‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 253 sur 315 · LE CATÉCHISME ROMAIN. LES CATÉCHISMES DE CAMS1US · texte numérisé non relu

LE CATÉCHISME ROMAIN. LES CATÉCHISMES DE CAMS1US

A la demande des Pères du Concile et avec le concours des plus éminents de ses membres, la publication d'une méthode d'enseignement religieux à l'usage du clergé avait été commencée, mais non terminée. L'ouvrage ne parut qu'en 1566, après que diverses commissions nommées par le Pape y eurent successivement travaillé, sous le titre de Catéchisme romain *. Ce n'était pas à proprement parler un livre symbolique, c'est-à-dire une confession de foi obligeant les consciences, mais un livre de doctrine de la plus haute portée. Rédigé sur la demande d'un Concile œcuménique, non seulement il avait été approuvé par Pie V, mais il avait été publié en son nom. Cette œuvre, à laquelle l'ordre de saint Dominique eut la plus grande part, n'était pas un abrégé de doctrine à l'usage des fidèles, ni un code de théologie destiné aux étudiants; c'était un simple manuel, dans lequel, pour compléter l'instruction théologique des jeunes prêtres et surtout pour leur faciliter l'enseignement du catéchisme, les principaux articles de la doctrine chrétienne étaient succinctement exposés. Le sujet était vaste; il était traité avec une remarquable concision, dans une forme à la foi saisissante et sobre, et mettait au service du clergé paroissial, avec une très grande simplicité, une science profonde et sûre.

L'ouvrage fit sensation. Les Protestants, habitués depuis longtemps à se faire de la doctrine catholique les idées les plus étranges, en suspectèrent la bonne foi. Ce n'était pas ce Catholicisme-là, écrivait Tilmann Hessus, que les thèses de Luther avaient attaqué. Jamais, depuis cent ans, livre plus astucieux n'était sorti des presses

1 Catechismus , ex decreto Consilii Tridentini, ad parochos. (PU V. Pont. Max) jussu édita*. Romae, 1566. Voy. Strbitwolf-Kleuer, Libri Symbolici eccL catholicœ (Göttingue, 18tf, t. I, p. 105.

LE CATÉCHISME ROMAIN

papistes. Il semblait, à le lire, que le Pape et son consistoire eussent les intentions les plus loyales. Non seulement il abusait les consciences lorsqu'il parlait des messes pour les défunts.des processions, des indulgences et des idoles, mais il feignait d'être d'accord avec la parole de Dieu et le catéchisme. C'était à croire que les papistes étaient devenus tout à coup luthériens. Lorsqu'il exaltait la grâce de Dieu, les mérites intinis de Jésus-Christ, les dons et la toute-puissance de l'Esprit-Saint, quand il recommandait les bonnes œuvres et apprenait à fuir le vice, il traitait ces questions si magistralement qu'il était impossible do rien souhaiter de meilleur, mais tout cela ne partait pas d'une intention droite; c'était un poison subtil, composé dans le dessein d'abuser les âmes; aussi, après comme avant sa publication, Hessus travailla-t-il sans relâche à détruire « l'odieuse et exécrable cabale de Rome 1 ».

Le monde catholique tout entier accueillit le Catéchisme romain avec une joie sincère. Le texte latin fut aussitôt traduit en plusieurs langues. L'illustre Charles Borroméele salua comme la réalisation de l'un de ses plus chers désirs. Un grand nombre de pontifes et de synodes, et dans le courant même du siècle, vingt synodes provinciaux, en firent l'éloge et le recommandèrent aux fidèles *. « En vérité, » écrivait le jurisconsulte Georges Eder en 1567, « ce livre a beaucoup fortifié mos convictions catholiques. J'en ai été très consolé. Je suis persuadé qu'il sera très utile aux âmes, et comme je regarde comme extrêmement important qu'il se répande, je me suis mis aussi tût à le traduire en allemand, et j'aurais depuis longtemps achevé ma tâche s'il ne m'avaitété rapporté par des gens bien informés que Canisius lui-même, mon ancien maîtreet mon bienfaiteur, s'est chargé de cette œuvre. Non seulement je lui cède avec joie ce travail, mais je me félicite avec toute l'Eglise de le lui voir entreprendre 3. »

Au moment où paraissait la traduction du Catéchisme romain, Canisius avait déjà publié de son chef plusieurs ouvrages catéchistiques 4.

