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LES INNOVATIONS RELIGIEUSES DANS LE PALATINAT DEPUIS

D'*s 1545, la nouvelle doctrine avait été introduite, dans le Palatinat. par l'Électeur Frédéric II. Son fils, Otto Henri, aussitôt qu'il eut pris en mains le pouvoir, se hâta de déclarer à ses sujets, par un édit daté du mois de mars 1556, que le Luthéranisme serait désormais la religion seule autorisée dans ses états, et que l'idolâtrie papiste allait y être abolie. Le nouveau règlement ecclésiastique qu'il publia était conforme à la Confession d'Augsbourg, bien que quelques vestiges de l'esprit zwinglicn s'y fissent jour çà et là. Ainsi, dans les ce^monieß du baptême, l'exorcisme était retranché; Jes images ou tableaux devaient être enlevés des églises comme « d'abominables restes d'un culte idolâtre jo, le crucifix seul excepté. Après qu'à Heidelberg l'église du Saint-Esprit eût été « purifiée et débarrassée de toutes les idoles », l'Électeur étendit cette mesure aux deux Palatinats. Ses commissaires reçurent ordre « de procéder pendant la nuit », de briser les statues, d'enduire les fresques d'une couleur noire et de briser les verrières. « Le dépouillement des églises, » écrivaient les commissaires, «nous a attiré les injures et les reproches des populations. Nous avons eu à subir des avanies de tout genre. >•

Agissant d'après le principe protestant : « tous les vœux sont impies, tous les monastères d'hommes ou de femmes sont abominables devant le Seigneur, » l'Electeur décréta ensuite la suppression des couvents encore existants et la confiscation des biens monastiques. On ne recula devant aucune mesure de violence. A Waldsassen, bien que le monasti're relevât directement de la couronne de Bohême, le culte catholique fut aboli, les ornements d'église enlevés, des prédicants luthériens mis à la place de l'aumônier: pour engager les moines à embrasser la nouvelle doctrine, on enferma des femmes de mauvaise vie dans leurs cellules. L'Abbé et plusieurs de ses religieux, ayant déclaré leur intention de rester inviolablement fidèles à leur religion et à leurs vœux, furent conduits à la prison

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d'Amberg l. Contre des religieuses souvent avancées en âge on usa do procédés odieux. Lorsque les commissaires impériaux pénétrèrent dans l'abbaye de Gnadenborg et voulurent persuader aux sœurs que leurs vœux n'étaient que des « inventions de Satan, et leur culte une idolâtrie, un blasphème, une invention tout humaine, une doctrine pleine d'artifices impies et de pièges diaboliques », ils rencontrèrent chez « ces femmes opiniâtres » une résistance invincible. L'abbesse, au nom de toute la communauté, représenta on termes émus aux commissaires « qu'en dépit de la nouvelle doctrine on voyait partout, en Allemagne, régner la mauvaise foi, l'envie, la haine, la tyrannie ; que les vices s'étalaient au grand jour ; qu'elles n'avaient apporté que peu de chose au monastère, et qu'on aurait un maigre profit en vendant tout ce qu'elles possédaient ; qu'elles étaient décidées à rester lidèles à leurs vœux, à persévérer tout le reste de leur vie dans la pauvreté volontaire, la pénitence et la prière; qu'elles ne savaient autre chose de la parole do Dieu sinon que leur foi était très véritable et pure, et qu'Userait humain de les laisser en repos». Mais toutes ses supplications furent inutiles. Le prédicantque les commissaires avaient amené avec eux prit dans le tabernacle les espèces consacrées etaussi le saint chrême: «Sur quoi,» rapportent les commissaires, « le père spirituel de la communauté, vieillard débileet souffreteux, fut comme saisi d'horreur et, avec force gestes indignés, se répandit en violents reproches contre nous. Mais, les ordres de l'Electeur étant formels, on n'eut aucun égard à tout ce qu'il put dire. Pour porter un coup décisif à l'idolâtrie, qu'un acte de faiblesse aurait pu fortifier, on passa outre. » Le vieillard, malgré la rigueur de l'hiver et les instances des sœurs, reçut ordre de quitter immédiatement le couvent. « Depuis neuf ans, » disaient les religieuses, « notre aumônier s'est donné beaucoup depeine parmi nous ; il a toujours eu une conduite irréprochable; on l'accuse de nous enseigner une fausse doctrine, c'est un mensonge. 0 chers seigneurs, croyez-nous, pour l'amour de Dieu ! » Lorsqu'elles virent que toutes leurs prières ne servaient à rien et qu'elles ne pourraient ni conserver leur culte, ni demeurer en leur couvent, les sœurs demandèrent qu'on leur rendit du moins ce qu'elles avaient apporté en v entrant; maison n'eut aucun égard à cette si juste requête. Les commissaires les firent conduire au monastère déjà « réformé » de Seligenpforten, et prirent possession de Gnadenberg2.

« Wittmann, Reformation in der Oberpfale, 49-20, ï4, 25. Religionsneuerangen in der chur fürstlichen P/als, pp. 72-73.

1 Rapport deja commission. Hist., diplomat. Magazin, t. II, pp. 395-414. — Voy. Wittmaxn, pp. 21-23.

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Ce que ces pauvres religieuses avaient dit de la dépravation des mœurs fut confirmé peu de temps après par les rapports des enquêteurs luthériens envoyés dans les deux Palatinats.

