ÉTAT GÉNÉRAL DE L'EMPIRE
plus certainement que Sa Majesté Impériale assiste impassible à tout ce qui se passe, et ne songe pas à fortifier son autorité en s'unissant à VotreGràce et à d'autres loyaux seigneurs amis de la paix, pour le maintien de la justice et de la tranquillité publique. Nos adversaires, cela est évident, ne convoitent pas seulement les biens du clergé, mais la couronne impériale, le sceptre et l'autorité. C'est là, sans aucun doute, que tendent tous leurs désirs, et on leur en fournit le prétexte et l'occasion en temporisant, en biaisant, en restant assis, eu n'agissant point. 11 est grandement temps de nous réveiller de notre apathie et de faire notre devoir, soutenus par la grâce d'en haut. Dieu merci, nous le pouvons encore, nous ne manquons pas de ressourcés, nous sommes en état de nous défendre et de nous garantir contre tout injuste attentat; mais il nous faut enfin mettre la cognée à la racine de l'arbre, courageusement, virilement, d'une façon vraiment sensée. Nous nous y déciderons un jour, mais le mieux serait de nous presser, et de ne pas assister plus longtemps sans rien faire à la ruine, à l'humiliation des nôtres. Les complots de nos ennemis s'étendent à l'intérieur et à l'extérieur; tous les jours grandissent leur audace, leur arrogance, leur insubordination. Ils croient possible tout ce qu'ils imaginent. » « Sur mon honneur, » écrivait encore le cardinal le 12 février, à Vienne, « on préfère maintenant les Turcs aux prêtres de la sainte Eglise, fussent-ils évêques ou légats! Voilà pourtant où nous en sommes réduits! » « N'est-il pas déplorable que toutes les mesures contre la vraie religion soient maintenues, et qu'on s'imagine marcher vers le succès en cédant, en temporisant, en louvoyant sans cesse? Il y a là de quoi épouvanter! Plût à Dieu qu'il me fût possible de me transporter, ne fût-ce que pour une heure, auprès de Votre Grâce! Combien je souhaiterais m'entretenir librement avec elle de tout ce qui nous tient au cœur! Le Saint Père*a bonne intention, bonne volonté, bon \ cœur et vaste intelligence, mais l'expérience lui fait défaut. Cependant il n'y a point de doute que si les Catholiques l'en priaient instamment Sa Sainteté ne nous accordât ses conseils, son assistance et tous les secours dont elle peut disposer. En vérité, on dort trop longtemps à Vienne! il serait temps de s'entendre pour la défense commune, et de s'unir au petit nombre de ceux qui ont de la résolution et du cœur. Si l'on faisait appel à tous les braves de l'intérieur et du dehors, nous pourrions encore compter sur un bon renfort et sur une ressource précieuse. Le parti opposé ne chôme point : ce qu'il imagine, il l'exécute et il sait prendre les devants. Pourquoi les bons ne tentent-ils rien pour la défense de la patrie, tandis qu'ils en ont encore le moyen et que le péril est si grave? La prudence
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humaine, les ménagements à garder, le danger auquel on s'expose, toutes ces raisons ne sont bonnes qu'à retarder notre effort et à rendre notre affaire plus mauvaise, car nos adversaires profitent de nos délais pour nous opprimer davantage. S'ils voyaient quelques hommes résolus se mettre sur la défensive, ils baisseraient bientôt le ton; si l'on pouvait réunir les forces des deux grands chefs et des autres potentats catholiques, la partie serait vite gagnée. Quand même plusieurs souverains chrétiens refuseraient de se laisser persuader, mon avis est que les autres, ceux qui ont vraiment au cœur la crainte de Dieu, doivent s'unir sans rien craindre, et metlrc toute leur confiance dans le Tout Puissant, car Dieu ne peut manquer de venir à notre aide dans une cause si juste. Alors, ligués pour la défense commune, unissant leurs lumières, exposant corps et biens pour le bon droit, les bons auront belle chance, sinon certitude de vaincre! Mais rester oisif, s'observer les uns les autres, trembler, ne penser ni au moyen de réussir, ni aux mesures à prendre, accroître ainsi l'audace des adversaires, les craindre et douter de la bonté de Dieu, tout cela ne peut nous conduire qu'à notre ruine » Albert, répondant au cardinal, dit être entièrement de son avis. « Mais que pouvons-nous faire, » écrit- il, « nous et les princes catholiques de bonne volonté? Votre Grâce sait assez comment les choses se passent! » Le cardinal savait, en effet, qu'à Vienne on montrait peu de confiance aux Catholiques, et qu'on usait de ménagements envers l'autre parti, dont on recherchait visiblement la faveur. « Avec le temps, » écrit Albert, « on s'apercevra sans doute du peu de solidité du soi sur lequel on bâtit, on se repentira de son erreur; mais en l'état actuel des choses, nous n'avons qu'à nous recommander à Dieu, car si le conseil et le secours ne nous viennent de lui, nous ne savons, en vérité, comment la sagesse et l'effort des hommes pourraient nous être de quelque utilité. Nous nous recommandons à la bienveillance toute paternelle de Sa Sainteté. Si, au milieu des événements redoutables et inattendus qui peuvent survenir, nous nous trouvions tout à coup en un extrême péril, nous ne manquerions pas de chercher conseil et assistance auprès d'elle, et nous sommes persuadé qu'elle ne nous abandonnerait pas, car nous n'avons jamais donné à personno, en dehors de ce qui concerne l'intérêt de la religion, aucun sujet de nous être hostile. » Faisant allusion à l'Empereur, Albert dit au cardinal qu'il sait aussi bien que lui ce qui rend une ligue impossible : « Nous aurions mauvaise grâce à faire une démarche dans ce sens auprès des grands potentats; nous savons trop bien qu'elle n'aboutirait
» W immer, pp. 84-89.