1 Voy. Wilkens, pp. 127-128.

* Le dominicain A. Reginald a publié la liste complète de ces synodes. Voy. De Catechismi Romani auctorilate, de Natalis Alexander, suppl. I, p. 377.

3 Dans la dédicace de sa Partitions* catechismi catholici au sénat et à l'Uni» versité de Cologne (Colonise, 1571). Sur la traduction du Catéchisme romain par Canisius et Hoffäus, voy. dr Backer, t. II, p. 173, et Riess, p. 382.

4 Sur les anciens catéchismes catholiques, parmi lesquels se distingue entre tous celui de Jean Dieteoberger, voy. Moufang, I, fil. H. Wedewbr, Johannes Dietenberger (Fribourg, 1888), pp. 188 cl suiv., p. 418.

LK CATÉCHISME ROMAIN

Los Jésuites ont toujours regardé l'instruction de la jeunesse comme l'occupation la plus sainte, la plus féconde, la plus utile, la plus propre à entretenir dans les âmes l'humilité et l'amour du prochain. Aussi ajoutent-ils aux trois vœux de religion ordinaires la promesse particulière de donner aux enfants l'enseignement chrétien *. C'est par le catéchisme que Canisius avait commencé son apostolat. « L'apôtre des Allemands, » disait- on, « est, comme son maître Ignace, le tendre ami des petits enfants. » Jusqu'à la fin de sa vie, à cinquante, à soixante ans, Canisius avait coutume, dans les fréquentes courses qu'il faisait d'Inspruck à Hall, d'entrer chez les pauvres gens des campagnes pour y enseigner la doctrine chrétienne. Les enfants couraient à sa rencontre du plus loin qu'ils l'apercevaient, et quand il reprenait son bâton de voyage, on avait grand'peine à les décider à le laisser partir. Les paysans conservaient le souvenir de ce maître vénéré, et son portrait ornait les murs de leurs demeures 2. « Nous faisons le catéchisme aux enfants et aux vieillards, » écrivait Canisius l'année même qui précéda sa mort 3.

Son premier ouvrage catéchistique intitulé : « Somme de la doctrine chrétienne, » parut en latin sans nom d'auteur en 1551. Une seconde édition augmentée parut avec son nom en 1566. Dans l'intervalle, en 1556 et 1557, il avait publié d'autres catéchismes en allemand *, et en 1558, un abrégé latin de la Somme 5, bientôt suivi d'un troisième petit catéchisme. Outre la traduction allemande de ces ouvrages, il publia encore le Grand Catéchisme allemand, destiné aux adultes, et en particulier aux pères et mères de famille. A ce livre, comme à plusieurs éditions de ses autres catéchismes, était joint un recueil de courtes prières usuelles 6 et aussi un abrégé très succinct de la doctrine chrétienne ' . En 1575, parut le catéchisme bien connu à l'usage de tous les fidèles 7. On lit dans la préface de ce petit ouvrage : « Quel besoin les

• Institutum Societatis Jesu. Constitutione*, pars V, cap. III, n»3. » Voy. Beda Wbbkh, Tyrol und die Reformation, p. 380.

» Reiser, p. 14. Voy. aussi J. Knabenuauer, Canisius und die Schul frage, Stimmen aus Maria Laach, t. XVII, pp. 352-370.

• Le 17 juin 1556 il écrivait de Prague à Ignace : « Il catéchisme» ora si stampa intedesco. » Boero, Canisio, p. 121. Il s'agissait de Frag und Antwurtchristlicher Leer, (1556) cité par Wiedemann, t. II, p. 68. * Et dans une lettre à Lai nez du 11 février 1557 : a Io faccio stampare... un calcchismo per lipulti. •

» ' Historia Gymnasii novi trium coronarum, fol. 70.

• Voy. Kciser, pp. 65 et suiv.

