‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 286 sur 315 · MORT DE L'EMPEREUR MAX1M1LIKN · texte numérisé non relu

MORT DE L'EMPEREUR MAX1M1LIKN

Grâce surtout aux efforts d'Albert de Bavière, l'Electeur Auguste de Saxe eut, à Ralisbonne, un rôle conciliant. Il conseilla à ceux de son parti « de laisser les choses dans les termes de la paix de religion j, » et dit au duc Albert qui, après l'ouverture de la Diète était venu lui offrir ses remerciements à Dresde, que « si seulement Sa Majesté tenait bon, on pourrait espérer que rien ne serait changé ». Il déclara plusieurs fois pendant la Diète qu'on était lié par la Réserve ecclésiastique, et il fit savoir par ses ambassadeurs aux membres d'Empire protestants qu'à son avis l'abolir serait violer le traité de paix de 1531 L'Electeur de Brandebourg se montra, lui aussi, conciliant, et les deux Electeurs luthériens se dirent prêts à fournir sans condition les contributions de guerre, si indispensables à ce moment. <r En admettant même, » écrivait Auguste, « que la paix d'Augsbourg ait à souffrir de notre condescendance, pouvons-nous refuser d'aider l'Empereur, pouvons-nous courir le risque de voir les Turcs envahir nos territoires les uns après les autres 2? »

« C'est à l'union des Catholiques, c'est à la ferme attitude que nous avons gardée, malgré les intrigues du Palatinat et de ses alliés calvinistes 3, c'est aussi aux Electeurs luthériens de Saxe et de Brandebourg, qui se sont bien aperçus à quelle confusion et dissolution on les voulait conduire, » lisons-nous dans une relation de la Diète de Ratisbonne envoyée à l'Electeur de Ma y en ce, « que nous devons l'insuccès des complots iniques de nos adversaires 4. »

L'Empereur eut encore la consolation de voir, « au moins sur le papier, » les sommes généreusement votées par les membres d'Empire pour la guerre turque. Quant à la réalisation de ces belles promesses, ceux-ci, « pour la plupart, restèrent lidèles aux vieilles coutumes, à l'antique apathie ». La ville de Francfort, qu'on avait crue décidée à s'exécuter plus vite que les autres et au temps fixé, n'avait encore rien fourni au mois de septembre de l'année suivante3.

Le 12 octobre, au moment où les membres de la Diète se

1 v. Arbtin, Maximilian, pp. 213-215.

1 Klockhohm, Briefe, t. II, pp. 965, 967, Ritter, August von Sachsen, p. 360.

3 Dès le 4 juillet 1576, Morone disait en parlant des Catholiques : « Tutti peni si mostrano unitissimi a non voler consentirc a queste loro essorbitantissimi petitioni. » Theimer, t II, p. 525. L'archiduc Ferdinand II était aussi au nombre des princes qui détournaient l'Empereur d'un acte de faiblesse si préjudiciable aux Catholiques. Hirn, t. Il, pp. 129-130.

4 Voy. la relation citée p. 491, note 1.

i Archives de Francfort, Kaiserschreiben, t. XV, fol. 10, 11.

l'EMPERRUR RODOLPHE II.

réunissaient pour entendre la lecture du recez, la mort de l'Empereur leur fut annoncée.

L'ambassadeur d'Espagne écrivait le même jour à Madrid : « Après que les médecins eurent abandonné tout espoir de guérison, l'impératrice, le 6 octobre, vint au chevet du malade toute remplie de ce courage que donne la religion. Elle se jeta à genoux devant le lit de son mari et le supplia, avec beaucoup de larmes, de faire appeler un prêtre de l'Église catholique dont la sagesse et la piété lui étaient connues. L'Empereur répondit « que le véritable Pasteur était au ciel ». « Il est vrai, » reprit l'impératrice, « mais ce céleste Pasteur, plein de sollicitude pour le salut de nos âmes, a chargé ses serviteurs de tenir ici-bas sa place. » Elle le conjura encore une fois de rentrer en lui-même, de se confesser, et de recevoir le Corps de Notre Seigneur. L'Empereur répondit que cela suffisait, et qu'il y réfléchirait. L'impératrice ne put faire davantage. » Les exhortations du cardinal Morone n'eurent pas plus de succès. La duchesse de Bavière, sœur de Maximilien, fit, le 10 octobre, une nouvelle démarche; elle éclaira sou frère sur la gravité de son état, et l'exhorta à chercher son salut entre les bras de la religion. L'Empereur la congédia avec toutes sortes de bonnes paroles, remettant la chose à plus tard. Enfin il parut si excédé des instances qu'on faisait auprès de lui qu'il défendit à l'impératrice et à la duchesse de le venir voir. » Ce ne fut que dans la nuit qui précéda sa mort qu'il fit appeler son chapelain, l'évêque de Neustadt, et répondit oui lorsque celui-ci lui demanda s'il se repentait de ses péchés, s'il en espérait le pardon, s'il croyait et tenait pour certain ce que l'Eglise a vaitenseigné depuis lesapôtres, et s'il voulait mourir dans la foi catholique *. « Il faut que tu saches en confidence, » écrivait Albert de Bavière le 5 novembre 1576' à l'Electeur Auguste, « que 8a Majesté, ainsi que je l'ai appris de ma femme, s'est comportée dans ses derniers moments comme durant toute sa vie, sans que personne pût savoir au juste s'il était catholique ou confession iste; il ne s'est déclaré nettement ni pour l'une ni pour l'autre opinion, mais il a passé de vie à trépas avec peu de paroles4. »

L'Empire, affaibli et dans un état de complète désorganisation, passait aux mains de Rodolphe, fils aîné de Maximilien, alors âgé

• Relation d'Almazan, 13 octobre lK7fi, voy. Koch, Quellen, t. II, pp. 101-107. « Webeh, Des Kurfürsten August Verhandlungen, pp. 337-33«.

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