PROJETS AMBITIEUX DES PIUNCRS PALATINS
point et nous exposerait au contraire à toutes sortes de périls. » L'Electeur palatin n'avait pas craint de proposer aux gouverneurs des cercles les plus proches de ses états de s'unir à lui, dans l'intérêt de l'Empire, contre le roi de France, auquel, disait-il, il fallait porter un triple coup : « L'avenir nous dira si sa demande a été accueillie, et si ce plan doit se réaliser. Votre Grâce saura apprécier combien il est légitime et juste! En somme, ces gens-là sont plus obéis que l'Empereur lui-même, et leur pouvoir semble augmenter en proportion de la froideur qu'on leur témoigne *. »
A la cour palatine, les esprits étaient dans uno agitation fiévreuse. Frédéric, toujours sous l'influence de ses conseillers, soutenait le prince d'Orange par d'importants secours, cherchait à entraîner l'Électeur de Saxe et d'autres princes protestants dans une nouvelle expédition française et travaillait avec ardeur à obtenir l'appui de l'Angleterre. Il eût voulu voir cette puissance, le Danemark, la Suède et les princes d'Empire protestants se liguer « pour la ruine des papistes et la défense de la foi évangélique ». On espérait que l'Angleterre fournirait surtout de l'argent; l'Allemagne, des troupes, et que la reine Elisabeth donnerait en cautionnement une somme considérable pour l'équipement d'une puissante armée, destinée à combattre « les ennemis de l'Évangile ». Le conseiller palatin Ehem était persuadé que la France aiderait les « bons chrétiens » à repousser le duc d'Albe, et trouverait moyen de faire servir aux intérêts de la Révolution, au triomphe de la bonne cause, la révolte des Maures. Grâce aux efforts cl au z'iede l'Électeur Frédéric, une « conférence évangélique » s'ouvrit à Erfurt (septembre 1569). Là, le projet de la ligue fut longuement discuté. Mais le Brandebourg et la Saxo émirent des doutes sur son opportunité. Ils craignaient qu'Elisabeth n'eût des opinions religieuses quelque peu différentes des leurs; de plus, il leur semblait dangereux d'organiser une confédération qui pût être soupçonnée de vouloir attenter à l'autorité de l'Empereur ou à ^constitution de l'Empire. « D'ailleurs, » dit l'Électeur de Brandebourg, « rien actuellement ne peut nous faire supposer que les Catholiques songent à violer la paix d'une façon quelconque. » Un délégué des Huguenots proposa la formation « d'une ligue perpétuelle, offensive et défensive » où entreraient les princes allemands, les villes libres et les villes hanséatiques, avec le concours et l'appui de l'Angleterre, de l'Ecosse et des royaumes du nord. Sa proposition fut repoussée 2.
* WlMMER.pp. 90-91.
* Neudeckrr, t. Il, pp. 168-181. Heppr, Gesch. des deutschen Protestantismus, t. II. pp. 196 203. Ritter, A uyust von Sachsen und Friedrich III, p. 333. von Be/old, t. I, pp. 64 et suiv.