E PAI.ATINAT, LA FRANCE ET LES PAYS-BAS
Au mois de septembre 1572, Louis de Nassau offrit au duc d'Albe de réunir son armée à celle de son frère et d'envahir la France, «pour le plus grand avantage et intérêt de la couronne d'Espagne». Albe repoussa la proposition : « Je tiens Louis de Nassau pour un fort malhonnête homme, » dit-il ; « je vois qu'il ne se contente pasde trahir d'un côté, il veut trahir de l'autre *. » « Guillaume d'Orange et son frère, » disait le conseiller d'Etat français Jean de Morvilliers en avril 1573, « aimeraient mieux voir crouler le monde que de se tenir tranquilles en se contentant d'une fortune médiocre 2. » Théodore do Bèze, au contraire, n'appelait Louis de Nassau que « le champion du Seigneur ».
La cour palatine fut la première à se rapprocher de la France. Le comte Jean Casimir dit à un plénipotentiaire français en avril 1573 qu'il était tout dévoué à la maison de Valois et qu'il regrettait fort d'avoir pris part à la seconde guerre de religion ; mais il avait été entraîné, disait-il, par de faux donneurs d'avis; Dieu lui était témoin qu'il n'avait pas maintenant la moindre envie de conduirede nouvelles troupesaux Huguenots.il brûlait, au contraire, de se voir bientôt à la tête de six mille cavaliers allemands, dont le roi resterait entièrement le maître 3. Louis de Nassau, repoussé par le duc d'Albe, se retourna, lui aussi, vers la France. A Francfort, pendant la foire de Pâques (1573), il entra en relations avec l'agent français Schömberg. Bien peu de temps auparavant, il avait parlé d'envahir la France pour venger les crimes de la Saint-Barthélemy, maintenant il offrait à Charles IX, par l'ordre duquel les Huguenots avaient été massacrés, deux provinces flamandes : la Hollande et la Zélande. Mais Orange, qui entendait les garder pour lui tout seul, ne voulait reconnaître au roi qu'un droitde patronage; il lui cédait toutes les conquêtes qu'il pourrait faire dans les Pays- Bas avec son secours, pourvu qu'il s'engageât à donner trois cent mille florins; tel fut le prix du marché ; Charles IX l'accepta, bien que ses finances fussent en fort mauvais état. Mais il savait un ro-
multos adduxit. » La faculté de théologie de l'Université de Louvain représenta courageusement au roi ses devoirs. Les évèques avaient déjà blâmé sévèrement les édits rigoureux portes contre les hérétiques, et blâmaient encore davantage les mesures arbitraires et violentes du duc d'Albe. Le successeur d'Albe, Requesens, se plaignait à Madrid de l'attitude des évèques : « La plupart sont de braves gens, mais ils n'ont pas le courage de faire exécuter la moindre chose en matière de religion. Je ne pardonne à aucun des hérétiques; mais à quoi cela sert-il, si les évèques ne les dénoncent pas? En tout ce que je tais, ils croient toujours voir Tin. guisition. » Keiwyn de Lettenhove, t. III, pp. 91-93, 472.
1 Kervyn de Lettenhove, t. III, p. 75.
* Groen van Prinsterer, t. IV, pp. 63*-6i.
» Voy. v. Bezold, t. I, pp. 104-105.