NÉGOCIATIONS FRANCO-ALLEMANDES
lation et assistance, résolu à exposer pour elles tout ce qu'il possédait et à agir en toute circonstance dans leur intérêt, et comme il le ferait pour défendre sa propre couronne. Auguste répondit qu'il ne manquerait pas de s'entretenir do cette affaire importante avec les autre princes et que, si l'ambassadeur revenait dans un mois ou deux animé des mêmes intentions, il s'en entretiendrait plus amplement avec lui. Le 2 octobre 1571, Charles IX, donnant audience à un agent diplomatique de l'Electeur palatin, le pria de dire à son maître et à ses amis qu'il était tout disposé à s'unir à eux, et que le temps était venu de fixer avec précisionles conditions do leur alliance. Et comme cet agent, le docteur Junius, prédicant calviniste, disait qu'il serait avantageux de décider Elisabeth d'Angleterre à faire partie de la ligue, le roi entra pleinement dans son sentiment. Chargé de ce message, Junius rentra en Allemagne, accompagné de Philippe Duplessis-Mornay, l'un des hommes les plus actifs et les plus intelligents du parti calviniste, et s'empressa d'aller assurer le prince d'Orange « des bonnes dispositions de la France 1 ». Peu de temps uprès, en ce même mois d'octobre, Schömberg, muni de lettres du roi, de Catherine de Médicis et du duc d'Anjou, arrivait à la cour de Dresde pour y poursuivre les négociations.
Schömberg faisait de beaux rêves. « Le roi de France est seul digne de l'Empire, » répétait-il au duc d'Anjou 2. Pour enflammer l'ardeur de Charles IX, Louis de .Nassau faisait briller à ses yeux la couronne impériale comme le prix de ses etîoris, comme la plus grande gloire que pût ambitionner la maison de Valois. « Il n'était pas seul, » disait-il, « a faire des vœux pour Charles ; tous ceux qui avaient dans la question autorité et compétence partagaient ses espérances3. » Guillaume de Hesse, de sou coté, apprenait à la reine Catherine comment elle devait s'y prendre pour assurer au duc d'Anjou, son fils préféré, la couronne impériale, ce qui ne l'empêchait pas de dénoncer l'Electeur palatin à Auguste de Saxe comme entretenant des rapports suspects avec la France. Il disait vrai : Frédéric mettait tout en œuvre pour faire aboutir l'alliance francoallemande, et témoignait en toute rencontre de ses sympathies françaises 4.
« L'Empire romain, » écrivait Guillaume de Hesse à l'Electeur Frédéric, « repose sur ces pieds do fer et d'argile dont a parlé le
1 Kervyn de Lettenuove, t. II, pp. 334-335.
* Voy. GnoEN van Frinsterkh, t. IV, 16*.
3 Groen.van Piu.NsrtiiEu, t. IV, 8i*. Kehvyn de Lettenhove, t. II, p. 344.
* Dépêches de Schömberg dans Guoen va* Pbunsieuea, t. IV, i*-9*. Voy. t. IV", p. 269. Voy. les négociations relatives à cette alliance dans IvxicKaoa.s, JJriefe, t. II, pp. 427-437, 441 et suiv. Voy. v. Bezold, t. I, pp. So-S7.
33G ISÊUOCIATIO.NS F Pg\ N G O-A I. L E M A N D E S. 1572.
prophète Daniel *. » Les membres d'Empire catholiques, surtout les membres ecclésiastiques, se sentaient entourés d'ennemis, et se méfiaient surtout de Frédéric, qu'ils soupçonnaient de comploter leurruine2. Effectivement le chancelier de l'Electeur, Ehem, ne se gênait point pour dire tout haut que son maître espérait bien ce annexer du moins Tévêché de Worms au Palatinat3 ». « Les prêtres tremblent qu'on ne leur enlève leur pouvoir et leur pitance, » avait dit longtemps auparavant un conseiller de Frédéric. « La Saxe et la Hesse, qui nous conseillent de les laisser en paix, en parlent bieu à leur aise, elles qui ont déjà mangé et digéré de succulents morceaux *. » Frédéric, qui soutenait les Flamands et dont les continuels attentats irritaient Philippe II, craignait de son côté les représailles du duc d'Albe 5. « Le roi d'Espagne a plus d'un bon motif d'en vouloir au Palatinat, » écrivait Albert de Bavière à l'Empereur le 10 juillet 1572 ; « les prédicants calvinistes envoyés par Frédéric dans les Pays-Bas y ont fait le plus grand mal. Les membres d'Empire protestants menacent les membres d'Empire catholiques et Maximilien ferait bien de faire acte d'autorité. En lui est la seule espérance de notre petite troupe catholique 6. »
Mais les princes protestants n'étaient pas d'accord enlr'eux. Jules de Brunswick repoussait toute alliance avec l'étranger. « C'est à l'école de son beau-frère l'Electeur de Brandebourg qu'il a puisé ces manières de voir, » écrivait Schömberg. Jean-Georges de Brandebourg, qui avait succédé à son père le 2 janvier 1371, approuvait qu'on fournit à la France des secours en hommes et en argent, mais il était très opposé à une alliance positiver, disant qu'une ligue était chose dangereuse, qu'elle pouvaitprovoquer une contre-ligue, que son père avait toujours refusé de prendre part à de semblables confédérations et quedans son testament il les avait formellement interdites. Ce fut ce qu'il répondit à l'ambassadeur palatin Ehem, chargé par Frédéric de lui soumettre le plan suivant : «Chacun des trois Electeurs fournira mille chevaux en cas de guerre au roi de France. Pour les soldes et l'équipement des soldats, ils donneront quarante mille florins ; en revanche, le roi leur promettra, en cas de guerre, trois mille chevaux et un régiment d'arquebusiers gascons avec leur solde pour six mois. » Auguste de Saxe, lui non plus, n'était pas d'avis de mettre sur pied des troupes auxiliaires, mais seule-
1 Kluckiîohn, Briefe, t. II, p. 477.
* v. Bezold, t. I, p. 92, note 1 .
* v. Bezold, t. I, p. 44*, n« 293.
4 v. Bezold, t. I, pp. 65-66, note 4.
* Voy. v. Bezold, t. I, p. 84, note 4.
* Klcckiioiln, Briefe, t. II, pp. 468-i69.