LA RÉSERVE ECCLÉSIASTIQUE
hameaux, des villages entiers sont devenus la proie des flammes. » Ces exécrables Tor faits étaientgénéralement commis par des lansquenets licenciés, errants çà et là dans les campagnes. Les souverains chrétiens s'indignaient de voir l'Allemagne tolérer un pareil état de choses : « C'est là, » répétaient-ils, « une tache ineffaçable sur son honneur. » Des bandes de pillards ruinaient le commerce; aussi les denrées les plus nécessaires à la vie se vendaient-elles à des prix exhorbitants, et voyait-on dépérir les métiers et l'industrie, surtout dans certaines contrées *.
« Les nouvelles douanes établies sur mer et sur terre ont grande part à cette triste décadence, » disent les délégués des villes en un second mémoire. «Beaucoup de marchands, surtout dans les cités, découragés par des charges et des vexations intolérables, renoncent aux affaires, faute de pouvoir payer les taxes. Le jour où l'industrie et le commerce seront tout à fait ruinés dans le saint Empire ou seront en telle décadence que quelques riches négociants auront toute liberté de les monopoliser, ce ne sera pas seulement un grand malheur pour les bonnes villes, mais aussi pour tous les citoyens 2. » Les députés de la noblesse de la Basse- Au triche fournirent à la Diète les plus lamentables renseignements sur les ravages exercés par les Turcs en pays allemand, et racontèrent comment des milliers de chrétiens avaient été cruellement massacrés ou traînés en captivité 3.
Tant do maux n'empêchaient point les princes protestants de déclarer à la Diète, en présence du roi, que ce qu'il y avait de plus pressé à faire pour le moment c'était de supprimer la Réserve ecclésiastique, parce que cette question, plus que toute autre, intéressait la patrie.
Le traité de paix d'Augsbourg avait expressément stipulé que tout archevêque, évêque ou prélat, « sans nul préjudice de ses honneurs, » serait libre de passer à la Confession d'Augsbourg aussitôt que sa conscience lui en ferait un devoir; mais qu'eu ce cas il perdrait les bénéfices et revenus dont il avait joui depuis son élection en sa qualité de prélat catholique, et cesserait d'en bénéficiera dater du jour de son abjuration4. Dans cet article, les Pro testants prétendaient voir une intolérable tyrannie. Il était à craindre, disaient-ils, que
« Frankfurter Reichsla(jsacten,LXlV B, fol. 200-208.
* * Iieichstajsacten, LXIVU, fol. 2Ü4-20G. Le délégué de Francfort. Autoine zum Jungen, envoya au Conseil, le 7 mars 1557, copie de ces deux adresses (fol. 292).
* * Reichtafjsaclen, LXVIA, fol. 47-107. Voy. LXVI u, fol. 78-101, la motion des ambassadeurs de Hongrie et de Bohême.
* Sur la Réserve ecclésiastique et son importaucc, voy. notre troisième volume, pp. 779-781.
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