PROPOSITIONS FRANÇAISES RELATIVES A L'ÉLECTION D'UN ROI
Au moment de cette ouverture, la France avait déjà « damé le pion à la maison d'Autriche » en Pologne. Le 9 mai 1573, le frère de Charles IX, Henri d'Anjou, avait été proclamé roi, et le prétendant de la maison de Habsbourg, l'archiduc Ernest, avait dû « se contenter du spectacle ». Le nouveau souverain, « dans l'intérêt du bien public, » désirait vivement, lui aussi, voir un prince protestant ceindre la couronne impériale, et promettait, dit en son nom Schömberg, de travailler de toutes ses forces dans ce sens. 11 ne restait donc plus à écarter que le roi d'Espagne ; mais une fois nommé, le nouvel Empereur, appuyé par la France, la Pologne et les membres d'Empire protestants, serait de force à leur tenir tête. Si cependant h Diète préférait Charles IX à un prince allemand, le roi promettait la suppression des impôts, le maintien de toutes les libertés, la conclusion d'une paix honorable et solide avec les Turcs. Mais il fallait de toute nécessité entretenir une correspondance amicale avec la France et la Pologne, afin de contrebalancer et déjouer les complots perpétuels du roi d'Espagne en Allemagne *.
« Qui ne sait, » écrivait Schömberg en 1573 au comte de Reta, « que rien n'est plus utile aux Protestants dans leur lutte contn les Catholiques allemands, dont ils usurpent les biens, et qu'ils sentent protégés par le roi d'Espagne, la maison d'Autriche et les états italiens, que le contrepoids de la France? 2 » « Les princes protestants, » écrivait le comte de Morvilliers en avril 1573 dans un mémoire adressé à Catherine de Médicis, « mettent touten œuvre pour brouiller la France avec l'Espagne. On dirait que leur repos, leur grandeur, leur sécurité et tout l'espoir de voir leur religion s'étendre, dépendent entièrement d'une guerre entre ces deux puissances. » « Sous François Iar, les pensions françaises montaient à dix mille livres; maintenant elles constituent pour l'état français un véritable tribut régulier, car elles s'élèvent à plus de cent mille livres, et une fois qu'on les a promises, il faut les payer, quelque délabrées que soient les finances royales; on ne parvient pas à rassasier les princes, leur cupidité est étrange 3. Mais aussi, ils sont entièremeut dévoués à la France. » Schömberg donassurés que les princes s'accorderont aussi peu de prendre ung d'entr'eux que les Polonais se sont peu accordes de prendre ung Piastc. » Groen van Prinsterer, t. IV, p. HO*.
1 Dépêche de Louis de Nassau à Simon Bing, gentilhomme hessois, le 28 août 1573. Voy. Groen van Prinsterer, t. IV, pp. 97* 107*. * Groen van Prinsterer, t. IV, p. 113*.
s Ghoen van Prinsterer, t. IV, pp. 59* 61* 69*. Guillaume d'Orange dit un jour au confident de Jean -Casimir, La Huguerye, « qu'il ferait tout au monde pour mectre en mauvais ménage les rois de France et d'Espagne ». La Huguerye, t. I, p. 279.