‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 72 sur 315 · MÉFIANCES RÉCIPROQUES DES MEMBRES D'EMPIRE · texte numérisé non relu

MÉFIANCES RÉCIPROQUES DES MEMBRES D'EMPIRE

« L'interminable dispute qui se prolonge en Allemagne, » écrivait dus 1556 lo vénitien Michel Soriano, « a surtout la religion pour objet; chacun des deux partis est convaincu que l'autre a juré sa ruine. » Albert de Bavière se plaignait, en cette même année, des armements considérables de Bade et du Palatinat ; luimême était accusé d'organiser une ligue pour l'extermination des membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg4. On allait jusqu'à soupçonner Ferdinand de n'avoir sollicité des secours contre les Turcs que pour marcher contre les princes luthériens. « Je mo demande, » écrivait à ce sujet Zasius à Christophe de Wurtemberg, « comment une telle pensée a pu germer dans un esprit où subsiste encore une étincelle déraison ! Je suis chaque jour plus persuadé, et j'en ressens une sorte de désespoir, qu'il existe des gens assez pervertis pour chercher à anéantir de propos délibéré tout ce qu'on s'efforce de faire pour assurer la paix et la sécurité publique. Ce qui m'est le plus douloureux, c'est que ces insinuations détestables, quelque grossières et dénuéesde fondement qu'elles soient, trouvent toujours du crédit parmi nous. Que peut-on imaginer de plus odieux ou de moins vraisemblable que le dessein qu'on prête à Ferdinand? Comment jetterait-il lui-môme le trouble dans l'Empire, alors que personne n'aurait à en souffrir plus que lui et ses enfants ?Comment serait-il en mesure de soutenir une teil« entreprise et, en admettant qu'il y fût préparé, comment ne craindrait-il pas les représailles de ses redoutables voisins de Hongrie? Il semble qu'un enfant de sept ans pourrait se rendre compte de ces choses! Ferdinand, dans tout le cours de son régne, a-t-il jamais donné à un membre d'Empire le droit de s'imaginer qu'il nourrissait de pareils desseins? Comment violerait-il la Paix Publique après l'avoir lui- môme établie et consolidée au prix de tant d'efförls ? » « En résumé, » conclut Zasius, « si Dieu ne change la disposition des esprits, je crains bien que tout ne s'effondre autour de nous; il n'y a presque plus de gens de bien : tout le monde semble travailler nuit et jour à la destruction de l'ordre social 2. »

En 1550, grâce aux efforts de Ferdinand, la ligue de Landsberg (union défensive confessionnelle pour le maintien de l'ordre et pour la protection réciproque de ses mombres) s'était formée entre l'Em-

1 Kltglf.r, t. II, p. 3.

* ScuMior, Neuere Gesch., t. III, pp. 30-34.

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