1 Molfang, pp. 014-622.

LE CATÉCHISME ROMAIN

chrétiens n'ont-ils pas d'avoir entre les mains un court exposé de la doctrine et de la morale chrétiennes! Quel homme de bien ne souhaiterait que la jeunesse fût de bonne heure initiée à cette sainte et salutaire doctrine, qui ne lui conseillerait de s'en instruire? Qui peut douter que, plus éclairée sur les vérités du salut, la jeunesse chrétienne ne grandisse dans la crainte de Dieu, et que la Chrétienté tout entière ne devienne, grâce à elle, et meilleure et plus heureuse1? »

Donner à ses concitoyens cette doctrine salutaire et pure, tel était l'unique but, le plus ardent désir de Canisius. « Je n'ai pas entretre pris ce travail, » lisons-nous dans l'introduction de la Somme, « poussé par l'intérêt ou l'ambition, par amour ou par haine d'aucun homme. Je l'ai écrit, et je l'affirme ici, avec l'ardent désir de mettre la vérité religieuse dans sou vrai jour, et pour obéir à l'Empereur. J'ai écrit dans l'intérêt de tous les Catholiques, mais surtout des catholiques allemands. » Le Christianisme tout entier, » dit-il plus loin, « consiste à connaître et à observer tout ce quenous proposent la sagesse et la justice chrétienne. Or la sagesse comprend trois choses : la foi, l'espérance et la charité. » Canisius commence par expliquer le symbole des Apôtres; il parle ensuite de l'espérance et de la confiance en Dieu, de l'oraison dominicale et de la salutation angélique; enfin il en vient à la charité active, et il explique les dix commandements de Dieu et les six commandements de l'Eglise. Comme la vie surnaturelle n'existe et ne peut être entretenue dans les âmes que par le secours des sacrements, il les étudie tour à tour. Où est la vie, là est l'action. L'action fait disparaître ce qui trouble la vie surnaturelle, elle procure et conserve ce qui peut la maintenir et la fortifier. Aussi Canisius, dans la seconde partie de son travail, fait-il consister la justice chrétienne dans la fuite du mal et dans la pratique du bien. 11 parle d'abord du péché, il explique sa nature, ses diflérentes formes, le moyen de le déraciner de l'àme. Puis il invite le chrétien à pratiquer les bonnes œuvres, particulièrement les œuvres de miséricorde. Il traite ensuite des vertus cardinales, des dons et des fruits du Saint-Esprit, des huit béatitudes et des conseils évangéliques, et termine par la doctrine des fins dernières de l'homme.

A travers tout l'ouvrage, du commencement jusqu'à la fin, Jésus- Christ est proposé comme le commencement et l'achèvement, le principe et le terme de notre justification. Dans la première édition, celle de 1556, le frontispice représente le corps inanimé du Ré-

1 Reiser, p. 7i.

442 LE CATECHISME ROMAIN

dempteur étendu sur les genoux de sa Mère ; au-dessous, on lit ces paroles d'isaïe : « C'est en son nom que plusieurs ont été justifiés. » Une seconde image représente le Sauveur environné de petits enfants, avec ce verset : « Venez, mes fils, écoutez-moi, et je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » « Les souffrances de Jésus-Christ », lit-on dans l'explication du quatrième article du symbole, « le sang de Jésus-Christ, sa croix, ses plaies, sa mort, nous apportent, à nous, pauvres pécheurs, une continuelle consolation, la guérison de nos maux, la force et la vie, pourvu que nous lui obéissions comme à notre chef et que nous souffrions avec lui, afin d'être aussi glorifiés avec lui. » (Rom. VIII.) « Le signe delà croix que nous formons sur notre front nous invite à placer notre vraie gloire et l'ancre de notre salut dans la croix de Notre-Seigneur1. » Précédant le chapitre sur la justice chrétienne, se trouve une autre image représentant le Sauveur crucifié, au bas de laquelle on lit : « Le Juste est mort pour l'injuste (1 Pierre, III, X) afin que, délivré de toute crainte, et de la main de nos ennemis, nous puissions le servir, marchant devant lui dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie. » (Luc I, LXX1V) 2. « Afin que nous pratiquions la justice sous ces deux aspects essentiels, c'est-à-dire en évitant le mal et en faisant le bien, la grâce de Dieu nous a été acquise et promise par le Christ Jésus. Elle nous est en tout temps nécessaire, et quand elle nous précède et nous aide, il arrive ce que Jean a prédit : « Celui qui pratique la justice est juste comme lui-même est juste. » « Sans' le Christ, comme le dit saint Jérôme, nul ne peut être sage ni prévoyant, ni donner un bon conseil, ni montrer de la force, ni posséder la science et la piété, ni vivre dans la crainte du Seigneur 3. » « A cette question : De quelle manière nos péchés peuvent-ils être effacés ? le Catéchisme répond : «Avant tout il est indiscutable que Jésus-Christ a expié pour nous, qu'il nous a réconciliés avec son Père, et que cet Agneau sans tache qui efface les péchés du monde a seul pu obtenir le pardon de nos offenses et purifier nos âmes de leurs souillures. Car il est très certain, comme le dit saint Pierre, que Dieu purifie les cœurs par la foi; évidemment, sans la foi, principe et fondement du salut, personne ne peut espérer ni obtenir le pardon et la rémission de ses péchés 4. # L'édition de la Somme de 1556 se termine par ces paroles : « Gloire

