DÉBATS SUR LA DÉCLARATION DE FERDINAND
la Réserve. 11 l'engageait à se joindre a ux bien intentionnés pour faire comprendre à Maximilien qu'aucun secours ne serait voté avant que les Confessionistes n'aient obtenu satisfaction. <r A la vérité, » écrivait-il, « quelques-uns sont d'avis qu'il n'est pas d'une sage politique d'empêcher les papistes de bénéficier de la paix de religion, dans l'intérêt môme des sujets évangéliques -, mais on ne peut cependant prendre la responsabilité devant Dieu et devant la postérité de mettre tant de bons chrétiens dans la gueule du dragon infernal. » Peu de temps après, Guillaume félicitait Jules de la résolution où il le voyait « d'agir en vaillant chrétien, en vrai prince allemand » : « Si tous les membres d'Empire pensaient comme vous, » lui écrivait-il, « nous serions et resterions à l'abri de toutes les intrigues, de tous les artifices de nos adversaires, et ils ne pourraient mettre obstacle à la propagation du saint Évangile ; en même temps nous jouirions de notre traditionnelle liberté allemande, et ne nous laisserions pas traiter en tributaires *. »
Lazare de Schwendi, très en faveur auprès de Maximilien, encourageait aussi les membres d'Empire protestants « à combattre vigoureusement et sans rien craindre pour le triomphe de la bonne cause ». « Vous agissez trop mollement, » répétait-il aux délégués protestants; « Maximilien est dans la bonne voie, mais il ne prend pas assez au sérieux l'angoisseet la ruine des pauvres sujets. Il faut agir, et prendre la question plus à cœur 2. » Schwendi, dans un mémoire adressé à Maximilien, le presse de donner « la liberté de conscience » à tous ses sujets. « Les membres catholiques ne seront pas de cet avis, » écrit-il, « mais ils n'auront aucun motif de se plaindre, car cette grande décision dépend uniquement de l'Empereur, et sa haute mission lui donne le droit de la résoudre. Le Pape, lui non plus, n'aura rien à dire, car il ne lui appartient pas de faire la loi quand il s'agit de l'Allemagne. Si l'Empereur n'accorde pas la liberté de conscience, les évêques n'ont que des calamités à attendre, que de funestes guerres civiles à prévoir. L'Empereur lui-même n'obtiendra rien pour la campagne turque, ou s'il obtient par hasard quelque chose, il ne pourra compter sur rien de certain. Refuser la liberté de conscience, c'est s'exposer à de terribles embarras relativement à la guerre, et c'est courir au devant de la catastrophe qui nous menace de tous les côtés 3. »
1 Voy. SCHXIDT-PHISELDEK, t. II, pp. 77-87.
1 Lehmann, p. 143.
1 'Guiachten gestellt auf dem Reichstage zu Regensburg i5jG, Correspondance de Schwendi, 1568-1383. Archives de Francfort, fol. 45-50.
« i/ AFFRANCHISSEMENT » DES ÉVÊCHÉS
La « liberté de conscience » réclamée par Schwendi se rapportait surtout à une « franchise » dont les Protestants, dans leur supplique à l'Empereur, avaient fait la secoude condition de leurs subsides : l'autorisation pour les seigneurs féodaux, les comtes, les gentilshommes, de prendre possession des évêchés sans être obligés pour cela de changer de religion.
Cette requête, par l'intermédiaire de Jean de Nassau et de Louis de Wittgenstein, avait déjà été présentée à la Diète d'Augsbourg en 1566 par un grand nombre de comtes du Rhin, de Franconie, de Thuringe, du Harz et de la Wetteravie. A cette époque, l'Empereur avait répondu « qu'il réfléchirait aux meilleurs moyens d'accommoder chrétiennement et pacifiquement la question, ainsi que d'autres affaires de religion sur lesquelles l'accord n'avait encore pu se faire *. » Depuis lors, Louis de Wittgenstein avait été nommé grand sénéchal de l'Electeur palatin, et Frédéric, influencé par lui, était devenu le plus ardent champion de « la franchise ». A l'époque de l'élection de Maximilien (1575), Guillaume de Hesse et le comte palatin Richard de Simmern avaient promis leurs votes aux comtes. Sur le conseil de Richard, on avait recherché l'appui des Electeurs laïques. Au fond, les pétitionnaires n'avaient qu'un but : l'extirpation de « l'idolâtrie papiste » dans les évêchés. Mais naturellement ils ne l'avouaient point, de peur de perdre toute chance de se rendre favorable tel ou tel Electeur ou évéque. « Si Ton veut attraper l'oiseau, » disait le comte de Winnobourg, « il ne faut pas lui jeter des pierres 2. » Il valait mieux attirer doucement les Catholiques dans le piège, et leur persuader qu'on ne songeait pas à opprimer leur religion, mais seulement à établir l'égalité, afin qu'une véritable confiance, sans nulle feîntise, puisse s'établir entre les fidèles des deux cultes, prêtres et laïques. En même temps, on avait recours aux menaces. « Si, par le maintien des lois et des contrats précédents, » lit-on dans une adresse aux Electeurs, « on empêche les comtes et seigneurs de la Confession d'Augsbourg d'établir une partie de leurs nombreux enfants daus les évêchés, leur ruine est certaine, à cause du morcellement inévitable des héritages. Les descendants de ces comtes et seigneurs, se voyant dépouillés, garderont toute
1 Losskn, Kölnischer Kriej, pp. 300-301, voy. ce message dans Erstejîbeger, pp. 4i-4ti.
* Losst:>, Kölnischer Kriey, p. 317.