PROJETS DE SÉCULARISATION
décider l'archevêque de Cologne, Salcntin d'Isenbourg, qui n'était pas prêtre à apostasier, l'Electeur pensait lui donner «, une pension de France et une femme, » peut-être même sa propre fille *. » Pendant l'hiver de 1573, le chancelier Ehem et Jean de Nassau entrèrent en pourparlers avec le prélat. Il fournissait des secoursau duc d'Albe et touchait une pension de l'Espagne, ce qui ne l'empêchait pas, au dire de Ehem, « d'être mauvais espagnol ». Il se souciait fort peu du Pape, il détestait les prêtres, surtout les Jésuites. Il était arrogant, ambitieux, avare envers les pauvres, et désirait extrêmement se marier, mais il tenait à rester catholique. Il dit un jour à quelques gentilshommes qui étaient venus lui faire des propositions de la part des membres d'Empire protestants que, « s'il était sûr d'être bien soutenu sans être obligé de changer sa religion, il se marierait volontiers et conserverait l'évêché » ! Tandis que ces négociations se poursuivaient àCologne^un nonce vint apportera l'Electeur la lettre papale confirmant son élection. « Sa présence a produit ici un singulier effet, » écrit Ehem. « Le comte Jean de Nassau s'assit à la même table que le nonce et les deux jésuites qui l'accompagnaient ; Or l'un voulait mener l'Electeur au bon Dieu, l'autre au diable. » Salentin accueillit froidement l'envové du Saint Père; il le congédia presque immédiatement sans cérémonie, et avec quelquo peu de dédain. Il resta l'allié de l'Espagne tout en acceptai. t la pension française, disant que les couronnes de France lui plaisaient plus que les thalers d'Espagne; qu'il était allemand, que la patrie lui tenait au cœur, et qu'il avait toujours chéri ses libertés2. »
« 0 pauvre patrie allemande, » s'écriait un contemporain, « les princes t'ont toujours sur les lèvres et ils te trahissent sans vergogne ; ils courent te vendre à l'étranger, au détriment et à la honte de toute la nation; il n'y a plus de loyauté parmi nous, nos princes
* v. Bkzou), t. I, pp. 130.131, 412. note 2. Lossen, Kölnischer Krieg, t. !, p. 311. L\ HiTGtîERYE (t. I, pp. 202-201) donne d'abondants détails sur « lus négociations palatines avec les evêques du Rhin, pour les faire prendre femme, et avec les armes, leur assurer leurs évôchcscn patrimoine perpétuel ». « Et déjà avait gaigné l'evesque de Speire, qui avait la femme toute trouvée ; de l'evesque de Mayence ils en avaient bonne espérance; de celuy de Trêves ils n'en faisaient point d'estat, sinon pour en faire unj butin. Mays la peine se trouva aux deux évêques de Cologne et de Liège, près duquel on gaigna un commandeur qui le gouvernail du tout, luy donnant espérance de lui faire espouser la damotselle de Bourbon, qui estait à Heildeberg, et près de celui de Colongne, qui estait lors Salatin, comte d'izemburg, comme celui de Liège, de la maison de Grosbech, son marcschal, awc de grands moyens; offrant ledt s' électeur aud. evesque de Colongne sa fille en mariage et de luy conserver l'evesohé et «Rectorat héréditaire en sa maison. Et estaient, quand je fus deposché, ces négociations en bons termes. •
1 Voy. Groen van Prinsterer, t. IV. pp. 337-311, 342-343. Sur les relations de Salentin avec l'Espagne à la môme date, voy. Gach.vrd, Corresp. de Philippe II, t. II, pp. 393, 444-iiÖ.
PROJET D'UNE LIGUE PROTESTANTE UNIVERSELLE. io7'J. 349
intriguent et complotent à droite et à gauche avec tel et tel potentat en guerre l'un avec l'autre, et cependant ils veulent être considérés comme d'honnêtes gens et comme les protecteurs de ce pauvre peuple qu'ils trompent et trahissent. Quant à la grandeur et à la dignité de l'Empire, ils n'en ont cure 1 ! »
Ces reproches pouvaient s'appliquer à la cour palatine.
Philippell, menacé dans ses terres héréditaires de Bourgogne et forcé de se mettre sur la défensive, demanda aide et protection à l'Empereur, qui lui promit de lui faire parvenir un certain nombre de quintaux de poudre, et écrivit à l'Electeur palatin pour le prier de prendre sous sa protection les serviteurs espagnols et allemands chargés de conduire cet envoi à travers le Palatinat.Le 6 octobre 1573, les propres fils de l'Electeur, Jean-Casimir et Christophe, surprirent le convoi sur la route., menacèrent les conducteurs de Ma potence, refusèrent de lire les lettres impériales dont ils étaient porteurs, et envoyèrent dans les nuages la fumée de quinze chariots de poudre 2. Les plaintes de Maximilien sur ce mépris de son autorité et de son honneur furent <r paroles au vent ».
Bientôt de grands projets de ligue recommencèrent à occuper les esprits. A Spire, vers le milieu d'octobre, des négociations furent entamées pour la formation d'une vaste confédération dans laquelle devaient entrer l'Angleterre, l'Ecosse, les princes allemands, les Pays-Bas et les cantons suisses protestants. La reine d'Angleterre accepta les conditions proposées par l'Electeur palatin au nom des princes protestants, mais elle refusa de s'allier à la Suède et au Danemark 3. Charles IX offrit des secours en argent pour une expédition dans les Pays-Bas, et Jean Casimir les reçut à Metz pour les princes de Nassau *. Ces derniers avaient maintenant « tout ce qu'il fallait pour commencer la danse ». « Vous toucherez la somme promise tout entière, au comptant, et à l'endroit qu'il vous plaira, » écrivait Schömberg à Louis de Nassau le 29 septembre 5. L'Electeur Frédéric espérait encore faire revenir Auguste de Saxe de ses préventions contre l'alliance française. En novembre, Jean-Casimir, au nom de son père, se rendit à Dresde pour lui représenter combien il importait de soutenir le prince d'Orange. Le roi de France avait donné 100.000 couronnes et l'on pouvait espérer que la reine d'Angleterre en ferait autant; elle paraissait disposée à arrêter les galères espagnoles, à envoyer des munitions et des troupes,et même
1 Frantosentrutt, f. 3.
* Voy. Klückhoiö, t. II, pp. 898-607. Voy. v. Bezold, t. I, pp. 127-128.
3 Kervyn de Lettenhove, t. III, pp. 383-294.
« v. Bezold, t. I, pp. iO'J-iiO.
s Groen vajs Pbinsterer, t. IV, p. 207.