DIÈTE DE SPIRE
Le 5 mars 1570, Lazare de Schwendi envoyait à l'Empereur le mémoire que celui-ci lui avait demandé et qu'il avait intitulé : Mémoire et discours sur l'état actuel et le gouvernement du Saint- Empire, notre bien-année patne. Ce mémoire était accompagné d'une lettre particulière où Maximilien était supplié de se mettre promptement et virilement à l'œuvre, de montrer de la décision et de l'énergie. « Le monde, » lui écrivait Schwendi, « est devenu si méchant, si corrompu qu'il n'est plus possible de le gouverner uniquement par la bonté et la douceur. L'insubordination, la licence, l'esprit de révolte se sont tellement implantés en Allemagne qu'il ne faut plus se flatter de remédier au mal en usant de ménagement et d'indulgence. L'autorité veut être respectée et crainte, sans cela point de réforme ni d'amélioration possibles. A l'heure actuelle, le nom d'Empereur n'est pas un vain titre de gloire. Les choses en sont venues à ce point que le souverain et le petit nombre do membres d'Empire obéissants et fidèles ont grand'peine à se défendre et à se maintenir, au milieu des séditions, des violences, des excitations de toutes sortes. Les princes se méfient les uns des autres; la discorde religieuse, le plus grand de tous les fléaux, a lini par exposer l'Allemagne aux attaques de l'étranger, aux attentats de toute nature. L'Empire ébranlé, surtout par la fatale scission religieuse qui engendre en tous lieux des querelles, des désordres, des crimes, ne pourra que très difficilement revenir à son ancien état, à son antique splendeur; mais il existe certainement des moyens d'éviter la ruine totale delà chosepublique, ruine qui, pour le moment, semble imminente. Ces moyens, l'Empereur doit les employer sans retard, en s'ai-
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dant des conseils des principaux membres d'Empire et de tous les gens sensés qui chérissent encore la patrie. »
Au fond du cœur, Schwendi était dévoué à la Confession d'Augsbourg. H détestait le Saint-Siège, qu'il rendait responsable de la décadence de l'Empire. Il eût voulu que le serment exigé, par les Papes, des évêques et des prêtres « fût une'bonne fois aboli et supprimé par un décret d'Empire ». Il pensait que c'était à Maxtmilien, qui exerçait en Allemagne la suprême autorité, de les obli- ' ger à bien s'acquitter de leurs devoirs, et qu'il lui appartenait d abolir les nombreux abus existants, ce Quant aux nouveaux croyants, » disait-il, « tous doivent adhérer à la Confession d'Augsbourg ; on ne doit plus tolérer en Allemagne de secte ou de doctrine nouvelle. » La situation des territoires protestants lui paraissait désespérée : « Dans la plupart d'entr'eux, le changement de religion s'est effectué à la faveur de désordres affreux; des cérémonies, des traditions respectables ont été abolies; parmi les prédicants et les théologiens, la discorde, l'esprit révolutionnaire ont si bien pris la haute main qu'aucun d'eux ne fait cas que de sa propre opinion. Les docteurs introduisent sans cesse des nouveautés et condamnent tout ce qu'ils n'ont pas eux-mêmes imaginé; de là une confusion inexprimable, des scandales sans nombre, des sectes, des schismes à l'infini. Pour remédier à tant de maux, les autorités protestantes doivent se réunir et s entendre, établir un règlement ecclésiastique obligeant la conscience de tous ; prescrire à leurs prédicants une doctrine et des lois précises, et les soumettre, sous peine de châtiment, à des lois fermes, nettes, absolues. Les injures que les ministres se renvoient les uns aux autres dans leurs prêches ou dans leurs écrits doivent être sévèrement interdites sous peine de châtiments rigoureux; aucun livre sectaire, attaquant la religion catholique ou la Confession d'Augsbourg, ne doit plus être imprimé avant d'avoir passé par la censure des autorités compétentes. Comme, pour le moment, il est impossible d'espérer un accord entre les partis en lutte, il est urgent d'exiger avant tout le maintien et l'observation réciproques de la paix de religion. Toute alliance des princes avec l'étranger doit être abolie par un décret d'Empire, et les contrats particuliers conclus par les princes catholiques ou protestants, contrats qui fournissent aux nations étrangères de continuels prétextes de s'immiscer dans nos affaires, doivent être annulés.
« Quant au gouvernement extérieur et à l'ordre civil, l'Empereur, sans perdre de temps, doit pourvoir à la succession au trône, ahn qu'après sa mort, il n'y ait aucun interrègne. En outre, il faut