‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 164 sur 315 · RÉVOLUTION DES PAYS-BAS EN · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DES PAYS-BAS EN

tableaux lacérés ou barbouillés ; les riches ornements et broderies mis en pièces, les calices, monstrances et autres objets précieux enlevés, les tombes profanées, les cadavres dépouillés et jetés çà et là. Une foule en délire se précipitait d'église en église, de couvent en couvent au cri de « vive les gueux » I Ces horreurs se prolongèrent pendant trois jours et trois nuits consécutives, tandis que des prêtres sans défense, des religieux, des religieuses subissaient les plus odieux traitements. « Il n'y eut pas une seule église, pas une seule chapelle, pas un hôpital, pas un cloître où tout ne fut brisé et saccagé, » atteste le protestant Wesenbeck. Dans la seule Flandre, quatre cents églises furent détruites; d'innombrables bibliothèques et les plus précieux manuscrits livrés aux flammes. « Ici, tous les crimes se commettent impunément, » écrivait la régente au roi, a tout est toléré, à l'exception de la religion catholique et de quiconque ose se dire catholique *. »

Le roi écrivit le 27 novembre 1566 à Granvelle : « Je ne saurais vous exprimer la profonde douleur dont j'ai été pénétré en apprenant le pillage et la dévastation des églises de Flandre. Nulle perte personnelle n'aurait pu me causer autant de douleur que le moindre outrage fait à Notre Seigneur ou à ses images saintes, puisque sou service et sa gloire me tiennent plus au cœur que toutes les choses de ce monde 2. »

Depuis bien longtemps, Granvelle suppliait le roi de venir luimême rétablir l'ordre dans les Pays-Bas. Sa présence, lui avait-il écrit, aurait seule le pouvoir de contenir les partis, de donner quelque sécurité au peuple et de l'éclairer sur les véritables intentions de ceux qui l'égaraient. Des rapports mensongers et perfides lui avaient persuadé que le roi voulaitabolir les libertés flamandes et introduire l'inquisition espagnole; Granvelle conjurait Philippe 11 de venir au milieu de ses sujets, non plus accompagné de ces grands d'Espagne qui leur étaient devenus odieux, mais entouré de gentilshommes allemands. Il lui conseillait d'organiser un corps de troupes flamandes coramaudé par des généraux flamands, de n'appliquer les édits religieux dans toute leur rigueur que pour faire quelques exemples et punir quelques prédicants séditieux, les fauteurs de troubles les plus ardents, mais de ne point sévir contre des égarés ou des gens

1 Pour plus de détails sur ces faits et sur les sources à consulter, voy. Holzwahth t. I, pp. 354-377. 4Ö0-465. Ja>ssen, Schitier ah Historiker, pp. 80-85. Sur l'agitatiou populaire savamment excitée par des émissaires étrangers et sur les brisements d'images, voy. Koch, Untersuchungen, pp. 70 et suiv. Kervyn de Lettenhove, t. I, pp. 350-371. Ratusgeuer, « Annaten der niederländischen Malerei, » donne la liste exacte des églises et des œuvres d'art détruites en ces terribles journées.

* Gacuaao, Correspondance de Philippe II, t. I, p. 489.

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