UNE FÊTE A HEIDELBERG
puissance étrangère, perdre leurs libertés et leurs traditions. 11 était d'avis de comprendre les Flamands dans la paix de religion; surtout il conseillait de prendre bien garde, par des agressions maladroites, d'irriter les nations étrangères, et de leur fournir un prétexte de prendre l'offensive *.
Muni de ce mémoire, Maximilicn se rendit à Spire. Tandis qu'il était en chemin, le mariage du comte palatin Jean- Casimir avec la princesse de Saxe Elisabeth était célébré en grande pompe à Heidolberg (5 juin io70). L'Electeur Auguste et l'EIectrice Anne y assistaient, ainsi que les margraves Georges-Frédéric de Brandebourg- Anspach, Charles de Bade-Durlach, le jeune Louis de Wurtemberg, les landgraves Guillaume, Philippe et Georges de Hesse, le duc Adolphe de Holstein, ainsi qu'un grand nombre de comtes, de seigneurs et de gentilshommes. Une « magnificence toute royale » fut déployée en cette circonstance. On cite des banquets où plus de deux cents plats furent servis aux convives; on avait fait venir à grands frais d'Allemagne et de l'étranger les vins les plus exquis, les mets les plus recherchés. « Des tournois, des mascarades, toutes sortes de divertissements jetaient tous les jours les hôtes de l'Electeur dans l'étonnement et la joie; tout le monde semblait heureux. » On u avait rien épargné pour rendre la fête merveilleuse, et la jeune comtesse palatine était « si splendidement parée, couverte de tant de pierreries, de chaînes d'or, de bagues, qu'on l'eût prise pour une tille de roi 2. » L'ambassadeur de Venise remarqua surtout que, le soir du mariage, l'EIectrice Anne avait ouvert le bal avec huit des principaux seigneurs do la cour portant des flambeaux, tandis qu'ordinairement l'Impératrice elle-même, en de telles occasions, n'était conduite que par deux cavaliers 3.
Pour « des fêtes si extravagantes », si peu en rapport avec les préoccupations du moment et la déplorable situation où se trouvait l'Empire, les princes n'épargnaient rien, ils avaient toujours du loisir; mais quand il s'agissait des intérêts de l'Etat ou d'assister à la Diète dans une ville toute voisine, ils déclaraient n'avoir ni temps ni ressources. Auguste de Saxe ne parut pas à Spire; l'Electeur Frédéric n'assista qu'à la première séance et revint bien vite à Heidelberg; ce ne fut que de loin en loin qu'on le vit prendre part aux débats et, quaut aux autres princes, ses brillants convives, ils retournèrent pour la plupart chez eux aussitôt après les fêtes du mariage.
' Vovez en la copie aux archives de Francfort. Heichstagshandlungen de anno 1870. t. I, pp. 126-171.
* (Jurifiuse Nachrichten, pp. 43-44.
» v. Bezouî, t. 1, p. 70, note 1.
DIÈTE lu; SPIRE. DÉCLARATION IMPÉRIALE. 15 7 0. 307
Du côté catholique, on disait qu'une anti-diète avait eu lieu à Heidelberg, et que de graves résolutions avaient été prises au sujet de l'Empereur et du Pape *.
« Tout dans l'Empire semble hors des gonds, « lisons-nous dans la déclaration impériale lue par le secrétaire d'Empire Erstenberger à l'ouverture de la Diète de Spire (13 juillet 1570). Au lieu de l'ancienne prospérité, nous voyous partout la détresse; les plus grands malheurs nous menacent. Les bonnes lois ne ihanqucnt pas, les Diètes, les unes après les autres, ont élabli la paix sur des bases excellentes et rendu de sages arrêts; mais les lois ne sont pas obéies, les décrets ne sont pas exécutés; l'esprit d'insubordination et de révolte domine à un tel degré que ni ordres, ni exhortation, ni remontrance ne sont écoutés. Ou n'a égard ni à l'autorité de l'Empereur, ni à l'intérêt de la patrie, et cet esprit d'indépendance a gagné toutes les classes de la société; les chefs de guerre en sont plus atteints que les autres : chacun suit son sentiment, chacun poursuit son propre intérêt et cherche à léser le plus faible. La chose va si loin qu'il n'est presque personne, même dans les classes moyennes et parmi les simples particuliers, qui n'ait quelque relation ou intrigue avec l'étranger, qui n'accepte son or, et ne recherche son propre intérêt en servant nos ennemis. Ou recrute pour l'étranger reitres et lansquenets, on n'a pas honte de l'attirer sur le sol de l'Empire, dans les territoires de princes paciliques; les pauvres sujets sont pillés et rançonnés par les troupes, et cela avec une telle rapacité, une licence si sauvage que nos lansquenets, eu ces circonstances, semblent n'être plus allemands et n'avoir pas ail'aire à leurs aniis, à leurs concitoyens, mais à des ennemis, à des étrangers. Dans une pareille situation, l'Empire ne peut subsister. Si les enrôlements continuent à être tolérés comme ils le sont aujourd'hui, les souverains étrangers mettront bientôt le pied chez nous. Si nous voulons rétablir la paix et la justice, il faut premièrement réprimer l'esprit d'insubordination, il faut restaurer l'antique loyauté, la chevaleresque vaillance de la Germanie. U faut défendre aux rois et princes étrangers de lever des troupes sur notre sol sans l'assentiment de l'Empereur ; il faut faire de bonnes lois militaires et obliger les gens de guerre à les observer. » Se fondant sur le mémoire de Schwendi, l'Empereur demandait que, pour le maintien
1 Voy. Ki.uckjiohs, Friedrich der Fromme, p. 344.