RÉSISTANCE DU HAUT-PALATIN AT CONTRE LE CALVINISME
inhabitables. Mais ce qui était plus déplorable encore, les anciennes fondations en faveur des nobles et des roturiers, celles surtout qui autrefois avaient adouci la misère du pauvre, avaient été partout supprimés. « L'Électeur, «disaient les membres de la diète, « ne peut sans notre assentiment faire aucune loi ni constitution, lever aucun impôt, imposer aucune taxe; il peut encore bien moins imposer à ses sujets une contrainte quelconque dans les choses de la religion, où le salut des âmes est intéressé. Si le prince consent à ne faire aucun changement dans notre culte, nous nous engageons de bon cœur à supporter le fardeau de ses dettes, ce qui ne s'est jamais vu jusque-là, et fera l'étonnement des étrangers, lorsqu'ils viendront à l'apprendre. » Mais Frédéric entendait être obéi sans condition. 11 soutint qu'il n'imposait point de « nouveauté superflue », que les réformes qu'il avait prescrites étaient <r nécessaires et justes », que, dans sa façon de corriger les abus, il n'admettait pas qu'on lui fixât des limites ; que la proposition de la diète, relative à ses dettes, lui était agréable, mais qu'il lui était impossible de la prendre au sérieux *. Si elle persistait dans ses exigences il serait obligé d'en conclure qu'elle n'avait jamais eu la réelle intention de lui rendre service 2.
Dans son désir de « frayer la voie à l'Evangile », Frédéric, à la Diète d'Augsbourgde 1559, avait beaucoup insisté pour que les sujets eussent toute liberté de choisir entre les deux religions autorisées par le traité de paix, où, selon lui, les petites gens avaient été oubliés. Il avait défendu leur cause, et répété qu'il était juste de leur garantir la même liberté qu'aux grands personnages, aux princes et aux seigneurs. Mais quand il s'agissait de ses propres sujets, Frédéric ne voulait entendro parler de liberté ni pour les Catholiques ni pour les Luthériens. « Les consciences de mes sujets m'appartiennent, » disait-il, « je prends sur moi toute la responsabilité, j'agis comme je crois devoir le faire3. »
L'Electeur, ayant convoqué la diète le 3 novembre 15Ö6, assembla préalablement son conseil pour délibérer sur la conduite qu'il conviendrait de tenir. Ses conseillers l'engagèrent à ne point se préoccuper de la résistance des Etats, à ne pas tolérer qu'ils lui fassent la loi, à les é.onduire tout simplement, sans prendre la peine de disputer longuement avec eux. « S'ils invoquent la Confession d'Augsbourg,on pourra leur répondre, » dirent-ils, « que l'Electeur
1 Voy. Wittmann, pp. 28-32. Letlre de la comtesse palatine Elisabeth au Laadgrave Guillaume, 22 mai io63 ; voy. Kluckuohn, Briefe, t. 1. p. 400. * Voy. plus haut, pp. 84-88.
» Wittmah», p. 40.