APOSTOLAT DU PÈRE CANISIUS
En 1536, Canisius passa son baccalauréat à Cologne; en 1538, il était licencié; en 1540, il enseignait déjà la philosophie. Ayant entendu vanter le Père Fabcr, qui professait alors la théologie à Mayencc et faisait cette année-là un cours sur les psaumes, il se rendit auprès de lui et fit sous sa direction les Exercices spirituels (1543). Aussitôt après, il entra dans la Compagnie de Jésus. « A partir de ce moment, » dit-il dans le testament spirituel qu'il écrivit un an environ avant sa mort, « mon unique et ma plus importante affaire a été d'imiter Jésus-Christ Notre Seigneur, et de le suivre dans l'état où il m'a précédé, pauvre, chaste, obéissant, gravissant le chemin du Calvaire. »
Son journal nous renseigne sur ses dispositions intérieures : « Au moment où je pronouçai mes vœux, » écrit-il, « je crus entendre une voix qui me disait : « Va, enseigne l'Evangile à toute créature. » Et vous, ô Seigneur, vous m'ouvrîtes en même temps votre Cœur sacré, et vous me permîtes de me désaltérer à cette fontaine d'amour. C'est à cette source bénie, ô mon Rédempteur, que j'ai puisé le salut. Mon plus ardent désir était que des torrents de foi, d'espérance et d'amour se répandissent dans mon àme. Vous me promîtes alors une tunique en trois morceaux pour couvrir la nudité do cette àme misérable. Ces morceaux n'étaient autres que la paix, l'amour et la persévérance. Quand j'eus revêtu ce vêtement de salut, j'eus la pleine assurance que rien ne me manquerait jamais, et que toute ma vie tendrait à votre plus grande gloire. » Canisius se voua sans réserve au service de son pays : « Vous savez, Seigneur, combien de fois, le jour où j'ai prononcé mes vœux, vous m'avez recommandé l'Allemagne, m'eneourageant à vivre et à mourir pour elle à l'exemple du Père Faber. Vous savez que je vous ai promis ce jour-là de travailler à son salut avec lange gardien de mon pays *. »
Canisius, comme le prouvent ses lettres, ne cessa jamais d'être l'avocat des Allemands auprès du Saint-Siège.
« Rome pourrait tout obtenir, » écrivait-il à Lainez en 1559, « il ne faudrait que savoir s'y prendre avec les Allemands, et procéder avec une grande douceurpour ne point éteindre la mèche qui fume encore 2. Il faudrait céder quelque chose relativement aux lois du jeûne, et quant à la mise à l'index des livres suspects, il me semblerait
1 Python, pp. 57-59. Beati Pétri Canisii Exhortât iones domesticae, collectae et dispositae a G. Schlosser (Ruracmundae, I87ti), pp. 456-457. Kiess, pp. 78-80.
**«... modo Germanica hrce ingénia commode tractentur. » Lettre du 22 avril 1559. Voy. plus haut, p. 27, note 4.
APOSTOLAT DU PÈRR CAN1SIUS.
utile de prendre des vues plus tolérantes1. » Il écrivaitencore au duc de Bavière : « Nulle contrée de la torre ne nous tient plus au cœur, ànous autres Jésuites, que la terre d'Allemagne, car aucune ne nous offre un champ plus vaste pour exercer notre patience3. » « Laissons là l'Italie et l'Espagne, » disait-il à l'un de ses compagnons, « donnons-nous sans réserve à l'Allemagne, non pour quelque temps, mais pour toute notre vie. C'est là que nous devons travailler de toutes nos forces et avec le zèle le plus ardent; aussi longtemps que nous ne serons pas rappelés, nous ne devons désirer rien davantage que la bonne culture et l'abondante moisson de ce champ par de zélés ouvriers du Seigneur, particulièrement ceux de notre ordre 3. »
« Gomment pourrions-nous nous laisser décourager dans nos efforts pour la propagation de l'Evangile de notre Maître et Rédempteur, par les affronts que l'on nous fait subir, par les calomnies que l'on répand sur notre compte? N'avons-nous pas promisde supporter volontiers toutes les injures pour la gloire et à l'exemple de Jésus- Christ »? Il avait reçu cette leçon de la bouche même de son saint fondateur : « Lorsque, pour l'amour du Christ, tu as à supporter beaucoup de contradictions, sache que tu es dans la voie le plus sûre et la plus facile pour arriver à la perfection, et que c'est une grâce précieuse,quinous apporte la joie du Saint-Esprit. Efforce toi donc de l'obtenirdela bonté de Dieu. »« Triomphe detoi-même,» avait-il coutume de dire; « si le graiD de froment ne meurt, il reste isolé 4. » «Les Luthériens ne m'épargnentguère dans leurs discours, » écrivaitil à Lainez; « ils veulent me perdre de réputation, et je ne cherche point à me défendre. Tous les sectaires ont en horreur les Jésuites, ils les calomnient d'une horrible façon, et il est probable que des paroles et des outrages ils en viendront bientôt aux coups et aux mauvais traitements. Puissions-nous les aimer d'autant plus tendrement qu'ils nous méprisent davantage ! Même quand ils nous persécutent, ils méritent d'être aimés, carie sang de Jésus-Christ a coulé pour eux. Mais quand même cela ne serait pas, il est certain que la plupart d'entre eux agissent par ignorance 5. » « Jamais les attaques nombreuses, secrètes ou publiques, que la Compagnie de Jésus a subies, ne m'ont détourné de ma vocation, » écrit-il dans son testament spirituel; « au contraire, elles ont enflammé mon zèle, augmenté
** Lettre à Lainez, 39 avril 1554. Lettre à Hosius, 9 février, 7 novembre 136*, voy. Cypriancs, Tabularium, p. 4»7.
* Ptthon, p. 152.
* 3 Lettre au P. Vittoria, Worms, 16 novembre 1557. Voy. plus haut, p. 27, note 2.
* Riess, p. 74.
* Sacchikus, Vita Canisii, p. 157.