‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 229 sur 315 · JEAN-CASIMIR, « LE NOUVEAU UÉDÉON · texte numérisé non relu

JEAN-CASIMIR, « LE NOUVEAU UÉDÉON

tout autour de soi dix ou douze beaux villages en feu. C'était pitié de voir traité de la sorte un pays si fertile et si bien cultivé *. »

On appelait une campagne de ce genre « la sainte croisade pour l'extirpation de l'Antéchrist ». Le docteur Jacques Théodori avait composé « un cantique chrétien » en l'honneur de Jean-Casimir, et le faisait chanter aux soldats pour obtenir de Dieu « la délivrance des chrétiens de France et des Pays-Bas, la confusion du Pape et de toute sa bande impie s ».

La dévastation du sol français fut plus épouvantable encore; la mésintelligence s'était mise entre Condé et Jean-Casimir, et leurs armées, « sans direction, sans discipline, ressemblaient à des hordes barbares »; tout le pays entre Orléans et Paris se changea en désert.

En avril 1576, la paix fut conclue avec laFrance. « Dans toute ma conduite, » écrivait Jean Casimir à sa femme, « je n'ai jamais eu en vue que la gloire de Dieu et le bonheur de mes semblables3. » A son grand désappointement, il n'obtint point les Trois-Evêchés. sur lesquels il avait compté comme sur le salaire qui lui était dù ; mais néanmoins il n'eut pas à se plaindre des compensations qui lui furent offertes. Il reçut le commandement d'une compagnie française et de 4,000 reîtres allemands.une pension de 40.000 francs, le duché d'Etampes, neuf seigneuries de Bourgogne, enfin le duché de Château-Thierry, «le meilleur morceau de tous, » disait-il, « car son revenu annuel est évalué à vingt mille francs. » A peine s'en . vit-il le maître qu'il y persécuta la foi catholique et s'empressa d'y faire prêcher « la parole divine ».Le roi lui devait 1.700. 000 francs pour la solde de ses troupes. Comme l'argent tardait à venir, il permit à ses soldats de se dédommager dans le long chemin du retour, et le paysan français fut encore une fois pillé et opprimé. La tête ceinte de lauriers, Jean-Casimir rentra en triomphe à Heidelberg le 25 août 1576. Son armée traînait derrière elle d'innombrables chariots de butin. Les prédicants et les orateurs célébrèrent à l'envi « le nouvel Alexandre,le vaillant Gédéon, l'ornement et la gloire delà Germanie et de la Gaule ». Aussi brûlaiUil de remporter d'autres victoires dans les Pays-Bas, et d'y être encore une fois acclamé comme « le sauveur de la religion, l'élu de Dieu, le libératcurdes peuples * ».

Seule, la comtesse palatine Elisabeth ne partageait point l'enthousiasmegénéral : « La paix n'a aucune solidité, » écrivait-elle à sa mère, « carie roi de France a dit en secret à plusieurs personnes qui l'ont

1 ScnwEiNTcnEN, t. I, p. 174.

* Kluckhohn, Friedrich der Fromme, pp. 373 et 473, noie 17. s Kluckhohx, Ehe Johann Casimir's, p. 124.

4 v. 13ezoli>, 1. 1, pp. 168 et suiv., 181-182. Kervvn de Lettekhove, t. III, p. C33.

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