MIC FIANCES RÉCIPROQUES DES MEMBRES D'EMPIRE
pcreur, le duc de Bavière, la cité d'Augsbourg et l'archevêque de Salzbourg. Plus tard, la ligue vit encore son importance s'accroître par l'adhésion des évêques de Bamberg et do Wurzbourg; du côté protestant, Nuremberg vint se joindre à elle; mais tous les efforts de l'Empereur pour y attirer les membres les plus influents de la Confession d'Augsbourg, Christophe de Wurtemberg, les Electeurs Auguste de Saxe et Joachim de Brandebourg, furent inutiles. Christophe et Philippe de Hesse détournèrent de toutes leurs forces Auguste de s'allier à l'Empereur et aux membres d'Empire catholiques, lui répétant que s'unir aux papistes était chose non seulement suspecte et dangereuse, mais criminelle devant Dieu et inacceptable pour la conscience. Le duc citait l'Ecriture pour prouver « qu'il est défendu de venir en aide aux impies et de s'allier avec ceux qui haïssent le Seigneur » ; il soutenait à l'Electeur que faire partie de la ligue serait accréditer les bruits fâcheux qui commençaient à se répandre « sur le commerce criminel qu'il entretenait avec l'Antéchrist 1 ».
« Pendant la Diète d'Augsbourg, Pair retentissait de rumeurs alarmantes sur les prétendus attentats prémédités par les Catholiques contre les Confessionistes. » Lors du couronnement de l'Empereur (1558), les Electeurs des deux religions s'étaient engagés par serment à maintenir la paix religieuse; tousavaientjuréde nepointse garder rancune les uns aux autres sous prétexte de religion, mais au contraire de se traiter avec toutes sortes d'égards, et de se venir mutuellement en aide, si l'un deux, contrairement à la paix jurée, devenait l'objet d'injustes attaques, et cependant on entendait partout répéter : Le clergé fait des emprunts considérables, il se prépare à la guerre ; depuis que la paix de Cambrésis a réconcilié la France a l'Espagne, les Catholiques ne songent qu'à l'extermination de la doctrine évangélique. « La gent ointe et sa cabale, » écrivait Christophe de Wurtemberg en mai 1559, « couve quelque perfide dessein. Ayons l'œil ouvert 2. »
Ebrard de la Thann, ambassadeur de Jean-Frédéric de Saxe, dit un jour en pleine Diète « que le Pape et les papistes étaient les plus dangereux, les plus amers, les plus irréconciliables ennemis de la Confession d'Augsbourg, et que tous les cardinaux, évêques et prêtres, s'étaient liés au Pape par les serments les plus exécrables
* Voy. celte deiche dans Neuueckeh, Xeue Beitrage, t. I, pp. 22i-233. Sattler, t. IV, Documents, pp. 1Ü1-1Ü2. — Kllckuoiih, Briefe, t. I, pp. 141-141. Sur la hçue de Landsbcrg et son extension, voy. Maurenbrecuer, pp. 3i-36, Üi-07, 7o-83.
* Voy. Kugler, t. II, pp. 104-105.
82 DÉLIBÉRATIONS POLITIQUES ET RELIGIEUSES A LA DIÈTE D'aUGSBOURG
pour consommer sa ruine ». Ayant subi en public un pareil outrage, les membres d'Empire catholiques cessèrent de prendre part aux délibérations. Le délégué de Francfort, Daniel zum Jungen, redoutait « une nouvelle révolution », car l'ambassadeur du duc de Saxe avait dit à l'Empereur, qui lui reprochait la violence de son langage, « qu'il n'avait fait que se conformer à ses instructions, et qu'il fallait s'attendre à bien autre chose1 ». Dans un message adressé aux Protestants, les Catholiques les supplièrent de songer à l'extrême gravité que pouvaient avoir leurs actes en des temps si périlleux; à l'importance qu'avait pour le Saint-Empire le maintien de l'union ; ils dirent en quel abîme des paroles calomniatrices, injurieuses et blessantes comme celles d'Ebrard de la Thann pouvaient jeter la patrie, et qu'il fallait à tout prix éviter de pareils éclats si l'on ne voulait irrémédiablement compromettre la bonne entente mu- 1 tuelle2. Les Protestants parurent touchés de ces avertissements ; ils exprimèrent leur déplaisir des propos injurieux qui avaient été tenus; Ebrard reçut de l'Empereur, en séance publique, un blâme sévère 3.
Néanmoins, « presque toutes les séances où les affaires de religion étaient discutées étaient orageuses, et les esprits demeuraient pleins d'aigreur et de méfiance ». Chacun des partis reprochait à l'autre l'insuccès du Colloque de Worms; on s'accusait réciproquement d'avoir violé la paix d'Augsbourg; on délibérait à perte de vue pour savoir si la querelle religieuse pourrait être conciliée par un nouveau colloque, par une assemblée nationale, ou par un concile. L'Electeur palatin recommandait à son ambassadeur, le 7 mars, « de bien faire comprendre à l'Empereur et aux papistes qu'on était résolu à ne plus accepter de concile national, ni de colloque, et que l'avis général était que ces remèdes usés n'aboutiraient à rien : < Quand bien même le Pape, malgré son sentiment intime, autoriserait un concile général ou national, du moment qu'il en voudrait être le juge, on n'aurait à attendre de sa colère infernale et antichrétienne que condamnation de la vraie religion chrétienne et que blasphèmes exécrables, semblables à ceux que, depuis sept ans, lui et sa bande de démons, cardinaux, évêques, moines et prêtres ont déjà vomis contre nous. » Aussi les Confessionistes étaient-ils décidés à ne se laisser entraîner par l'adverse partie en aucune conférence, à ne retrancher aucun article de leur Confession, à rejeter, à anathéma-
* * frankfurter lieichstagsaclen, t. LXVII, fol. 58, 62.
* * Frankfurter Reichstagsacten, t. LXVII, fol. 136. » Schmidt, Neuere Gesch., t. III, p. 9Î.