ESPÉRANCES DES LUTHÉRIENS
les plus grossières, les plus abominables injures; mais vis-à-vis des Luthériens, comme Pilate et flérode, elles feignent toujours d'être d'accord et nous traitent d'homicides d'àmes. » « Dans la Basse Autriche, leur nombre s'est tellement accru que les seigneurs les plus instruits, les plus éclairés ne savent pas mieux où ils en sont que les pauvres gens. Nous jouissions auparavant de la tolérance de l'Empereur, mais il est fort à craindre que, parla faute de nos discordes, l'exercice de la Confession d'Augsbourg ne soit bientôt interdit dans tout notre pays *. »
Tandis qu'en Autriche les Luthériens faisaient tous leurs efforts pour mettre du moins un peu d'ordre dans leur Église troublée et pour fixer la doctrine et le culte, les princes et les théologiens protestants reprenaient dans tout l'Empire avec un nouveau zèle l'œuvre si souvent tentée de la conciliation religieuse. On était décidé à créer un corps enseignant évangélique capable de contrebalancer « l'exécrable conciliabulum de Trente , d'abord , » disait Selnekker, a pour opposer une digue à la corruption des mœurs tous les jours plus effroyable parmi le peuple évangélique, ensuite pour combattre avec ensemble, fraternellement, pacifiquement, le Pape idolâtre et ses satellites damnés, les Jésuites 2 ». A l'Électeur Frédéric, l'ardent apôtre, le vaillant champion du Calvinisme, avait succédé, en 1570, un Électeur entièrement dévoué à la doctrine luthérienne, événement très important pour les Confessionistes. « En perdant Frédéric, » écrivait Auguste de Saxe, « les Calvinistes ont perdu leur meilleur atout 3. »
1 Raupach, Zwiefache Zugabe, pp. 29-31.
* Beiträge zur evangelischen Concordie, pp. 42-43.
s Kluckhohn, Briefe, t. II, p. 1014, note.
CHÀPITKE X
ABOLITION DU CALVINISME ET RESTAURATION DU LUTHÉRANISME DANS L'ÉLECTORAT PALATIN. — ÉTAT MORAL ET RELIGIEUX AU SUD DE L'EMPIRE, D'APRÈS DES TÉMOIGNAGES PROTESTANTS.
L'Electeur Louis, autrefois gouverneur du Haut Palatinat, avait succédé à Frédéric III en 1576. Dèi le début de son règne, il avait annoncé l'intention de rétablir le Luthéranisme dans ses états4. 11 ne se préoccupait aucunemcntdu testament de son père, qui lui avaitfait un devoir de maintenir le symbole et la constitution ecclésiastique en vigueur sous son règne. « Maintenant les loups vont descendre des hauteurs du Haut-Palatinat, maintenant les brebis seront dévorées, » disait à ses auditeurs le théologien Olevian *. Le jour où le nouveau souverain fit son entrée à Arnberg, quelques calvinistes s'étant mêlés à la foule, on les pria de se retirer, « pour ne pas souiller les regards du pieux Electeur 3 ». Tous les ministres qui refusèrent de rétracter l'ancienne doctrine à l'église, en présence de toute la congrégation, furent exilés sans miséricorde, ainsi que leurs femmes et leurs enfants. Les laïques eux-mêmes, à quelque secte qu'ils appartinssent, reçurent ordre ou de s'expatrier, ou d'embrasser le Luthéranisme4. Le nombre des prédicants et des maîtres d'école expulsés s'éleva à cinq ou six cents 5. « Ceux qu'on va mettre à leur place, »> mandait le théologien Ursinus à son ami Grato le 20 juin 1577, « sont pour le plupart, comme je
1 Pressel, Kurfürst Ludwig, pp. S et suiv. «Wu*DT, t. II, p. 125, note'lO.
s WlTTMAN.N, p. 66.
* WlTTMANN, pp. 67-68.
4 Voy. Wundt, t. II, pp. 126-129. Les ministres de Neustadt mandaient en décembre 1577 au Conseil de Schaff!) ou se que plus de cinq cents pasteurs et inslilu* teurs avaient été destitues, v. Bezold, Briefe J. Casimir s, t. 1, p. 289, n*89-