PIIÉDICANTS DÉMAGOGUES EN AUTRICHE
de malentendus plus graves et plus inextricables que jamais, et ne servit qu'à prouver une fois de plus la vérité de ce que Maximilien avait dit auparavant à Chyträus : « Je vois tous les jours de nouvelles scissions se produire. Les colloques engendrent de telles querelles qu'ils nous font désespérer de jamais voir nos maux finir *. » « En Autriche, » écrivait Polycarpe Leiser, pasteur de Göllendorf, qui lavait appris par une longue expérience, « tout prédicant tonne en chaire contre son voisin, iûjurie son seigneur avec la dernière violence, raille, insulte ses auditeurs aussitôt qu'ils se montrent peu disposés à adopter ses idées 2. »
Une seule chose unissait encore les docteurs protestants : leur haine commune pour l'Eglise romaine; il n'y avait entre eux qu'un seul trait de ressemblance : la violence de leurs discours contre tout ce qui était cher aux Catholiques. Les concessions que Maximilien avait faites aux Protestants dépassaient, de leur propre aveu, « tout ce que jamais les Catholiques avaient obtenu ». Mais loin de s'en montrer satisfaits, ils criaient à l'oppression, à la tyrannie, trouvant inadmissible que « l'idolâtrie papiste » fût encore presque partout tolérée en Autriche. Bien qu'à plusieurs reprises l'Empereur eût déclaré qu'ils n'autoriserait jamais le culte protestant dans les villes et bourgs placés sous l'autorité des princes régnants, il avait néanmoins permis que, dans un château de Vienne appartenant à un membre des Etats, une chapelle protestante fût ouverte. A dater de ce moment, ce les conventicules s'étaient multipliés ». Le conseiller d'État Eder écrivait : « A l'auberge de Y Ange d'or, où demeure le comte Nicolas Salm, on prend tous les jours des résolutions plus hardies. On y dira bientôt la messe à la nouvelle mode. Les bourgeois prennent part à ces réunions 3. » « Le prédicant flacinien Lau-
* Voy. Wiedemann, t. I, pp. 383-387. Les nobles de Styrie avaient, en 1573, envoyé à Rostock et à Berlin leur compatriote Bernard Lerch, le chargeant de réclamer l'assistance de David Chyträus, professeur à Rostock, et de Georges Celéstinus, prévôt de Cologne sur la Sprée. pour la réorganisation de l'Eglise Evangêlique de Styrie. Le l*r décembre, les deux délégués quittaient Berlin, mais pendant la route Lcrch se débarrassa de Célestinus. C'était, écrivait il aux Etats de Styrie, un Hre bizarre, inconstant, cupide, un aventurier orgueilleux et vain, un fou présomptueux et querelleur, un homme deshonnétc et impie. Tandis que Chytràus se contentait de deux serviteurs, Célestinus en avait cinq ou six autour de lui ; il voulait aussi avoir toujours à sa disposition deux chevaux sellés, toujours prêts à monter. Lisch, Jahrbäcker, t. XXIV, pp. 87, 119-123. Si Lcrch jugeait sévèrement Célestinus, le médecin de l'Electeur de Brandebourg, Léonard Thurn, n'avait pas une meilleure opinion de Lerch, qu'il appelle « un misérable et un coquin ». Il prétendait qu'à Berlin il l'avait comblé de bontés, et que, pour Pen récompenser, Lerch lui avait dérobé 300 florins. Thurnevssen, Ein durch Noth gedrungenes Ausschreiben, etc. (1584). t. II, IV.
1 Raui'Ach, Erläutertes evangelisches Oesterreich, t. I, doc. pp. 149-150.
» Wiedrmann , t. II, p. 138, pp. 206-207.