POLITIQUE DES PRINCES D'ORANGE
magne, » disait-il, « nous n'avons rien à craindre des princes catholiques aussi longtemps que nous-mêmes n'attenterons pas à la paix de religion ; cette paix oblige aussi l'Empereur et tous les membres d'Empire à prendre fait et cause pour ceux qui seront attaqués contre toute attente par les souverains de l'étranger *. »
Même dans le comté de Nassau, les prédicants luthériens n'étaient pas favorables au prince d'Orange. A Dillenbourg, le surintendant Bernhardi fut jeté en prison pour avoir soutenu « que la guerre des Pays-Bas était anti-chrétienne; que les soldats qu'on y entraînait devaient être considérés comme de pauvres victimes conduites à l'abattoir, et que toute l'affaire n'était qu'un complot calviniste3. Les Luthériens étaient persuadés que si l'Espagne eût offert à Guillaume des grâces et des présents il eût fait peu de cas de la religion et du « saint Evangile 2 ».
Effectivement, en 1572, les comtes Jean et Louis de Nassau vinrent trouver l'archevêque de Cologne, Salentin, pour le prier d'agir près de Philippe II en faveur de leur frère, dont il était le plus proche voisin. Pourvu que Philippe consentit à lui assurer une pension annuelle équivalente aux biens qu'il avait perdus, Orange s'engagerait à quitter les Pays-Bas pour n'y plus jamais rentrer ; il offrait de rendre au roi toutes les villes conquises et d'y rétablir la religion catholique 3. Cette dernière promesse ne l'engageait à rien de bien difficile, car la masse du peuple flamand était restée fidèle à l'ancienne foi, et dix ans plus tard Orange écrivait aux bourgeois de Gand qu'il n'était que trop certain que dans les Pays-Bas, surtout en Flandre, il n'y avait pas une seule ville dans laquelle les Catholiques ne fussent en majorité, et que ce n'était que par la force qu'on parvenait à les maintenir dans la nouvelle religion 4.
1 Kluckhofin, Briefe, t. II, pp. 468, 534-538. 1 Keller, Nassau, p. 3i)9.
» Warunng vor rebellischen Conspirationen unter dem Schein des Evangelii (1572; C«.
* «... Ëntregaria a S. M. todas lasjvillas rebeladas, con ei establecimiento de la fcc catôlica en cllas. » L'archevêque communiqua cette ouverture au duc d'Albe, qui ne voulut pas y donner suite. Orange fit venir l'un des plus célèbres professeurs de l'Université de Louvain et lui' avoua, s'il faut en croire le récit du professeur à Morillon, « qu'il était malheureux, et que ses gens lui commandaient plutôt que lui à eux ; que, à la longue, il ne sepolrait soubstenirjet il lui confessa que cela savaitil bien, et que, s'il pouvait obtenir la grâce de son roy et du Pape, il se mettrait a deux genoulx pour recevoir leur commandement. » Morillon, qui rapporte ceci le 16 décembre 1562 au cardinal Granville, ajoute : c A ce que je vois, il se ferait catholique pour ravoir son bien, pourvu que Philippe consentît à le satisfaire. » Kervts de Lettenhove, t. III, pp. 195-196. Philippe ne voulut rien entendre, et les « fureurs » du duc d'Albe continuèrent. ■ 111a militum intokrabilis licentia, » écrivaient les évêques le 13 mai 1573 au roi, « ac injustilia et concussiones aliaeque injuriœ vehementer ctiam animos populi catholici alienatos paenc ad despcralioncm