BRISEMENTS D'IMAGES DANS LES PAYS-BAS
devant des milliers d'auditeurs accourus des environs et la plupart armés, des harangues incendiaires étaient débitées. A partir des mois de juin et de juillet, » les a prédicants » calvinistes « évangélisèrent » toutes les provinces. Des savants et des ignorants, étrangers ou flamands, des prêtres, des religieux apostats, des tailleurs, des cordonniers, des artisans de tous états répétaient à satiété que le temps de la moisson était venu, qu'il fallait en finir avec (f les bouffonneries catholiques, avec toute l'engeance des prêtres ». Pourquoi ne détruirait-on pas, tout ce qui avait servi au culte des idoles? Pourquoi,dans la détresse où l'on gémissait, ne partageraiton pas entre soi les riches trésors d'église ? » Des placards et des feuilles volantes, lus avidement par le peuple, répétaient à l'envi : a La parole de Dieu exige le massacre des prêtres et des moines. » € On doit avoir aussi peu compassion des prêtres qu'Elie des pontifes de Baal. » « Les moines et les papistes ont été livrés aux enfants de Dieu, comme autrefois le peuple idolâtre d'Egypte aux enfants d'Israël. »
Aussitôt après l'assemblée de Sainl-Trond (juillet 1566), où deux mille gentilshommes environ réclamèrent la liberté de conscience pour tous et prirent ensemble la résolution de résister aux ordres du roi, les horreurs des brisements d'images commencèrent.
« L'assemblée de Saint-Trond, » dit l'historien protestant Bor, « ne permet pas de douter que les brisements d'images n'aient été ou prémédités ou tacitement permis par les confédérés. j>
Le comte de Brederode lit enlever des églises de Viane, au son du tambour, les autels et les images. Le comte de Gulembourg assista en personne à « l'épuration » de son église, fit servir un festin à ses soldats sur les ruines de la maison de Dieu, et donna en pâture à son perroquet des hosties consacrées* À Oudenarde, les fanatiques briseurs d'images s'autorisèrent des ordres qu'ils avaient reçus des confédérés, et les montrèrent. A Leyden, deux nobles étaient à la tête des insurgés et portaient au cou les insignes des gueux. A Bruxelles, le Conseil fournit la preuve à la régente que le comte Louis de Nassau et deux intimes amis du prince d'Orange avaient eux-mêmes provoqué le brisement des images. Les prédicants, eux aussi, avaient déployé un grand zèle à Gand et surtout à Anvers. Gand était devenu le centre tumultueux des passions de la populace. Parmi les plus ardents meneurs, on remarquait le prédicant Hermann Modet, toujours accompagné de ses trois femmes. La cathédrale fut saccagée de fond en comble, car « la parole de Dieu ordonnait de détruire toutes les demeures de l'idolâtrie ». Les autels furent brisés; les images, statues, orgues, verrières détruites; les
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