1 Der letze Satz von Canisiut, ajouté à l'édition de 1566. 1 Summa 1556, fol. 117.

» Summa 1556, fol. 175«, Summa 1166, fol. lTs\ I78\ • Summa 1566, fol. 151».

LE CATÉCHISME ROMAIN

éternelle à Jésus crucifié, auteur et consommateur de notre sagesse et de notre justice! »

Canisius, dans ses œuvres catéchistiques, a des sollicitudes pour chaque âge, pour chaque condition. Le Petit Catéchisme est destiné aux enfants, et correspond au petit catéchisme de Luther. Au grand catéchisme de Luther, qui ne pouvait et ne devait être appris par cœur et n'était qu'une méthode générale pour servir à renseignement delà religion, « un recueil de courts sermons pour les enfants, » commo l'appelait Luther, Canisius opposait la Somme. Elle aussi devait être pour le maître de religion un modèle, un fil conducteur, et pour les élèves des hautes classes et les laïques en général, un manuel propre à ranimer et fortifier la foi. Mais entre la Somme et le Petit Catéchisme, Canisius établit encore des degrés. Pour les gymnases où la laugue latine est en usage, il écrit \es/nstitutiones. Aux élèves plus avancés il dédie le Grand Catéchisme allemand, tous deux étaient destinés à être appris par cœur1. Si l'on ajoute à ces livres les traductions latines dont nous avons déjà parlé, on verra que Canisius offre à ses concitoyens la doctrine du salut sous six aspects différents et dans six traités divers, tous conçus dans le même esprit et coulés dans le même moule, constituant une seule et même œuvre *. Jusqu'à sa mort, le Père ne cessa de ciseler et de perfectionner ses catéchismes, désireux, comme il le disait, « d'exposer la vérité divine d'une manière conforme aux besoins de son temps 3. >) La dernière année de sa vie, il sépara syllabe par syllabe les phrases de son petit catéchisme, « afin que la chère jeunesse pût apprendre, avec le moins de peine possible, d'abord à le lire, ensuite à l'écrire ».

Nulletrace dans ses écrits de ce fiel, de cette polémique amèrequi depuis Luther 4 était inséparable de l'enseignement protestant, au grand préjudice de l'àrae populaire. Canisius réfute avec le plus grand soin les principes protestants; mais indirectement, se bornant à expliquer et à démontrer la vérité catholique. C'est ainsi qu'il traite en quelques pages du sacrement de l'extrême onction, rejeté par les nouveaux croyants. Il établit la divine institution de ce sacrement par des textes de l'Ecriture et par la constante croyance de la primitive Eglise sans que nulle part un seul mot vise les Luthériens. Jamais Canisius ne se permet à

1 Voy. Reiser, p. 69.

1 Seul le petit catéchisme allemand eut plus tard une autre classification» celle du Catéchisme Romain.

' Reiser, p. 74.

* Voy. plus haut, pp. 4-0.

Page 1