‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 304 sur 315 · ADVERSAIRES DU LIVRE DE BERG · texte numérisé non relu

ADVERSAIRES DU LIVRE DE BERG

« Nous pouvons conclure de ce discours, » écrivait Joachim-Ernest le 16 novembre 1579 à Guillaume de Hesse,« que les théologiens se croient infaillibles et refusent de se laisser corriger sur aucun point, tandis qu'on n'attache qu'une importance secondaire à notre opinion *. »

Le landgrave Guillaume repoussa la préface avec indignation et violence. En octobre 1577, une ambassade solennelle envoyée par les Electeurs de Saxe, du Brandebourg et du Palatinat, s'étant présentée à Cassel pour obtenir sa signature, les députés lui avouèrent qu'assurément le retranchement de tous les articles qui n'avaient pas encore été conciliés à la satisfaction générale et la déclaration franche et nette que la Sainte Ecriture était l'unique règle de la foi, eussent été très désirables. Guillaume ayant alors demandé pourquoi on n'avait pas rédigé différemment le formulaire, le chancelier de l'Electeur de Saxe, Haubold d'Eiusiedel, et le chancelier du Brandebourg Diestelmeyer, lui firent entendre que le livre avait déjà été approuvé par un grand nombre de membres d'Empire et d'Eglises, et qu'il n'était plus possible d'y apporter de changements. Le landgrave ayant encore demandé s'il ne serait pas très nécessaire, sans regarder à la peine et à la dépense, de soumettre le livre à un nouvel examen, les ambassadeurs répondirent qu'ils avaient la conviction qu'en ce cas la plupart des membres d'Empire refuseraient probablement leur signature. Le landgrave, allant plus loin, dit : « Le formulaire de Berg détourne les âmes de la vraie foi; je suis trop vieux pour rapprendre un nouveau catéchisme ; je ne me laisserai pas faire la loi par deux ou trois ministres pédants ; qu'on me montre les textes de l'Ecriture qui établissent que le corps de Jésus-Christ n'est pas au ciel, que Marie n'a pas enfanté comme une autre femme, que l'humanité du Christ est partout ; tout cela, ce sont de nouveaux dogmes, bien qu'on les barbouille avec les excréments de Luther. »

« Avant et pendant les repas, » écrivaient les députés, « Guillaume plaisante sur les princes dupés par les prédicants et sur Luther, qui d'une page à l'autre de ses ouvrages soutient des choses absolument contradictoires. » « La pauvre vieille oie, » dit-il, « n'a pas su du tout ce qu'elle écrivait 3 ! »

« Je suis convaincu, » disait Guillaume le 19 octobre à l'Electeur palatin, « que si le livre paraît avec le GuUlomatibus tel qu'il est actuellement, non seulement la paix de religion, mais la paix pu-

1 Heppe, t. IV, p. 150.

1 Relation des ambassadeurs, 30 octobre 1579. Voy. Hutter, pp. 315-216. Voy. Heppe, Gesch. des Protestantismus , t. IV, p. 141

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