‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 230 sur 315 · PROJETS AMBITIEUX DES PRINCES PALATINS · texte numérisé non relu

PROJETS AMBITIEUX DES PRINCES PALATINS

répété qu'elle exposait son royaurae,qu'il n'avait pas l'intention d'en faire cadeau à mon seigneur, que ni lui ni ses frères ne tiendraient ce qu'ils avaient promis, mais qu'aussitôt qu'ils se sentiraient un peu plus forts, ils viendraient lui rendre sa visite. On ne peut pas le blâmer, car en vérité mon seigneur n'avait aucun bon motif de marcher contre lui. Nous nous sommes servis de la religion comme d'un manteau pour couvrir notre honte, mais il n'était pas difficile de comprendre notre véritable but, qui était de remplir nos escarcelles. Nous allons faire la leçon auxsouvcrains étrangers,nous prétendons leur montrer comment ils doivent gouverner, et nous ne savons pas nous tirer d'affaire chez nous. » Elisabeth écrivait encore à son père : « On célèbre partout mon seigneur comme le prince le plus digne d'admiration que jamais ait vu le soleil. On dit que Notre Seigneur Dieu lui a confié une sainte mission. Mais je ne le puis croire, cela ne m'entre pas dans l'esprit; nous sommes tous enclins à faire un cas extraordinaire de nous-mêmes. Mon seigneur se laisse dire et à son seigneur père que l'Empereur et tous les Electeurs vont concevoir une grande frayeur de sa puissance; que tous lui demanderont comment ils doivent se comporter et ne se dirigeront plus que d'après ses avis. Aussi sommes-nous si enflés d'orgueil que cela n'est pas croyable; tout ceci me cause tant de souci et do chagrin que je ne saurais vous l'exprimer »

L'Empereur et les Electeurs ecclésiastiques commençaient à redouter l'esprit entreprenant et belliqueux de Jean-Frédéric; on craignait qu'il n'envahît l'archevêché de Cologne 3, comme il le fit en effet quelques années plus tard.

On put juger de la haute opinion que les princes palatins se faisaient de leur puissance le jour où Maximilien s'ouvrit à Frédéric de l'ardent désir qu'il nourrissait depuis longtemps d'assurer à son fils aîné Rodolphe la succession à l'Empire. Frédéric eût préféré que, du vivant de l'Empereur, cette question ne fût pas abordée. Il avait espéré que pendant la vacance du trône la régence d'Empire serait donnée à un prince palatin, et comptait mettre son activité et son zèle au service de la cause calviniste. Aussi mit-il son vote à une condition : le nouvel élu s'engagerait

• Kluckiioiijj, Ehe Johann Casimirs, pp. 127-128. Jv. Bezoi», t. I, p. 182, nolel.

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