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L'EMPEREUR RODOLPHE

de vingt-quatre ans. L'attitude hésitante du dernier Empereur dans la question religieuse et la duplicité qui en était inséparable l'avait rendu également suspect aux Catholiques et aux Protestants. « Il n'est ni très aimé ni très redouté, » écrivait l'ambassadeur vénitien Giovanni Correro en 1570, « il en résulte qu'il est peu obéi *. » Pendant la Diète de Ratisbonne, le chancelier du Brunswick, Mutzeltin, craignait une invasion française en Allemagne. « Nous avons maintenant un jeune roi sans aucun prestige 2, » écrivait-il à la seigneurie en l'informant de la mort de l'Empereur.

Rodolphe n'était nullement à la hauteur de sa tâche. « Le roi nous a déclaré en toute simplicité, » écrivait le nonce Delfino à l'époque de la Diète élective de Ratisbonne, <* qu'il était incapable de porter le lourd fardeau du gouvernement 3. » Il possédait de grands talents, son instruction était assez étendue, il parlait six langues, était très versé dans les sciences mathématiques et physiques, aimait les arts, se plaisait à rassembler des chefs-d'œuvre de tout genre, et attirait à sa cour les savants illustres de son temps. Mais son caractère était faible, indécis, soupçonneux, et sa disposition, naturellement mélancolique, se changea bientôt en une apathie maladive. « L'Empereur, » disait-on dans son entourage, « est attentif comme un astronome aux harmonies des sphères célestes, mais il se tient en dehors des dissonances terrestres, redoute le tracas des affaires et n'a, semble-t-il, aucune confiance dans son propre jugement. » « Rodolphe est un pieux et bon seigneur, » disait de lui le duc de Prusse peu de temps après son avènement, « mais comme il a été très peu habitué au maniement des affaires et qu'il n'a point d'expériences en ces matières, son altitude trahit toujours une certaine anxiété; il subit entièrement l'influence des vieux conseillers de son père 4. » Or beaucoup d'entr'eux étaient attachés aux nouvelles dotrines. En revanche, Hubert Languet écrivait de Ratisbonne à l'Électeur Auguste : « Le nouvel Empereur semble ne vouloir s'entourer que de papistes; on commence à craindre que do grands changements dans la religion ne soient tout proches, non seulement en Autriche, en Hongrie et en Bohême, mais dans tout l'Empire 5. »

Ce fut au sujet de quelques mesures prises en Autriche pour mettre un terme aux empiétements protestants, que Rodolphe fut accusé pour la première fois de « tyrannie papiste ».

1 Aluéhi, sér. 1, vol. V, p. 170.

* Voy. ScHMIUr-PHlSELDtK, t. II, pp. 101, 123.

» Tiieiner, t. II, p. 463.

* v. Arktis, Maximilian, pp. 221. » Epist. secret* lj>, p. 242.

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