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L'EMPIRE ET LA RÉVOLUTION DES PAYS-RAS

Saxe à se joindre à eux; mais l'Electeur ne croyait pas aux prétendus complots des puissances catholiques. Ce n'étaient là, écrivait-il, que chimère et discours oisifs, rêves de gens turbulents, désireux d'exciter les méfiances et les malentendus entre l'Empereur, les Electeurs et les princes. La ligue qu'on lui proposait ferait beaucoup de tapage et peu de besogne, « à cause des querelles et controverses qui divisaient les membres d'Empire au sujet de la doctrine et de la foi, querelles qui n'avaient pu encore être apaisées puisque l'unité de doctrine n'était pas obtenue, ce qui, sans aucun doute, donnait plus que toute autrechose audace et espoir aux adversaires ». Il était facile de prévoir que la ligue projetée ne pourrait rien pour la concorde et que ses délibérations ne pourraient être tenues secrètes *.

Une seule fois, un même seutiment unit entroux tous les membres d'Empire : ce fut lorsque le duc d'Albe parut vouloir étendre à toute l'Allemagne son despotisme militaire. Le 15 novembre ioG6, l'Empereur, par des lettres officielles, avait autorisé le roi d'Espagne à enrôler jusqu'à dix mille fautassins et trois mille cavaliers sur le sol allemand; un mandat secret, rendu par son conseil, avait aussi autorisé Philippe à poursuivre les rebelles dans les cercles d'Empire attenant aux Pays-Bas. En conséquence, les troupes espagnoles surprirent en avril 1568 une armée de gueux en déroute près du village de Dalhem (duché de Juliers), les taillèrent en pièces et se livrèrent à toutes sortes d'exactions et de rapines dans les environs. Le duc de Juliers-Clèves s étant plaint de ces attentats ne reçut de Madrid que de vaines excuses. Quant à l'Empereur, il ne fit rien pour obtenir au moins une indemnité de guerre *. Sur ces entrefaites, le duc d'Albe, s'immisçant de plus en plus dans les affaires intérieures de l'Empire, prit parti pour le Conseil de Trêves dans une querelle survenue entre celui-ci et l'archevêque, et mit à la disposition de ce dernier quelques centaines d'arquebusiers. Un instant, on put craindre que Trêves, « cette clef du Rhin et de la Moselle, » ne se détachât de l'Empire 3. Alarmés par ces événements, tous les Electeurs et quelques princes avec eux envoyèrent une ambassade à Berlin pour supplier l'Empereur de travailler à la pacilication des Pays-Bas et obtenir do Philippe II le rappel des troupes espagnoles. La Saxe et le Brandebourg, surtout, le pressaient de prendre la défense des Flandres impériales ; tous les membres d'Empire offraient de l'aider dans cette entreprise et d'exposer pour lui corps et biens. Ils obtinrent enfin la promesse

1 Kluckhoiin, Briefe, t. II, p. 180. Voy. Kugi.f.b, t. II, pp. 517-320.

* Voy. Zeitschr. des bergischen Geschichtsverein f, t. VII, pp. 97-103.

* Kluckhohn, Briefe, t. Il, p. 236.

qu'une députation, envoyée au nom de l'Empereur et des princes au duc d'Albe et à Guillaume d'Orange, s'efforcerait d'amener un accommodement entre les belligérants, tandis que le frère de Maximilien, l'archiduc Charles, serait envoyé en ambassade à Madrid pour déclarer au roi que,s'il ne changeait de politique, il ne serait bientôt plus possible de résister au parti qui demandait à grands cris la guerre. Philippe serait supplié de rappeler ses troupes, de prendre l'Empereur pour arbitre de la paix, et de permettre que des délégués nommés par Maximilien négociassent un armistice entre le duc d'Albe et Guillaume d'Orange.

Mais jamais il ne fut possible d'obtenir de l'Empereur une réponse claire. Après avoir consenti à l'ambassade, il dit au représentant do Philippe II, résidant à sa cour, qu'il craignait fort que l'envoi d'un archiduc à Madrid ne fût d'aucune utilité. En 1568, Philippe étant resté veuf, Maximilien songea à se l'attacher par une alliance de famille, et chargea l'archiduc Charles d'aller lui offrir la main de sa fille aînée. Avant même que Philippe eût répondu au sujet des Pays-Bas, l'Empereur lui donna à entendre « qu'il serait satisfait de toute réponse, pourvu qu'elle fût rédigée de manière à ce qu'il pût la montrer aux Electeurs ».