« La discipline ecclésiastique autrefois en vigueur parmi les ministres de Dieu, » rapportent ceux du Palatinat rhénan, « est tombée en désuétude; la porte est restée ouverte à toutes sortes de scandales. Maintenant, chacun ne fait plus que ce qui lui convient, sans que rien Ten empêche. Les gens d'ici, malgré tous les avertis* sements qu'on peut leur donner, mènent une conduite scandaleuse, fruit d'une doctrine détestable. La, plus grande partie d'entre eux suivent la morale d'Epicure ; les autres, effrayés par les désordres et les scandales qui se produisent de tous côtés, sont troublés dans leur foi, et courent se joindre à la première secte venue dès qu'elle leur semble avoir conservé une ombre de moralité, de discipline extérieure et de piété. Malheureusement, ceux qui restent fermement attachés à la parole divine révélée forment la très petite minorité. » Parmi les vices et défauts communs à toutes les classes, lesenquêteurs signalent: l'abstention du service divin les dimanches et ia mauvaise tenue qu'on garde à l'église. « La majeure partie de la population n'assiste plus à la messe et met la plus grande négligence à aller entendre le prêche ; les sacrements sont méprisés, et la plupart de ceux qui passent pour iustruits et intelligents s'en abstiennent complètement. Le catéchisme est enseigné en très peu de localités. » « Quelques pasteurs ont commencé à donner l'instruction chrétienne, mais ils ont bientôt trouvé la besogne impossible, jeunes et vieux montrant une extrême répugnance pour de telles leçons. De plus, le grand nombre néglige le devoir de l'aumône. Les pauvres gens nécessiteux ne sont plus secourus. La plupart des églises sont délabrées, mal entretenues, et souvent affectées à des usages profanes. Le revenu de beaucoup de pasteurs est si minime qu'ils ne sont pas même en état de s'acheter des livres ni de se vêtir convenablement ; s'ils viennent à mourir, leur femme et leurs enfants abandonnés sont réduits à la mendicité. Beaucoup de presbytères sont déserts. » Dans tout le bailliage de Lützelstein, les enquêteurs ne comptent que quatre ecclésiastiques, ot constate que le peuple est devenu farouche, indiscipliné; qu'il vit au jour le jour comme la brute, et respecte fort peu les ministres de Dieu *.

Les rapports envoyés à l'Électeur sur la situation religieuse du

1 Relation der gehaltenen Kirchenvisitation durch ihrer churfürsll. Gnaden oerordnete Kirchenvisitatores Anno i556, die Xovembris, voy. Schmidt, Antheil, pp. i-39.

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Haut Palatinat sont tout aussi peu satisfaisants : « La plus grande partie des pasteurs s'acquittent des fonctions ecclésiastiques avec une négligence singulière. Très peu enseignent le catéchisme et instruisent la jeunesse. Un très petitnorabred'enfants savent leurs prières et la préparation qu'on doit apporter à la réception des sacrements. » « Et ce qui est encore plus triste, nous en avons vu qui ne savent absolument rien de la doctrine du salut et de la justification, qui ignorent leurs prières et ne se soucient point de les apprendre, disant : Notre Père du ciel est assez puissant pour dire à chacun, individuellement, ce qu'il doit faire pour parvenir au salut; le Père a satisfait pour nos péchés ; le Fils a souffert pour nous. » « Les paroisses sont extrêmement pauvres, les pasteurs très incapables; il semble impossible de renvoyer tous ceux qui ne sont bons à rien, tant le nombre en est grand. Dans beaucoup de localités, non seulement la discipline ecclésiastique n'est pas observée, mais un tel désordre s'est introduit que peu de pasteurs parviennent à s'entendre sur la doctrine; chacuu veut interpréter la loi à sa guise, ne faire et ne pratiquer que ce qui lui semble le plus avantageux. » « Par suite de la négligence des pasteurs, l'absolution privée est totalement hors d'usage. Des gens d'une conduite exécrable, perdus de vices, et qui ne savent même pas leurs prières, sont admis au sacrement. Le prêche est négligé. » « De plus, un grand nombre de pasteurs mènent une vie dissolue; leurs voisins en sont scandalisés, et les papistes les méprisent. La réforme qu'ils promettent, ils vont la méditer au cabaret. » « Les pasteurs reprochent le plus ordinairement à leurs ouailles : le inépris de la parole et du culte de Dieu; aux jours, aux heures où l'on devrait aller à l'église, on s'assemble dans les cabarets, on boit, on danse, on joue, on ne songe qu'à se divertir; le blasphème, la sorcellerie, d'infâmes impudicités sont très fréquents; plusieurs personnes ont été surprises jusqu'à trois fois en adultère; l'ivrognerie et tous les autres vices ont pris la haute main; on se raille maintenant des jugements de Dieu ; il n'est que trop vrai, le paganisme est revenu parmi nous.» «A Heischau et en d'autres localités, la population se passe complètement de sacrements, s'en raille, et ne les croit pas nécessaires au salut. Le vice reste impuni ; toutes sortes d'actes grossiers et de sortilèges abominables se commettent tous les jours.» Ici les enquêteurs ne peuvent s'empêcher de s'écrier : « Malheur à ceux qui viendront après nous! »

« Quant à ce qui concerne le bien d'Église, une partie des prébendes, bénéfices et rentes de beaucoup de pasteurs vont dans la caisse électorale; l'autre est employée à construire des édifices civils,

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