DÉCRETS DE RÉFORME DU CONCILE DE TRENTE
cation de leurs revenus1. Le devoir de la prédication est aussi rappelé aux prélats comme étunt leur obligation la plus sacrée, puisqu'il leur appartient tout particulièrement d'expliquer la doctrine de Jésus-Christ. Â eux aussi d'administrer les ordres sacrés, de surveiller l'enseignement religieux donné à la jeunesse, de s'occuper avec une sollicitude toute particulière des hôpitaux et des établissements de charité, de reconnaître et d'accueillir dans les pauvres la personne môme de Jésus-Christ, d'exercer sur les paroisses et sur les prêtres une surveillance active. Lorsqu'il s'agit de surveiller ou de réformer les mœurs, le Concile leur ordonne de ne jamais tolérer qu'aucune exemption ou appel, pas même l'appel au siège apostolique, ne vienne entraver ou retarder leurs arrêts *. Sous peine d'être déposés, tous, six mois après leur élection, doivent avoir été sacrés. Seul le Pape, auquel ils ont prêté serment, a .e droit de les déposer.
La réforme des évêques entraîne celle des prêtres. « La conduite irréprochable et les exemples édifiants des personnes consacrées à Dieu est une continuelle leçon pour les laïques et mieux que tout autre moyen réussit à leur inspirer la piété et la crainte de Dieu. Aussi les prêtres doivent-ils garder en toute rencontre une conduite grave, exemplaire, pénétrée de religion, éviter jusqu'aux plus légères fautes, parce qu'en eux les moindres taches paraissent toujours fort grandes ; en un mot tout l'ensemble de leur vie doit inspirer le respect3. Le Concile leur recommande tout particu lit'* rement l'enseignement du catéchisme, leur fait un devoir de prêcher tous les dimanches et jours de fête et les invite à entourer d'une sollicitude toute paternelle les pauvres et les malheureux.
Pour la réforme des communautés religieuses, le Concile affirme de nouveau l'illégalité de toute propriété personnelle. L'admission des novices, l'élection des supérieurs sont entourées des plus sages précautions. Les évêques sont exhortés à maintenir avec fermeté la clôture dans les communautés de femmes. En cas de résistance, ils sont invités, sans avoir égard à aucune intervention, à porter contre les récalcitrantes les peines prescrites par les canons. Sans l'autorisation de levêque, aucun couvent ne doit être fondé. Sous peine d'excommunication, le Concile défend aux supérieurs de se servir pour n'importe quel usage de la dot apportée par les novices à leur entrée au couvent, afin que, dans le cas où ils changeraient de résolution, nul empêchement ne soit apporté à leur départ.
* Sessio XXIII, Dec. de Reform., cap. 1.
* Sexsio XXIV, Decr. de Reform., cap. 10. » Sessio XXII, Decr. de Reform., cap. i.
428 DÉCRETS DE RÉFORME Dû CONCILE DE TRENTE.
Un décret d'une extrême rigueur et qui suppose de grands abus est promulgué relativement à la messe. Le Concile impose aux évêques l'obligation « de réprimer et d'interdire très sévèrement tous les abus que « la cupidité, la superstition ou bien une irrévérence voisine de l'impiété » auraient pu introduire dans la célébration du saint sacrifice. Tout trafic, toute taxe arbitrairement prélevée, toute aumône injustement imposée, en un mot toute pression exercée sur les consciences et quelque peu entachée de simonie sont interdits. Les prêtres inconnus et de passage ne sont plus autorisés à célébrer la messe; aucun homme connu pour sa mauvaise conduite n'est plus admis au service des autels et n'a même plus la permission d'assister au service divin. » « De peur que quelque pratique superstitieuse ne vienne à s'introduire dans le culte, aucune prière, rite ou cérémonie, ne sera plus reçu dans l'Eglise avant d'avoir obtenu la sanction d'un évêque1. »
Si le clergé était tombé dans le plus triste abaissement, si tant de plaintes se faisaient entendre sur la corruption de ses mœurs, la faute en était, aussi bien dans l'Empire qu'en Autriche, à la ruine des nombreux établissements d'éducation et d'enseignement qui autrefois, dans les cloîtres, collégiales, et dans un grand nombre de corporations et d'instituts, avaient offert aux jeunes aspirants au sacerdooe les plus précieuses ressources. Dans les Universités restées catholiques, les études théologiques, comme on s'en plaignait partout, n'existaient pour ainsi dire plus; les étudiants en théologie n'étaient pas moins dépravés et indisciplinés que les autres. Aussi pour l'éducation et la formation du clergé futur, la fondation de nombreux collèges ecclésiastiques était-elle indispensable.
Saint Ignace avait été l'un des premiers à signaler l'urgente nécessité des séminaires; les maisons de son ordre, fondées avant même que le Concile n'entrepris ses travaux, avaient déjà formé un grand nombre d i jeunes gens, devenus « de z îlés ministres de Dieu, instruits, d'une conduite irréprochable, qui s'employaient avec succès au salut des âmes et au soulagement de toutes les misères 2 ». Le cardinal Morone et le fondateur des Jésuites avaient obtenu du Pape l'autorisation de fonder un collège allemand à Rome. Jules III. par une bulle datée du 30aoùt 1552, l'avait libéralement doté et l'avait placé sous la protection du roi Ferdinand 3. Dans ce collège, dont Ignace, sur l'ordre du Pape, avait rédigé les statuts, des jeunes gens allemands faisaient leurs humanités sous la conduite des Pères, se li-
1 Sessio XXII, Dec. de obs. et evil. in celebr. missae.
* Voy. plus haut, p. 105, note 2.
* Lümmer, Zur Kirchengeschichte des iG, und i7. lahrhanderts, pp 117-118.