La réponse qu'il reçut d'Espagne fut pour lui « une amère pilule». Philippe repoussa toute intervention étrangère relative à la religion, déclarant qu'il était décidé à ne jamais tolérer que la moindre atteinte fût portée à l'Eglise Catholique romaine, à ses institutions ou à ses lois. Ses vassaux et sujets n'avaient aucun motif, aucun droit de se plaindre de lui, encore bien moins les princes allemands. La scission religieuse avait engendré des troubles, des calamités sans nombre dans tous les états de la Chrétienté. Il s'était cru obligé de faire un exemple dans les Flandres et de sévir avec vigueur, convaincu qu'il était indispensable de dompter la dangereuse audace des agitateurs populaires. Les rois avaient sur leurs sujets un pouvoir absolu. 11 avait toujours entretenu de bons rapports de voisinage avec les princes, mais il ne pouvait s'empêcher d'être surpris qu'ils voulussent intervenir entre lui et ses peuples. Il avait accordé à leurs sujets toutes libertés et facilités de commerce ; plusieurs fois il eût été dans son droit en envahissant leurs territoires, mais sa grande modération l'en avait toujours détourné. On n'avait pas même usé de représailles avec le comte d'Emden qui, à Grönimgen et Over-Yssel, avait accordé libre passage aux rebelles et facilité l'entrée de convois de vivres; il eût été alors bien facile au duc d'Albe d'occuper la Frise occidentale ; mais il s'en était abstenu, se souvenant que ce petit pays appartenait à l'Empire et

ne voulant point s'approcher de trop près de l'Empereur. Lorsque le prince d'Orange avait proposé de so jeter sur les pays de Cambrai et de Liège, il s'y était opposé. L'intérêt que les princes portaient à Guillaume était tout à fait injustifiable ; Orange avait violé tous ses serments. Vassal du roi, gouverneur de Hollande, de Zélande, d'Utreclit, de Bourgogne, membre du Conseil d'Etat, il avait trahi ses devoirs, il s'était mis à la tète des rebelles; il était cause de tous les malheurs survenus, de tous les attentats impies commis dans les églises, de toutes les révoltes criminelles contre Dieu et contre le roi. Lui faire grâce et le réintégrer dans ses biens était incompatible avec le devoir, avec la dignité royale. Philippe, dans une lettre particulière, fit part à l'Empereur de la surprise et du chagrin que lui avait causés sa démarche. Qu'Orange ait pu rassembler en Allemagne une si grande armée contre son souverain et son maître, qu'il ait trouvé de l'appui chez les princes, les cités et les sujets de l'Empire saus que la puissance impériale ait songé un instant à y mettre obstacle, c'étaient là des faits qu'il ne pouvait excuser, il déplorait aussi que l'on ait l'ait àun rébelle l'honneur d'envoyer un archiduc, et le propre frère de l'Empereur, intercéder eu sa faveur en Espagne. Mais ce qui lui était le plus sensible, comme il le répéta à l'archiduc, c'était l'attitude peu franche de Maximilien relativement à la religion ; il le suppliait de ne pas refuser à la foi la protection qui lui était due, de rester dans le vrai et droit chemin, en un mot de remplir son devoir de prince chrétien et de lidèle catholique.

ce La pilule était amère, » et pourtant l'Empereur l'avala.

Relativement aux Pays-Bas, il écrivit à Philippe qu'il trouvait ses déclarations fondées, en grande partie, sur la raison et la justice, mais qu'il n'osait communiquer mot à mot la réponse royale aux Electeurs. Cette réponse timide lui attira une seconde semonce de Philippe. A sou seus, aucune considération humaine ne pouvait empêcher Maximilien de déclarer ouvertement aux membres d'Empire ses véritables sentiments ; il lui était impossible de comprendre comment les princes pourraient se scandaliser de le voir fermement attaché à Ja foi de ses pères. En même temps, Philippe chargeait le duc d'Albe d'envoyer aux Electeurs de Trêves et de Mayence copie exacte de sa réponse, afin que ces princes fussent bien éclairés sur sa véritable pensée *.

Quant à ce qui regardait la religion, l'Empereur ne se fit pas

'• 1 Rittkh, August von Sachsen und Friedrich III. von der PJalt. pp. 338-340. v. Bezold, t. I, pp. 37-40. HüLzwARTii, t. II, pp. 311>33â.

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