LA RELIGION ET LES MOEURS DANS L'ÉLECTORAT PALATIN
bien qu'on ne sache que trop que l'argent d'église, partout où il a été employé à des usages profanes, a dévoré jusqu'aux fortunes légitimement acquises. Le bien du clergé doit être restitué, pour le bon exemple de la noblesse et des villes; ceux qui l'ont confisqué doivent le rendre à leurs légitimes possesseurs *. » Presque dans les mêmes termes, les enquêteurs du Palatinat rhénan représentent à l'Électeur « que beaucoup de personnes de haute et de petite condition attirent le courroux du Seigneur sur elles et sur les autres en mettant la main sur des biens que Dieu avait donnés à ses serviteurs et à son Église, et qu'en même temps ils laissent les fidèles ministres de Dieu souffrir de la misère et de la faim ». « Par leur faute, non seulement le culte est méprisé, mais il est supprimé, parce que les ministres fontdéfaut. » « L'expérience montre aussi le grand et inappréciable tort qui a été fait à la nation allemande, et combien le bien d'Église qui a été dérobé, que ce soit par de petits seigneurs ou par de puissants potentats, a peu profité à ceux qui s'en sont emparés. En effet, on n'en est pas devenu plus riche, au contraire, on s'est appauvri, et c'est depuis ce temps que les gouvernants prétendent être obligés de pressurer leurs sujets en les chargeant de nouveaux impôts. »
Ici, les enquêteurs no peuvent s'empêcher de faire un retour sur le passé, et de rendre hommage aux aïeux catholiques d'Olto-Henri : « Les ancêtres de Votre Grâce, » écrivent-ils, « les Électeurs palatins du temps jadis, étaient de riches, illustres et puissants seigneurs et régents. Sous leur autorité, le pays prospérait, et cependant ils ne touchaient pas aux biens d'Église; au contraire, ils étaient les bienfaiteurs des paroisses et les dotaient libéralement de leurs propres deniers. » « L'Électeur devait permettre que les revenus des paroisses servissent aux besoins du culte, à l'entretien des églises, prouver au monde entier sa sollicitude pour les intérêts de la religion et montrer que, sous prétexte d'Évangile, il ne recherchait pas son propre intérêt comme le faisaient plusieurs 2. »
A la mort d'Otto (février 1559], la situation religieuse du Palatinat était déplorable. Dès 1557, Mélanchthon écrivait qu'il y avait à Heidelberg autant d'opinions que de têtes ; que des gens de diverses nations, belges, français et autros étrangers 3, y étaient en querelle perpétuelle. Sur la recommandation toute particulière de Mélanchthon (ce dont il se repentit amèrement dans la suite), ïilmann Hessus, exilé de Rostok, avait clé appelé à Heidelberg et nommé premier
! Wittjiann, pp. 24-25.
1 Schmidt, Antfieil, pp. ûl-î>2,
» Corp. Reform., t. IX, p. 127.
46 QUERELLES RELIGIEUSES DANS l'ÉLEGTORAT PALATIN.
professeur de théologie, pasteurde l'église du Saint-Esprit, surintendant général et président du conseil ecclésiastique. C'était un luttiérien rigide, tandis que le théologien Boquin, ancien prieur des Carmes à Bourges, Thomas Erast, de Bàle, profosseur do médecine, et Diller, prédicant de la cour, favorisaient ouvertement les doctrines calvinistes et zwingliennes. Même à la cour, le Zwinglianisme comptait beaucoup de partisans, à la grande douleur du chancelier deMinckwitz et du président de cour Erasme de Venningen, tous deux intimes amis du nouveau surintendant. Hessus ne tarda pas à se brouiller avec beaucoup de ses collègues. Un jour pourtant, tous se trouvèrent d'accord : c'est qu'il s'agissait d'obtenir du conseil de Francfort l'acquittement d'un prédicant qui, en pleine rue, avait assailli un prêtre catholique à coups de poing et l'avait roulé dans la boue ».
Sous le nouvel Électeur Frédéric III, « la guerre religieuse éclata partout comme un vaste incendie ».
Frédéric III, prince de la branche de Simmern, avait été attiré au Luthéranisme par sa femme la princesse Marie, fille du margrave Casimir de Brandebourg-Culmbach. Néanmoins, dès l'époque où il prit en main le gouvernement, il paraissait pencher vers les doctrines zwingliennes et calvinistes. L'Électricc tremblait continuellement de voir son mari céder « à la subtile séduction du poison zwinglicn ». Son gendre, Jean-Frédéric de Saxe, lui ayant exprimé l'espoir « que la religion chrétienne linirait par s'établir solidement dans le Palatinat»et que a la vermine du diable en serait chassée », elle lui répondit le 30 mars 1559 : « Cela serait bien à désirer, car jo crains fort que le démon ne sème ici l'ivraie parmi le bon grain ; jusque dans le conseil, je connais plus d'un zélé zwinglien »
Hessus regardait comme le plus sacré de ses devoirs la défense énergique de « l'infaillible Confession d'Augsbourg et de l'Apologie ». Le jour de son élection, il avait juré de les défendre et de les propager; mais ses partisans eux-mêmes se demandaient « si les mille démons qui montaient avec lui en chaire pourraient jamais servir efficacement la cause de la vérité » ? Son ennemi le plus acharné était Guillaume Kiebitz, non moins ardent conlroversisle que lui, et zélé propagateur de la doctrine calviniste sur la Cène. Aussi Hessus ne rappelait-il, dans ses sermons, que le nouvel Arius, le nouveau Lucifer, le blasphémateur impie, et reprochait-il à l'Université et au conseil leur attachement pour un docteur d'hérésie. Eu chaire, Kiebitz tonna contre Hessus en présence de tout le peuple « avec la plus
1 \Vilke>s, pp. 40-40.
s Kluckiiohn, Briefe, t. I, pp. 40, 52 53.