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CHAPITRE IX

ANTAGONISME DES ÉLECTEURS DE SAXE ET DU PALATIN AT. — LE COMTE PALATIN JEAN-CASIMIR « LE NOUVEAU GÉDÉON ». — CONDITIONS POSÉES

par l'électeur palatin pour l'élection d'un nouveau roi.

L'Electeur Auguste ne doutait point que Craco, (v ce scélérat maudit, » n'eût caché des plans révolutionnaires sous des prétextes religieux, à l'exemple des Huguenots et des Flamands, et que lui et le chancelier Ehem ne fussent les véritables inspirateurs « de l'exécrable politique palatine 1 ». En revanche, Frédéric prétendait qu'Auguste avait baissé dans l'estime de beaucoup d'honnêtes gens depuis le jour où il avait renié par ses actes tout ce qu'autrefois il avait approuvé ct>ouvé bon 2. Frédéric avait sollicité la grâce des prisonniers, mais Auguste lui avait répondu avec hauteur que les Confession istes n'auraient jamais rien de commun avec les disciples de Calvin ; qu'il ne devait point se préoccuper de choses qui ne le concernaient en rien, et qu'il lui conseillait de surveiller plutôt de près ses propres amis, qui avaient déjà répandu tant de sang et pourraient bien un jour « lui préparer à lui-même un bain dont il lui serait impossible de sortir ». Frédéric lui ayant écrit que l'Eglise luthérienne avait retenu beaucoup d'erreurs papistes et qu'elle avait encore besoin d'une sérieuse réforme, Auguste lui répondit (c que si lui et ses théologiens le tenaient pour papiste, lui, de son côté, l'engageait à réfléchir sur les heureux fruits que la doctrine calviniste avait portés dans les Pays-Bas et en France ». Frédéric riposta qu'il ne s'était jamais mêlé de politique, ni en France ni dans les Pays-Bas, et qu'il n'avait pas été en son pouvoir d'empêcher ce qui s'était passé. En marge de cette lettre, Auguste écrivit : « Il

« v. Bezolp, t. I, pp. 135-136.

* Kluckhohn, ßrirj'e, t. II, p. 706.

ANTAGONISME DES ÉLECTEURS DE SAXE ET DU PALATlNAT. 385

semble qu'un enfant de trois ans pourrait se rendre compte des complots tramés depuis quelques années à Heidelberg, et nous dire s'ils n'ont pas eu pour objet la révolte des sujets contre leurs gouvernants, comme les plans et les cabales criminelles des amis de Frédéric le prouvent surabondamment4. »

L'inimitié des deux princes ne Ht que grandir lorsque, par l'intervention de Frédéric, Guillaume d'Orange eut épousé la princesse huguenote Charlotte de Montpensier, qui vivait à la cour de Heidelberg. 11 n'avait pas été légalement séparé de sa première épouse, Anne de Saxe, nièce d'Auguste de Saxe, qu'il avait répudiée pour cause d'adultère; Anne était gardée à vue dans sa demeure, et le landgrave Guillaume avait même conseillé de faire murer sa chambre en grand secret, puis do faire courir le bruit qu'elle était morte. Par le second mariage du prince d'Orange, la honte de la princesse devint publique, à la grande humiliation des maisons de Saxe et de Hesse. Le landgrave soutenait que Frédéric avait perdu la raison 2. Auguste était furieux du « honteux mariage ». La géomancie vint à son aide et lui révéla que la nouvelle épouse était une ancienne courtisane, adonnée depuis son enfance au mensonge et au vol; qu'elle s'était échappée du couvent pour venir « dans la sainte maison de Heidelberg, où sa religion très chrétienne, sa chaste conduite et ses bonnes mœurs l'avaient fait recevoir à bras ouverts ; qu'ensuite elle avait épousé le chef de tous les coquins, qui n'était pas digne d'une meilleure compagne, et qu'elle vivait actuellement dans un cercle de femmes de mauvaiso vie et de débauchés 3 ».

Auguste était aussi très irrité contre son gendre Jean-Casimir a qui maltraitait sa femme et conspirait continuellement avec l'étranger ».

La mort de Charles IX et l'avènement d'Henri III avaient retardé l'exécution des traités conclus par Jean-Casimir avec les chefs huguenots (juin 1574) 4. De nouveaux arrangements furent pris. Le 11 avril 1574, le comte palatin promit à l'ambassadeur de la reine Elisabeth d'Angleterre de conduire en France une armée de quinze à seize mille hommes, de se diriger pendant la guerre selon les avis d'un général anglais, et do ne conclure la paix que

1 Heppk, Gesch. des deutschen Protestant ismus, t. II, Doc, p. 111 . Caunich, Kampf, p. 139. Kluckhohn, Brie/e,l. II, pp. 713 714, 890. * Cette idée avait été approuvée par Orange. Groen van Prinsterer, t. V, p 192. ' Groex vax Prînsterer, t. V, p. 300.

« Richter, Punctirbächer, pp. 30-31. Voy. Rauher, Uistor. Taschenbuch, 1836, pp. 159 et suiv. Kluckuohn, Briefe, t. II, p. 8*1, note î,tiFriedrich der Fromme, pp. 411, 416-417, note 21«.

iv , 25

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