‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 58 sur 315 · QUERELLES RELIGIEUSES DANS L'ÉLECTORAT PALATIN · texte numérisé non relu

QUERELLES RELIGIEUSES DANS L'ÉLECTORAT PALATIN

grande violence 1 ». A partir de ce jour, professeurs et étudiants, fonctionnaires et bourgeois se formèrent en deux camps, et se livrèrent à d'interminables querelles sur la question de savoir si le pain, dans la Cène, est le véritable Corps du Christ, le même qui a été* attaché à la croix? si les incrédules y ont autant de part quo les fidèles? si l'on peut dire que le Corps est distribué sous, dans ou avec le pain ? Lorsque, pour calmer les esprits, l'Electeur, à la fin d'août 1530, défendit aux prédicants d'insulter publiquement leurs adversaires et voulutexigerque tous s'unissent pour confesser « que le Corps de Jésus-Christ est vraiment donné avec le pain », Hessus prétendit que celte définition ne se trouvait pas dans la première et véritable édition de la Confession, mais dans une édition postérieure et remaniée. « Plus de six fois, » dit-il, « la Confession a été changée; elle n'est plus qu'un vaste manteau, sous lequel le bon Dieu et le diable pourraient habiter ensemble très commodément ». « Avant tout il faut qu'un synode se réunisse pour fixer la manière dont la Confession doit être interprétée; en attendant il faut s'en tenir aux articles de Smalkalde,où Luther a exposé si clairement sa doctrine. »

Hessus prêcha sur les changements apportés à la Confession et interdit au diacre Kiebitz toute fonction ecclésiastique. Comme Kiebitz ne tenait aucun compte de ses ordres, il prononça publiquement contre lui la sentence d'excommunication. Il somma les autorités de le chasser du pays, il exhorta les simples fidèles à rompre toute société avec « l'hérétique damné, vendu au diable ». A son tour Kiebitz accusa Hessus d'avoir volé la caisse de l'Université ; un prédicant le compara en chaire « au sanglier qui ravage la vigne du Seigneur »; un autre lança contre lui Panathèrae. Un jour, pendant le service divin, Hessus ayant enjoint aux assistants d'arracher le calice des mains de Kiebitz au moment où celui-ci distribuerait la Cène aux fidèles, on en vint aux mains dans l'église4. Les efforts de l'Electeur pour réconcilier les partis étant restés inutiles, Hessus et Klébitz furent tous deux destitués (16 septembre 1559). Hessus en appela à un synode ; il n'y avait plus place, disait-il, pour la véritable Église luthérienne au milieu des hérésies blasphématrices dont les semences empoisonnées se répandaient dans le monde entier. Le peuple était avide, insatiable de nouvelles opi-

1 m II arriva plusieurs fois à Tilm.inn Hessus de voir son nom changé par ses adversaires en celui de Tolmann Ceckhus. Voy. Wider die schwerrnerischen Sacramenti rer C *.

- S.M.ni, t. III, pp. 433-460. Kluckiiouk, Friedrich der Fromme, pp. 44-57, W IL. KEKS, pp. 49-58.

48 QUERELLES RELIGIEUSES DANS I.'klKCTORAT PALATIN DEPUIS 1559.

nions ; les cerveaux en délire brûlaient du désir passionné de détruire les principes établis; nulle autorité n'était assez forte pour dominer la folie régnante; la discipline ecclésiastique n'avait plus aucune prise sur les consciences; les princes et les gouvernants ne montraient aucune énergie. Il fallait de toute nécessité qu'un synode de théologiens éclairés, orthodoxes, ennemis des sophismes et versés dans la science de l'antiquité chrétienne, se réunit pour confesser la foi et décider sur la doctrine. On objectait que les esprits étaient trop divisés pour qu'on pût espérer voir renaître la concorde; que les théologiens, pleins d'attaches intéressées, aimeraient toujours mieux être de turbulents démagogues que de doux pasteurs des peuples; qu'ils prendraient le synode pour le théâtre de nouvelles tragédies : mais tout cela était faux, car il y avait encore eu Allemagne un grand nombre de bons et fidèles pasteurs

Les docteurs échangeaient des écrits de controverses âpres et violents. « Grâce à la presse, » écrivait le prédicant palatin Erasme de Yenningen à son ami Morbach, « nous rendons notre propre honte plus évidente que le plus éclatant soleil ; toutes nos disputes ne servent qu'à troubler les pauvres consciences, qu'à accroître le royaume du démon. 11 n'est point de savetier calviniste qui ne veuille aujourd'hui composer son petit traité de théologie, sans parler des juristes et des médecins qui publient aussi le leur avec ou sans signature, ou bien en se servant de noms supposés. La terre devrait s'entr'ouvrir pour engloutir de tels démons, et, quant à ceux qui les écoutent, ils mériteraient d'être sévèrement punis, puisqu'oublieux de leur nom de chrétiens ils donnent dans de pareilles aberrations4. C'est commettre le pire des homicides quede tolérerce qui se passe3. » Une dispute théologique, soutenue en 1560 à Heidelberg entre les théologiens du duc de Saxe et ceux du Palatinat, n'eut, comme tant d'autres tentatives du même genre, « aucun bon résultat 4 ». Un décret électoral, daté du 12 août, destitua tous les prédicants qui refusèrent d'accepter la doctrine de Mélanchthon sur l'Eucharistie. A la même date, Christophe usait d'une telle rigueur envers les Catholiques qu'Hcssus craignait qu'une émeute n'éclatât.

1 Dans la dédicace de son livre sur la présence réelle. Voy. Wilke.ns, p. 60. * Planck, 5b, p. 369, note 49. Sudhofk, p. 77.

3 Voy. Wigand, De Sacramentarismo, pp. 437-470. Gaspard Pcucer écrit le i" août 1560 à Jérôme Baumgartner au sujet de cette dispute: « Non hoc agitur, ut salularia adhibeantur remédia vulneribus Ecclcsia^, sed ut exasperentur illa et distractioncs augeantur. Et in hac animorum cxculccratione et odiorum acerbitate, quac iniri possit ratio concordiac non video, praesertim singulis hoc unum conantibus, ut suis retentis ac defensis adversanles non audiant sed jugulent. » Strosel, Miscetlaneen, t. IV, p. 83. Voy. t. IV, p. 97.

1 « Elector Palaliuus pergit in suo instilulo. L'tinam polius sana doclrina papa-

Page 1