‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 248 sur 315 · QU ESTION S NON RÉSOLUES PAR LE CONCILE · texte numérisé non relu

QU ESTION S NON RÉSOLUES PAR LE CONCILE

lit on dans les actes du Concile, « quo quelques évêques, oublieux de ce qu'ils se doivent à eux-mêmes, blessent gravement la dignité dont ils sont revêtus et font preuve d'une servilité très blâmable vis-à-vis des ministres des rois, des fonctionnaires publics et des seigneurs de la noblesse, aussi bien à l'Eglise qu'au dehors, car ils se conduisent comme des subalternes et non seulement cèdent la préséance aux fonctionnaires civils d'une manière absolument inconvenante, mais vont même jusqu'à leur rendre volontiers les plus bas offices. C'est pourquoi le synode renouvelle les ordonnances du passé qui relèvent et expliquent les fonctions épiscopales ; il ordonne aux évêques d'avoir toujours devant leurs yeux la dignité de leur état, se souvenant constamment qu'ils sont les pères et les pasteurs des peuples l. »

Le décret sur le duel, le décret tendant à assurer la liberté du mariage, restèrent à peu près inutiles pour les princes et pour la noblesse militaire. « L'abominable abus du duel, » déclare le Concile, « doit disparaître totalement du monde chrétien. Les duellistes et même leurs témoins, ainsi que les souverains et seigneurs temporels qui autorisent le combat singulier, sont frappés d'excommunication. Les biens des premiers seront confisqués et ils rseront déclarés infâmes. Conformément aux saints canons, on agira à leur égard comme envers les meurtriers, et s'ils succombent dans une lutte fratricide, la sépulture chrétienne leur sera refusée 2. » Une loi édictée en faveur des simples sujets et imposée sous peine d'excommunication portait : « Les seigneurs et les autorités temporelles se laissent très fréquemment entraîner par des passions humaines, de telle sorte qu'ils contraignent par des menaces et des châtiments des personnes des deux sexes, soumises à leur juridiction, surtout lorsqu'elles sont riches ou qu'elles ont en perspective quelque gros héritage, à se marier contre leur gré. Or, comme c'est une impiété manifeste que d'attenter à la liberté du mariage et de se conduire en tyran lorsqu'on a été établi pour rendre justice à tous, le synode ordonne aux seigneurs, de quel jue rang, situation ou dignité qu'ils puissent se prévaloir, et sous peine d'excommunication immédiate, de ne contraindre d'aucune manière soit directe soit indirecte leurs subordonnés ou un individu quelconque à contracter mariage sans y avoir donné librement un plein et entier consentement 3. »

1 Sessio XXV, Decr. de Reform., cap. 17. 1 Sessio XXV, Decr. de Reform., cap. 19. 8 Sessio XXIV, Decr. de Reform , cap. 9.

m DÉCRETS DE REFORME Dû CONCILE DE TRENTE.

Ce qui était au pouvoir du Concile, et ce qui pouvait être considéré comme le véritable but de tous les travaux, c'était d'abord la restauration de la doctrine dont le dépôt lui a été confié par Jésus- Christ, doctrine simple, claire, précise qu'il s'agissait d'opposer dans toute son intégrité primitive à la masse incalculable d'opinions nouvelles et contradictoires qui avaient envahi la Chrétienté: c'était encore cette réforme tant désirée au sein même de l'Eglise, celle du chef et des membres de sa hiérarchie, sans laquelle il était impossible de rien espérer de l'avenir. Or, dans une large mesure, le Concile s'acquitta de cette double lâche.

L'œuvre de réforme ne s'occupa point tout d'abord des princes temporels, des autorités, des laïques en général, mais de 1 episcopat : la réforme de la hiérarchie lui ayant toujours semblé le véritable point de départ de la restauration catholique.

Une grande partie des Pères du Concile voyaient dans la non-résidence des évêques le premier abus à réformer et l'une des principales causes des maux dont gémissait l'Eglise. « Les Eglises se plaignent d'être abandonnées, » dit l'archevêque Barthélemi. « Loin de se comporter envers elles comme des pasteurs et des pères, les évêques agissent comme des malfaiteurs; ils ne les épousent que pour les dépouiller et les abandonner ensuite, au lieu de les nourrir, de les diriger et de les consoler. » Le décret suivant parut dès le début du Concile : « Comme le synode désire vivement la restauration de la discipline ecclésiastique si tristement abandonnée de nos jours, ainsi que l'amélioration des mœurs du clergé et du peuple, il croit devoir commencer par réformer ceux qui ont été placés à la tète des Eglises. Il invite donc les évêques de tous les degrés à rentrer en eux-mêmes et à songer enfin au troupeau dont le Saint-Esprit leur a confié la garde. Or, comme il leur est impossible de s'acquitter de leurs devoirs, si, comme des merce naires. ils mettent les intérêts terrestres au-dessus des éternels, s'ils vont et viennent sans cesse dans des cours différentes ou s'ils se laissent absorber par le tracas des affaires temporelles, le synode remet en vigueur les anciens canons ecclésiastiques contre les non-résidents1. » Plus tard, le Concile revint avec une particulière insistance sur le devoir de la résidence; il le prescrivit même sous peine de péché mortel, menaçant les réfractaires de la eonfis-

« Sessio VF, Decr. de Reform., cap. I. où les peines infligées sont énumerées arec détail.

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