LA RÉSERVE ECCLÉSIASTIQUE. 1^7. Ü
les prélats, menacés de perdre leurs biens et revenus, hésitassent à obéir à leur conscience; la Réserve était un grand obstacle à la conciliation religieuse : « Beaucoup de dignes et pieux chrétiens, de peur de perdre leurs dignités et biens, craindront do confesser la véritéet d'élever la voix dans les questions intéressant la réforme chrétienne et la concorde générale. De plus, quel affront pour les Luthériens, quelle humiliation pour tous les convertis, s'ils se voient privés do leurs juridiction, dignités et charges pour avoir confessé la parole de Dieu, et si on les traite comme s'ils n'étaient plus dignes d'appartenir à l'état ecclésiastique auquel cependant ils ne peuvent renoncer! Si la Réserve est maintenue, il sera impossible aux Protestants de rien faire d'utile pour les intérêts do l'Empire, de rien conclure de définitif quant à la conciliation religieuse *. » Christophe de Wurtemberg avait enjoint à ses ambassadeurs non seulement de faire tous leurs efforts pour que la Réserve fut supprimée, « puisqu'elle était incompatible avec la saine raison et avec la parole de Dieu, » mais encore d'insister pour que les évêques fussent déliés de leur serment envers le Pape. « Si la liberté chrétieune n'est d'abord conquise, » leur avait-il dit, a la paix religieuse est impossible *. » Les ambassadeurs protestants ainsi dirigés ne cessaient de répéter que les princes n'insistaient tant pour l'indépendance complète des évêques que dans l'intérêt général de la liberté de conscience et pour qu'entre tous les membres d'Empiro une entente cordiale put enfin s'établir.
Mais par ces grands mots de « conciliation, de concorde religieuse, d'entente cordiale », les princes n'entendaient autre chose que la persécution et l'extinction totale du Catholicisme. Dans uue instruction sur la Réserve, Mélanchthon avait déclaré dès 1555 que le seul moyen d'arriver à l'unité, c'était de déterminer un nombre toujours plus grand d'évêques, do princes et de cités catholiques à embrasser la vraie doctrine 3. L'Electeur palatin, écrivant au duc de Wurtemberg, lui avait assuré que, si tous deux persistaient à réclamer avec courage la complète liberté religieuse, « les moissons seraient bieutôt mûres 4 ».
Mais les princes protestants rencontrèrent chez l'Empereur une invincible résistance. Aussi répétaient-ils que Ferdinand «était encore imbu des abominables sophisrnes papistes, qu'il était pris et lout embarrassé dans les filets de la prêtraille ». L'Empereur avait
1 Voy. Erstenbercbr, 18 A, — 22.
1 Sattler, t. IV, pp. 24 et suiv. Klui.er, t. II, pp. 2G et suiv. J Corp. Reform., t. VIII, p. 478.
4 Kuoler, t. II, p. 29, note.