LE PAPE ET LA SAINTE L1CIF
écrivait-il aux princes protestants d'Allemagne ; « nous courons à votre recherche comme le bon Pasteur après les brebis qu'il veut reconduire au bercail. L'union de toutes nos forces peut seule nous sauver. » Le Pape soutenait les chevaliers de Malte, envoyait de l'argent pour les fortifications des villes libres d'Italie, fournissait des contributions mensuelles aux chrétiens de Hongrie, et travaillait à unir pour la défense commune Maximilien, Philippe II et Charles IX. En 1567, il réclamait des couvents le dixième de leurs revenus, sans compter d'autres contributions. 11 écrivait le 8 décembre 1567 au roi d'Espagne : « Comme les Turcs ont annoncé l'intention d'attaquer Malte au printemps prochain avec une flotte plus considérable que jamais, je compte venir en aide au grand-maître et lui envoyer des soldats et de l'argent. » 11 engageait le roi à agir de même1.
Lorsque Chypre fut attaquée, le Pape, nuit et jour, n'avait qu'une seule pensée :« Unir les forces de Venise, de l'Espagne et du Saint-Siège contre l'ennemi héréditaire. Il désirait ardemment voir participer toutes les puissances chrétiennes à cette sainte croisade. ;> « Lorsque je fus autorisé à parler au Saint-Père des bonnes intentions de l'Espagne touchant la ligue, » écrivait l'ambassadeur vénitien Michel Soriano, « et que je vins letrouveràcet effet, il leva les mains vers le ciel et remercia Dieu à haute voix. Il me dit qu'il allait consacrerà la grande affaire toute son attention, toutson zèle ». Le 1" juillet 1570 avait lieu à Rome la première négociation entre les plénipotentiaires du Pape, de l'Espagne et de Venise. Pie V eut une peine extrême à mettre d'accord les deux grandes puissances maritimes de l'Europe; pendant les négociations, on lui rapporta certaines paroles menaçantes qu'avait laissé échapper l'Empereur2; il put craindre un moment de se trouver pris entre les princes protestants et les Huguenots; aussi cnvoya-t-il en toute hâte Jost Segesser, capitaine des gardes suisses, aux cantons catholiques pour en obtenir la promesse d'un secours de quatre à cinq mille hommes dans le cas où les Etats de l'Eglise seraient attaqués. Le chevalier, en délivrant son message, avait mission d'insister sur « la cruelle et périlleuse situation créée par les nouveaux croyants en Allemagne et en France », et sur les armements formidables des Turcs. Mais des émissaires français, ouvertement ou en secret, détruisirent tout l'effet ïde ses paroles. Charles IX, qui venait de renouveler ses traités de commerce et d'amitié avec le sultan et,
« * Archive? du Vatican, Pii V, Bmviactd., il fol. 19,49» 56«, 9î,u» 175. PiiV Epistolœ, t. XI II, fol. 53.
* Voy. plus haut, p. 317.