RÉVOLUTION DES PAYS-BAS EN
repentants ; d'avoir égard aux privilèges et libertés du pays, au caractère des habitants, d'agir avec mesure, prudence et modération *. Mais Philippe n'avait tenu aucun compte de ces sages avis; il avait cru pouvoir régler, du fond de sou palais d'Espagne, des intérêts très compliqués, demandant des ménagements extrêmes. Fier de s'intituler « le plus puissant monarque de son siècle », il n'acceptait aucun conseil, « Lorsque le torrent de la révolution lut sorti de son lit, » et que des centaines de couvents et d'églises dévastés l'eurent averti des terribles ellets de la fureur populaire, le cardinal lit de nouveaux eflorts pour le convaincre. Il n'y a plus a hésiter, lui disait-il. 11 laut venir restaurer l'ordre et gagner l'allection des Flamands par une politique d'indulgence et de bonté. Même après tout ce qui s'est passé, le roi doit, autant que possible, respecter les libertés nationales et laisser beaucoup de coupables impunis plutôt que de s'exposer à châtier des innocents ou même des égarés. Granvelle prit surtout la défense d'Egmont, qui n'avait été que le trop docile instrument d'Orange ; « Répandre le sang de ses vassaux, » disait-il, * c'est s'affaiblir soi-même â. »
Pie V, lui aussi, exhortait le roi à se rendre au plus tôt dans les Pays-Bas pour y prendre la direction des aliaires. Mais Philippe ne voulut rien entendre. Il éclata en reproches contre le légat, repoussant avec hauteur toute intervention dans ses aliaires personnelles 3. Puisque les révoltés des Pays-Bas avaient pris les armes, lui aussi trancherait la question par les armes. Le pays serait pacitié, mais par la terreur et les supplices.
Tandis qu'il repoussait les avertissements du Pape, l'invitant à l'indulgence au nom de la religion, Philippe prétait une oreille complaisante aux conseils de Frère Laurent de Yillavicencio, moine fanatique, qui lui répétait sans cesse : « Le roi David n'a pas eu pitié des ennemis de Dieu ; il les a tous exterminés, sans en épargner un seul. Moïse et les enfants d'Israël ont, en un seul jour, massacré trois mille rebelles; un ange, en une nuit, a mis à mort plus de soixante mille ennemis du Seigneur. En agissant ainsi, ils n'ont pas été cruels; ils ont cru ne pas devoir faire grâce à ceux qui outrageaient la gloire de Dieu. Votre Majesté est roi comme David, chef de peuple comme Moïse; Votre Majesté est l'auge du "Seigneur,
1 Voy. les lettres],dc Granvelle dans Grokx vas Prinsterer, t. I, LXXXVI, pp. 151, 1Ö9. Gacu.uuj, Correspondance de Philippe II, t. 1, CLXX1I, p. 201.
» Gachard, Correspondance de Philippe II, t. I, pp. 518,534, 560, 5J4, 599, et t. II, LI, Sur Egmont, voy. t. 1, CLXXIV, et Grok.n v.v.n Prwsterer, t. 111, p. 411, et Sappl. 43.*
» Gacuard, t. I, p. 488. Kkuvyn de Lkttkkiiove, t. I. p. 470. Voy. Holzvvarth, t. I, p. 401.