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LE PAPE ET LA SAINTE LIGUE

i'Ëmporcur, « nos ennemis, surtout les Tartares, s'acharnent sur les hommes et les femmes avec une férocité toute barbare, lis font preuve d'une telle bestialité, d'une cruauté si atroce que, pour no pas se souiller la conscience, il vaut mieux no pas en parler, ne pas en écrire. Quelques-uns ne rougissent pas de dévorer les jeunes gens les plus gras ou de tout jeunes enfants, et la poitrine des jeunes filles leur fournit un régal délicieux. »

« L'ambition la plus haute de tout noble cœur,» dit encore F Appel aux chrétiens, « devrait être la protection de la Chrétienté par l'union de toutes les forces, et le châtiment des forfaits qui se commettent. Mais personne dans l'Empire ne semble s'en soucier; personne ne bouge, chacun attend que son voisin se mette en branle; la discorde règne et nous perdra tous *. »

Depuis la victoire remportée sur la flotte chrétienne par le chef des corsaires ottomans Chérédin Barbcrousse, les Turcs étaient maîtres de la Méditerranée. Ils menaçaient l'Italie par la Hongrie et la Grèce ; leurs expéditions contre Malte et Chypre répandaient partout l'épouvante. « Je vous somme de me livrer Chypre, » avait écrit Soliman à la Seigneurie de Venise en 1570; « voyez si vous voulez me la donner de bon cœur ou s'il faut que j'emploie la violence. Gardez-vous de tirer ma terrible épée du fourreau, car la guerre que j'entreprendrai contre vous sera sans pitié. Ne vous confiez pas en vos trésors, car ils s'écouleront comme un torrent rapide. »

Venise était incapable de résister par ses seules forces à la puissance ottomane. Charles IX était l'allié des Turcs ; Philippe II était entièrement absorbé par le révolution des Pays-Bas, et les Vénitiens lui étaient suspects, car, au moment décisif, on les avait vus trop souvent se conduire comme les « Turcs chrétiens » du temps passé.

Ce fut à ce moment que Pie V intervint. Il fut vraiment le libérateur de la Chrétienté.

Depuis son avènement, il avait travaillé sans relâche à liguer les princes chrétiens contre l'ennemi héréditaire. Dès la première année de son pontificat, le 9 mars 15Gt», il avait conjuré lo monde chrétien de considérer l'extrême gravité du péril ; il avait prescrit un jubilé solennel, exhortant tous les fidèles à la pénitence et à l'aumône, afin d'attirer sur l'armée chrétienne la bénédiction d'en haut.« Oublions toutes nos querelles dans le danger commun qui nous menace, »

1 Aufruf zum christlichen Heersuy under die Tarken (1370), pp. 3, 5, 9. Koch Quellen, t. I, pp. HC» - 103 ; voy. aussi les annotations, pp. 103-109. Voy encore Neskti i>e Fükstkxulrg, pp. HO, 40, 13.

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