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LA RELIGION ET LES MOEURS DANS L'ALLEMAGNE DU SUD

Dans le comté d'Hadamar, tous les autels qui existaient encore furent abattus, les images et statues brisées ou brûlées devant la porte de l'église En 4572, les enquêteurs luthériens s'étaient plaints du peu de respect témoigné aux prëdicants, de la dilapidation du bien d'église, du blasphème, devenu général 2 : l'introduction du Calvinisme ne changea rien à cet état de choses : les ministres écrivaient en 1580 : « Plus on détruit l'idolâtrie, plus, pour obéir à Dieu, on abat les autels, les images, et plus le peuple montre d'ingratitude envers le saint Evangile, plus il méprise le ministère de ses pasteurs , le prêche , le catéchisme, de sorte que, même aux jours de grande fête, on ne compterait pas dix personnes dans l'église; les habitants mènent une vie licencieuse, bestiale, turque; la débauche, l'impudicité, le blasphème et tous les vices s'étalent au grand jour. » « Les personnes de la plus basse condition, » écrivait dix ans plus tard Guillaume Zepper, professeur de théologie à Herborn, « les tailleurs, les cordonniers, les soldats, les niais et ceux qui jamais n'ont pu rien apprendre, sont invités à prêcher; des disciples de Schwenkfeld, des sectaires de toute sorte, mémo des athées, ou bien les apôtres des plus exécrables erreurs, apparaissent de temps en temps dans nos églises et semblent des échappés de l'enfer; le pauvre peuple vit et meurt comme la brute. » « Les écoles sont honteusement abandonnées ; comme on s'occupe fort peu d'y faire prospérer les études, elles sont dans le plus triste abandon; les écoles, églises, collèges, hôpitaux, hospices, menacent, ruines, ou plutôt sont déjà ruinés 3. »

Dans l'Allemagne du Sud, les mêmes plaintes se faisaient entendre. Le prédicant Christophe Marstaller écrivait en 1375 : « L'Evangile règne, et cependant les églises s'écroulent; nos ancêtres les avaient bâties depuis le fondement jusqu'au faite ; ils avaient fait d'énormes sacrifices pour leur construction, pour leur ornementation. Aussi Dieu leur donnait-il des années d'abondance, du bon temps, des heures paisibles; ils passaient leur vie dans la paix. Main

détruira. » A Ems, ordre fut donné en 1599 de détruire le grand crucifix de pierre du cimetière; à la même date une autre ordonnance exigea que peodanl le prêche uu sacristain armé d'un bâton surveillât tous les assistants et les empêchât de s'endormir. On mettait au nombre des abus à retrancher les croix placées sur les tombes au cimetière. 11 était aussi défendu de dire en parlant d'un défunt : « Que Dieu ait pitié de sa pauvre âmel » : « Car l'Ecriture ne prescrit nulle part d'assister les morts ses prières et de ses vœux, et il ne convient pas de mêler quelque chose de personnel à sa prière! » Voy. Beiträge zur Nassauischen Reformationsgesch . dans le « Katholik • de Mayence, 1886, t. I, pp. 541-Ö47.

« Wagner, t. I, pp. 255-258.

»Waoner, t. I, pp. 238-241.

3 Zepperi Politia eccl. Voy. dans Grosch, Verteidigung wider Arnold, p. 497,

TENTATIVE DUNlON DE JACQUES ANDREA. * 517

tenant, les églises ont été tellement dépouillées par les autorités que leurs toitures mêmes s'effondrent. La neige et la pluie y pénètrent, et mainte égliseres semble plus à une écurie qu'à un temple. Il ne serait plus possible aujourd'hui de faire servir les calices et les pièces d'orfèverie des sacristies aux besoins du nouveau culte; tout a disparu, les autorités ont entièrement dépouillé nos temples. De beaux et splendides ornements d'église, brodés de perles et de corail, en velours, en soie, dons magnifiques de nos pères, ont été enlevés par les seigneurs, qui en ont fait des corps de jupes et des chaperons pour leurs femmes. Aussi nos temples sont-ils maintenant si misérables qu'on n'a même plus le moyen de fournir au pasteur une aube pour monter en chaire et débiter son sermon. » « Quant à ce qui regarde les ministres eux-mêmes, ils sont très peu aidés par les autorités évangéliques. Lorsque le seigneur veut aller à la chasse, il oblige le ministre à se mêler à ses piqueurs, à ses valets; il veut qu'il crie comme un arracheur de dents, et le pauvre pasteur des âmes est obligé de suivre la meute et d'obéir. Avec cela, il vit dans des transes continuelles : « Curé, si tu me perds mou chien, je ne t'oublierai pas! » « Lo commun peuple, qui comprend autant l'Evangile que la vache connaît le dimanche, gémit et répète : Depuis que la doctrine luthérienne a été prêchée parmi nous, il n'y a plus de bonheur ni de salut pour nous ; depuis ce temps, aucune étoile ne nous a lui; nous avons été visités par la guerre, la peste, renchérissement des denrées, les mauvaises récoltes ; un malheur a toujours succédé à un malheur 4. »

Jacques Andrea, prévôt et chancelier à Tubingue depuis 1563, étudiait depuis longtemps avec beaucoup d'attention la situation morale et religieuse du peuple protestant. Bien que violent adversaire du papisme et de l'Eglise Catholique, il avouait que, depuis l'avènement de la nouvelle doctrine, les antiques vertus nationales avaient disparu et qu'on voyait se produire beaucoup de vices inconnus jusqu'alors, a Parmi nos luthériens, » disait-il en 1568, « on ne voit point trace d'amélioration depuis Luther; les mœurs sont licencieuses, épicuriennes et brutales; nous sommes témoins de mille excè3 honteux dans le boire et le manger; la débauche, l'avarice, l'orgueil, le blasphème, sont]à l'ordre du jour, et les nôtres, tout comme les papistes, enleudent demeurer impunément dans leur idolâtrie; la discipline grave et chrétienne que Dieu recommande si expressément dans son saint Evangile passe pour un

' Pfarr-und PJ rändebeschneiderteafel (Ursel, 1575) J.J. >-*.

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