « Leur requête.» écrit Menzel (t. 11, p. 430), « est très intéressante au point de vue de l'esprit catholique de cette époque. On n'y découvre aucune trace du fanatisme papiste. »

* Koch, Quellen, t. Il, p. 51.

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